Les représentants du personnel de SFR assignent en justice Bouygues Telecom, Free et Orange, les trois repreneurs de l'opérateur. Ils réclament des documents sur les synergies et les suppressions d'emplois envisagées, en marge du rachat de la marque au carré rouge.

Les élus de SFR traînent Bouygues Telecom, Free et Orange devant la justice. © DimasGermany / Shutterstock

Les élus de SFR traînent Bouygues Telecom, Free et Orange devant la justice. © DimasGermany / Shutterstock

Répartir SFR entre trois repreneurs, c'est une chose ; rassurer ses salariés, c'en est une autre. Devant la justice, les comités sociaux et économiques (CSE), qui représentent le personnel, exigent désormais les accords, les chiffres et les calendriers qui, selon eux, leur manquent, sous peine d'une astreinte quotidienne. En toile de fond, il y a ce chiffre qui inquiète : plus de 5 000 des 8 000 salariés du groupe ne seraient pas repris, selon l'Informé.

Rachat de SFR : les élus veulent tout lire avant de trancher

Dès mercredi, on savait que les CSE de SFR, SFR Distribution et Coriolis s'en prenaient au vendeur, Altice. Ils visent désormais aussi chacun des trois acquéreurs (Orange, Free et Bouygues Telecom), réunis en consortium pour se partager une grande partie de l'opérateur (plus de 20,3 milliards d'euros). Les CSE des repreneurs ont déjà rendu leur avis, sauf celui de SFR, qui estime manquer d'informations. « Ce sont eux qui craignent le plus en termes de casse sociale », dit un élu à nos confrères.

Les élus exigent justement, par le biais d'une procédure accélérée, l'accès à de nombreux documents, comme les projets d'accords entre les trois groupes, la modélisation des synergies, les coûts d'intégration, et les plans de rationalisation des fournisseurs. S'y ajoutent les estimations financières des engagements sociaux et celles des suppressions de postes par fonction et par site. Faute de les obtenir, ils demandent une astreinte, c'est-à-dire une pénalité, de 10 000 euros par jour et par document.

La direction, elle, met en avant le travail accompli. Dans un e-mail interne au personnel, Arthur Dreyfuss (PDG d'Altice France) et Mathieu Cocq (PDG de SFR) affirment avoir répondu à plus de 500 questions et transmis près de 600 documents, sans compter les 2 000 pages transmises par le consortium, autrement dit par le trio de repreneurs. Ils ont aussi accepté de repousser du 11 septembre au 6 octobre la fin de l'information-consultation, la période pendant laquelle les élus étudient le dossier avant de rendre leur avis, et promettent un point d'avancement tous les 15 jours. Une demi-journée de grève est par ailleurs prévue le 24 septembre.

L'ombre de la casse sociale

Dans l'assignation il est écrit que « des milliers d'emplois vont être détruits par cette opération », et que des milliers de salariés devront aussi « travailler pour assurer la migration des actifs et éteindre SFR ». Les élus déplorent en outre qu'« aucune mesure d'accompagnement ou de prévention » ne soit présentée, alors que les conséquences sociales sont, selon eux, « majeures ».

L'impact psychosocial serait important, puisque tous les salariés savent désormais leur emploi menacé, et la prétendue garantie de l'emploi n'a jamais été explicitée, malgré les relances. Ce déballage de documents vise, d'après l'Informé, à décrocher davantage de garanties, surtout pour les salariés que le consortium ne reprendra pas. Difficile, il est vrai, de discuter emploi sans avoir vu les chiffres.

Le malaise gagne aussi ERT Technologies, la filiale de SFR spécialisée dans les réseaux télécoms, qui travaille essentiellement pour l'opérateur et sa filiale XpFibre. Ses 1 300 salariés sont hors du périmètre repris. Leur CSE dénonce des « carences informatives substantielles » et a mandaté ses avocats pour assigner la direction, sauf réponse rapide.

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