-6% en Italie, -2% en Espagne et un petit +0,1% en France... À cause des chocs d’inflation, le salaire réel de beaucoup d’Européens a stagné ou reculé depuis 2021 (et ça va s’aggraver en 2026)
-6% en Italie, -2% en Espagne et un petit +0,1% en France... À cause des chocs d’inflation, le salaire réel de beaucoup d’Européens a stagné ou reculé depuis 2021 (et ça va s’aggraver en 2026)
Publié aujourd'hui à 06h59
Lire dans l'appFreinés par l'inflation, les salaires réels peinent à retrouver leur niveau de 2021. Ils ont stagné en France ou en Allemagne et ont nettement reculé en Italie ou en Espagne, selon les dernières données de l'OCDE qui observe un net ralentissement des gains de productivité en Europe.
La vague d'inflation de 2022 a durablement pénalisé le pouvoir d'achat des Européens. Dans de nombreux pays du Vieux Continent, les salaires n'ont pas suffisamment augmenté pour compenser la hausse des prix enregistrée ces cinq dernières années. Les salaires réels, c'est-à-dire corrigés de l'inflation, ont donc trinqué.
À la fin du premier trimestre 2026, les salaires réels dans la zone euro étaient en moyenne toujours inférieurs à leur niveau de 2021 (-1,8%), selon les dernières données de l'OCDE. Pire, arrêtés à la fin du mois de mars, ces chiffres n'intègrent pas la flambée des prix de l'énergie causée par la guerre au Moyen-Orient. Celle-ci s'est pleinement matérialisée au deuxième trimestre et a renforcé les pressions sur le pouvoir d'achat.
Le constat peut être nuancé au niveau de l'Union européenne. Certains États d'Europe centrale et de l'est, où les rémunérations partent de plus bas et qui ne font pas partie de la zone euro, affichent une poussée des salaires réels sur la période. Ainsi, ils ont bondi de près de 30% en Hongrie, dans un contexte de manque de main-d’œuvre et de revalorisation du salaire minimum, ou de 16,5% en Pologne.
Mais ils ont stagné dans les deux plus grandes économies du bloc. En cinq ans, les salaires réels n'ont grimpé que de 0,1% en France, où l'OCDE anticipe une nouvelle chute cette année, liée à la flambée de l'énergie. L'Allemagne ne fait guère mieux, avec une légère amélioration de 0,9% en cinq ans.
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À moins qu'ils ne puissent compter sur d'autres sources (prestations sociales, revenus du capital...), ces très maigres augmentations exposent les salariés à des pertes de pouvoir d'achat brutales, alors que les chocs économiques se multiplient depuis la crise sanitaire de 2020.
Chute brutale en Italie
La situation est particulièrement préoccupante en Italie. Fin mars, les salaires réels y étaient inférieurs de 6,1% à leur niveau du premier trimestre 2021, le pire résultat de l'Union européenne. Et l'OCDE s'attend à une nouvelle dégradation cette année, avec encore une diminution de 0,9%. Ce décrochage n'est malheureusement pas inédit en Italie, seul pays développé à enregistrer une régression de ses salaires réels depuis le début des années 1990, quand ils ont parfois triplé dans les pays baltes.
"Ce recul a été particulièrement marqué pour les bas salaires, où le 10e centile (10% les plus pauvres, ndlr) a enregistré une baisse de 40,8%, tandis que le 90e centile a affiché une hausse de 3,3%", note le Bureau parlementaire du budget italien, dans un récent rapport, en liant en partie cette dynamique à l'augmentation du travail à temps partiel.
Au fond, la Botte paie au prix fort la stagnation de sa productivité et de sa croissance. Et le pays ne sort pas de cette spirale, malgré de bons résultats apparents. Le taux de chômage est ainsi tombé sous la barre des 5%, le taux d'emploi est à un sommet historique, le déficit public est contrôlé... mais les salariés italiens continuent à s'appauvrir. À tel point que les jeunes quittent massivement le pays, contribuant à accélérer le vieillissement de la population et la chute de la natalité.
Faible amélioration de la productivité du travail
Les chiffres sont aussi mauvais en Espagne, où les manifestations se multiplient ces dernières semaines. En dépit d'une croissance robuste et de hausses de la rémunération minimum par le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez, les salaires réels ont en moyenne régressé de 2% par rapport à 2021. L'OCDE n'anticipe pas d'amélioration rapide.
En fait, les salariés espagnols ne profitent pas vraiment du rattrapage économique opéré par le pays. Après prise en compte de l'inflation, les salaires n'y ont même augmenté que de 2,76% depuis... 1994, selon des données de l'OCDE. Sur la même période, ils ont grimpé de 28% en France.
"Le problème découle de la spécialisation dans des activités de services à faible productivité", observe Miguel Cardoso, économiste en chef pour l’Espagne chez BBVA Research, dans le média El Mundo.
C'est notamment le cas du tourisme. Ce pilier de l'économie ibérique ne crée principalement que des emplois saisonniers, précaires et mal payés. En Espagne, les salariés de ce secteur gagnent en moyenne 400 euros de moins que le salaire brut moyen (1.818 euros brut contre une moyenne de 2.273 euros), selon le dernier rapport de CC OO, l'un des principaux syndicats du pays.
De manière générale, l'OCDE note un net ralentissement des gains de productivité, dont le rythme de croissance "est nettement inférieur à sa tendance d'avant la pandémie", avec une augmentation annuelle "de 1% entre 2019 et 2025, contre 2% entre 1995 et 2019". "Le ralentissement récent de la croissance de la productivité est particulièrement marqué dans la zone euro, où les gains de productivité de long terme (1995-2019) étaient déjà relativement faibles", ajoute l'OCDE, en notant que cela complique très sérieusement les conditions dans lesquelles les plus jeunes entrent sur le marché du travail.