La Chine réunit un Sommet antioccidental, pendant que Trump regarde ailleurs
La Chine tisse sa toile dans le monde, se posant en challenger de la superpuissance américaine, tandis que Donald Trump cherche querelle à son voisin canadien et à ses alliés. Le vainqueur de ce jeu c’est évidemment Xi Jinping, tandis que le monde né en 1945 se délite rapidement.
Le contraste est saisissant. D’un côté Donald Trump se brouille méthodiquement avec ses alliés, comme le Canada ces derniers jours, et tweete une vidéo d’une cohorte de canards armés envahissant son paisible voisin ; de l’autre Xi Jinping, le numéro un chinois, tisse sa toile lors d’un sommet auquel participent plusieurs dirigeants de puissances régionales, le Turc Erdogan, l’Iranien Pezeshkian, l’Indien Modi, et, bien sûr, son ami Vladimir Poutine.
Le sommet de Bishkek, en Asie centrale, constitue une nouvelle illustration des approches différentes de la Chine et des États-Unis dans ce monde en recomposition. Les États-Unis de Trump misent sur la force brutale et solitaire de leur économie et de leur armée, comme en Iran où il s’est enlisé ; la Chine utilise aussi sa puissance économique, mais cultive ses réseaux d’influence pour consolider sa place de challenger de la superpuissance américaine.
Au Kirghizstan, lundi et mardi, c’est l’un de ces rouages de l’influence chinoise qui se réunit : l’organisation de coopération de Shanghai, qui fête ses 25 ans d’existence. Son message en forme de défi : le monde ne tourne pas autour des seuls États-Unis. A Bishkek, même des pays qui ont de bonnes relations avec Washington, comme l’Inde, ou la Turquie membre de l’OTAN, n’hésitent pas à s’afficher avec les adversaires des États-Unis.
L’organisation de coopération de Shanghai a été fondée au début des années 2000 par la Chine et la Russie pour placer sous contrôle l’Asie centrale, alors travaillée par des mouvements djihadistes. Depuis, elle est devenue un outil d’influence chinois, s’élargissant jusqu’à l’Iran, ou encore l’Inde et le Pakistan. Ce n’est pas une alliance militaire comme l’OTAN, la Chine refuse d’entrer dans cette logique qui la contraindrait à intervenir militairement, mais un groupe dont la principale fonction est de défier l’hégémonie occidentale.
La Chine joue sur du velours avec le comportement de Trump. La présence à Bishkek du président iranien Masoud Pezeshkian en est l’illustration. Washington menace unilatéralement de sanctions tous les pays qui conserveront des relations économiques avec l’Iran.
Pékin a déjà refusé de se soumettre à ce diktat américain, et traite l’Iran comme un pays normal alors qu’au même moment son pays reçoit de nouvelles bombes américaines et subit de lourdes pressions économiques.
A Bishkek, Xi Jinping est entouré des dirigeants de deux pays en guerre, la Russie et l’Iran. Officiellement, la Chine ne s’engage pas - mais dans la réalité, elle est la planche de salut de Vladimir Poutine face aux sanctions économiques occidentales depuis l’invasion de l’Ukraine, et elle refuse tout net de participer à l’isolement de l’Iran, ce qui est une manière de l’aider à résister aux Américains.
En fait, la stratégie chinoise est double : elle consiste d’un côté à consolider la capacité de Pékin à résister à tout scénario de confrontation avec les États-Unis, économique ou militaire, et à empêcher tout isolement diplomatique.
D’autre part, la Chine sape systématiquement la domination américaine du monde, en créant des institutions parallèles comme les BRICS, l’Organisation de coopération de Shanghai ou l’initiative de gouvernance mondiale ; et en prônant un monde multipolaire dans lequel elle revendique un leadership bâti de manière méthodique.
Inutile de dire que l’attitude de Trump l’y aide grandement. Si le président des États-Unis s’intéressait au Sommet de Bishkek, il cesserait son jeu puéril avec le Canada. Le seul vainqueur, à ce jeu de massacre, c’est Xi Jinping.