À Knokke, la "guerre des plages" est déclarée : "On sait depuis longtemps que Marc Coucke peut tout obtenir"
On pouvait s'y attendre : il n'a pas fallu longtemps avant que les langues se délient et qu'une certaine colère monte à Knokke-Heist. En cause : la décision prise par le collège des bourgmestre et échevins, le vendredi 28 août, d'attribuer les 25 concessions pour l'exploitation de bars de plage et parcs pour enfants pour la période 2027-2036.
Trente-six opérateurs avaient fait acte de candidature pour les quelque 25 concessions. Et parmi ceux qui n'ont pas été retenus, certains exploitaient un bar de plage depuis de très nombreuses années, voire plusieurs décennies. Des noms très familiers des Knokkois, résidents secondaires et touristes seront donc rayés de la carte à partir de l'été prochain, comme Yssi's Beach, Beach Number One, Lekkerbek Beach, Beaufort ou Blue Buddha Beach auxquels n'ont pas été attribuées de nouvelles concessions. Sans oublier l'Albertstrand, lieu exploité depuis près de 100 ans à Knokke, à proximité du casino par la famille D'Hooghe.
Trop bling-bling
Dans le petit monde de Knokke, l'annonce de la liste des heureux élus fait en tout cas beaucoup jaser. Non seulement parce qu'ont donc été écartés des concessionnaires historiques. Mais aussi parce que certains craignent que la sélection fasse exagérément la part belle aux établissements les plus bling-bling et festifs au détriment des endroits plus "familiaux".
guillement"C'est précisément pour des raisons déontologiques que j'ai pris une distance totale par rapport à ce dossier depuis un an et je demi."
"Depuis quelques années, avaient été adoptées des règles pour éviter les excès sur certaines plages, des excès relatifs au bruit – la musique – ou à l'alcool. Les choses avaient donc bien évolué avec le temps. Mais avec la nouvelle sélection des futurs concessionnaires, on peut se poser la question de savoir si l'offre restera suffisamment diversifiée. Je crains qu'un certain déséquilibre se crée et qu'il y ait de moins en moins d'endroits pour accueillir une clientèle plus familiale avec enfants et désireuse avant tout de calme", souligne ainsi le conseiller communal Antoine Geerinckx (Gemeentebelang), dans l'opposition depuis les dernières élections. Une position reprise de manière imagée dans l'une des nombreuses interventions sur Internet critiquant la décision du collège : "Nous avons besoin de champagne, peut-être, mais aussi de chocolats chauds (pour nos enfants, NdlR)", peut-on y lire…
Marc Coucke obtient une concession sur la plage de Knokke, voici les autres bars sélectionnés (carte)Le symbole "Lekkerbek Beach"
À cet égard, un endroit est particulièrement symbolique aux yeux de ceux qui contestent le bien-fondé de la décision du collège : la Lekkerbek Beach, au bord du Zwin, exploitée depuis près de 40 ans par le même opérateur. Mais celui-ci a été écarté, pour les 9 prochaines années, au profit de… Karel Coudyser (N-VA), le frère de Cathy Coudyser – bourgmestre de Knokke – qui est, lui aussi, déjà également associé dans plusieurs établissements horeca, le Put 19 et le restaurant Nighteen, notamment. Un choix qui fait évidemment jaser dans la commune où certains considèrent que les jeux d'influence et les copinages n'ont pas cessé, ce qui avait pourtant été promis par la nouvelle majorité. Mais la bourgmestre conteste fermement tout favoritisme : "C'est précisément pour des raisons déontologiques que j'ai pris une distance totale par rapport à ce dossier depuis un an et demi", nous a-t-elle fait savoir.
Un côté "business first"
Les critiques se concentrent aussi sur le côté très "business" de certains projets sélectionnés. À commencer par celui portant le nom de Woyo Beach, derrière lequel on retrouve notamment l'homme d'affaires Marc Coucke, déjà très présent à Knokke dans le secteur horeca – avec l'hôtel Enso District, le restaurant Woyo ou la participation de 50 % dans le Glacier de la Poste, notamment. "À partir du moment où il était candidat pour une concession de plage, il n'y avait aucun doute qu'il figurerait dans la liste des heureux élus car ici, il peut tout obtenir", dénonce l'un des opérateurs qui avaient fait acte de candidature mais n'a pas été retenu.
Ce côté "business first" est aussi contesté par la majorité communale qui insiste sur le fait que l'appel d'offres a été "transparent" et qu'un jury "indépendant" a procédé à la sélection des meilleurs projets. Et ceci sur des critères ne tenant pas seulement compte de l'aspect financier : "Dans l'attribution de la concession, le volet financier ne pesait que pour 35 des 100 points : 20 points pour (le niveau de) la redevance de concession proposée et 15 points pour le plan financier sous-jacent, précise la commune. Si nous avions fait compter le prix (la redevance de concession, NdlR) à 100 %, de nombreux exploitants extérieurs à Knokke-Heist et dotés de gros moyens financiers auraient pu participer".
À Knokke, la guerre des transats est déclarée : "Le prix de ces concessions n'est pas du tout exagéré"Et maintenant, au-delà des critiques, que peut-il se passer ? Plusieurs candidats évincés vont, semble-t-il, déposer un recours devant l'instance compétente de la Région flamande pour contester la décision du collège échevinal de Knokke. Certains d'entre eux proposent d'ailleurs de contribuer à une cagnotte en ligne afin de les aider à payer, demain, les frais d'avocats relatifs à ces procédures. Et ces cagnottes en ligne rencontrent manifestement un certain succès. La "guerre des plages" risque donc bel et bien de se transformer en une saga juridico-administrative à épisodes…
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