« À Cannes, Philippe Bouvard avait trouvé sa terre promise » : en présence de vedettes du showbiz, d’élus et de « Grosses Têtes », les obsèques populaires du géant des médias décédé le 24 août près de la Croisette
Sur le portrait choisi par la famille, Philippe Bouvard dans toute sa splendeur. Teint bronzé et visage joufflu d’un bon vivant qui avait établi son petit Eden à Cannes. Cravate de rigueur et crinière argentée d’un infatigable bosseur. Mais aussi regard malicieux et sourire de garnement pour ce journaliste à l’humour caustique et joyeux, qui pratiquait aussi (et largement) l’autodérision. Au recto des cartons distribués à l’assistance, une citation : « Je suis mort hier. C’est mon premier jour d’éternité. Il ne peut plus rien m’arriver. »
Hier, c’était ce 24 août, où le chroniqueur-animateur a fini par tirer sa révérence, à 96 ans. Alors à l’heure de lui dire adieu, ce lundi en l’église Notre-Dame-de-Bon-Voyage, les mines étaient forcément contrites. Mais ce diable d’homme, qui avait même anticipé son épitaphe (« Il y est passé, comme les autres »), aurait bien été capable de s’en gausser encore !
« Personne ne m’a fait rire autant que lui, confesse sa fille aînée Dominique, à propos de son père, « cancre assumé » qui avait échoué trois fois au bac et était un spécialiste du renvoi scolaire dans sa prime jeunesse. « Ça ne lui a pas si mal réussi ! Avec lui, on pouvait dire des bêtises, mais toujours en bon français ! »
Des « bêtises », Philippe Bouvard ne se gênait pas pour en balancer, à l’antenne comme à l’écrit. Toujours avec (im)pertinence, dans ses billets d’humeur et d’humour, comme dans son émission culte des Grosses Têtes. Et l’énorme bouquet de roses déposé sur son cercueil n’était pas sans rappeler que cet érudit autodidacte pouvait s’exprimer avec l’élégance d’une fleur, tout en garnissant ses propos de bien piquantes épines.
Une citation sur la mort qui tue !
« Il cultivait l’humour et la dérision avec brio, ne résistant jamais à un bon mot, même dans les pires circonstances », rappelle sa fille cadette, Nathalie, qui rapporte un extrait de son livre sur cette mort qui l’obsédait tant, parce qu’elle mettrait fin à une si riche existence : » J’ai toujours fui les enterrements, au point de faire le mort pour ne pas assister au mien. »
Hélas, Philippe Bouvard aura fini par honorer ce funèbre rendez-vous. Dehors, les gens qui patientaient très tôt avant le début de la cérémonie témoignaient de l’immense popularité de cet amuseur public, dont les prestations télé ou radios s’étaient invitées dans le foyer de chacun.
Cyril Dodergny / Nice-matin
Des « Grosses Têtes », des absents et des élus
Dans les travées de l’église, les amis, la famille guidée par Colette, sa fidèle épouse durant plus de soixante-dix ans, les connaissances, et bien sûr ces personnalités médiatiques. Journalistes tels que Cyril Viguier ou Denis Carreaux pour lesquels il fut « un exemple professionnel », chansonnier comme Jacques Mailhot qui a partagé « cinquante de vie commune » ; Chantal Ladesou, Julien Lepers, Gérard Louvin… Mais pas de Muriel Robin ou Mimie Mathy dont il avait révélé le talent, ni Laurent Ruquier qui lui avait succédé aux Grosses Têtes, ni même son ami Nicolas Sarkozy (qui aurait néanmoins fait parvenir un bouquet).
En revanche, le nouveau maire de Nice, Éric Ciotti, avait fait le déplacement. Assistant à la cérémonie aux côtés de son homologue cannois David Lisnard, dont Philippe Bouvard était un fervent supporter, et avec lequel il entretenait une complicité épistolaire.
Dylan Meiffret / Nice-matin
Avec sa famille, c’est toute une ville qui est en deuil
« Avec sa famille, c’est tout une ville qui est en deuil. Philippe Bouvard incarnait un certain esprit français, fait de panache, d’humour et d’ironie », estime l’édile cannois qui classe celui qui était devenu son ami au rayon de » l’excellence populaire », parmi Molière, Frédéric Dard, Jean Yanne, Louis de Funès ou Goscinny.
« Comment ne pas aimer quelqu’un comme Bouvard qui disait : le contribuable est quelqu’un qui travaille pour l’Etat sans être fonctionnaire », s’amuse encore le candidat Nouvelle Énergie à l’élection présidentielle (dont Bouvard était aussi soutien officiel) à propos de celui qui ne voulait pas entendre parler d’âge de départ à la retraite. Et de sourire encore à l’évocation de ce joueur impénitent, dont le convoi funéraire s’est garé à quelques pas du casino municipal, alors que la messe d’adieu était illuminée par les lustres de l’ancien établissement de jeux !
Cyril Dodergny / Nice-matin
« Un grand-père démesuré pour un petit-fils admiratif »
Mais l’hommage le plus émouvant vient sans doute d’Hadrien, petit-fils adoré de l’illustre personnage qu’il surnommait « Fifi » depuis tout petit, et dont la jeunesse emprunte insolemment à la ressemblance. Hadrien pleure « un grand -père atypique » qui l’a emmené sur ses lieux de travail, salle de rédaction, plateau télé, voiture-bureau, mais l’a aussi invité à ses tables de bonne chère et de poker. « Un grand-père démesuré, pour un petit-fils admiratif. »
Philippe Bouvard l’avait clamé. Depuis qu’il avait découvert la Croisette à huit ans, il avait souhaité « vivre à Cannes et ne pas mourir ailleurs ». Son vœu aura été exaucé au-delà des espérances, puisqu’« il avait trouvé sa terre promise à Cannes », dira le père Paul Chalard, avant de bénir une dernière fois celui qui se disait agnostique, pour son ultime voyage.
Des obsèques, telles une comédie humaine pour ce personnage ô combien balzacien. Digne d’un théâtre de Bouvard, dont le rideau est définitivement tiré…