À l'Unisac center de Tournai, on mise aussi sur la revalorisation des mégots qui sont des véritables bombes toxiques pour l'environnement
Quand il évoque les mégots de cigarette, Philippe Amengual ne mâche pas ses mots. Le propriétaire de l'Unisac center de l'avenue de Maire, qui accueille les bureaux d'une dizaine de sociétés dont L'Avenir, mais aussi Bpost et Grine, se décrit pourtant comme un fumeur "à quart-temps". Une chose est sûre, assure-t-il: jamais il n'a abandonné un mégot sur la voie publique ou dans la nature.
"Quand on sait à quel point ça pollue, c'est criminel de jeter un mégot par terre", insiste-t-il.
Le constat est difficile à contester. Un seul mégot renferme près de 4000 substances toxiques, parmi lesquelles de la nicotine, de l'acétate de cellulose et des traces de métaux lourds comme le plomb ou le cadmium.
Même lorsqu'il termine dans une poubelle classique, ce déchet continue de poser un problème environnemental, certains de ses composants restant particulièrement polluants.
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Une seconde vie pour un déchet très polluant
C'est dans le cadre d'un vaste programme de revitalisation du site qu'est née l'idée d'agir. "Nous voulons améliorer progressivement le cadre de vie. Pour les papiers ou les canettes qui sont jetés au sol, je cherche encore une solution vraiment efficace. En revanche, pour les mégots, après plusieurs recherches, j'ai découvert la société française TchaoMégot, dont l'approche m'a convaincu."
Fondée en 2020, TchaoMégot est aujourd'hui la seule filière française de dépollution et de recyclage des mégots répondant, dans l'Hexagone, aux exigences des "Installations classées pour la protection de l'environnement" (ICPE).
"L'entreprise est née d'un projet de fin d'études imaginé par Julien Paque, (N.D.L.R.: un jeune ingénieur formé à Lille qui a débuté dans le garage de son père), qui a mis au point un procédé innovant permettant de transformer l'un des déchets les plus polluants au monde en une véritable ressource", explique Sarah Delafontaine, chargée de communication.
Le procédé, protégé par plusieurs brevets internationaux, utilise du CO2 supercritique en circuit fermé afin d'extraire les substances toxiques sans eau ni solvant. Résultat: 99,7% des fibres contenues dans les filtres sont récupérées puis transformées en matériaux isolants destinés au bâtiment ou au textile, tandis que les déchets toxiques restants sont orientés vers une filière spécialisée.
300 tonnes de mégots traités par an
Labellisée GreenTech Innovation, l'entreprise implantée à Bresles (Oise) a investi près de cinq millions d'euros dans son outil industriel.
Elle traite désormais jusqu'à 300 tonnes de mégots par an, s'appuie sur 35 collaborateurs et plus de 10000 bornes de collecte réparties en France.
Son développement dépasse aujourd'hui les frontières françaises avec plusieurs implantations en Belgique, notamment à Jette, au CHU Saint-Pierre de Bruxelles, chez Cofidis à Orcq… et désormais à Tournai.
Sensibiliser, surtout
À l'Unisac center, huit cendriers en aluminium marin, reconnaissables à leur couleur verte, ont été installés à proximité des entrées et des principaux lieux de passage, là où les pauses-cigarettes sont les plus fréquentes.

"Les mégots sont collectés dans des sacs ignifugés avant d'être envoyés chez TchaoMégot pour y être dépollués et recyclés", précise Philippe Amengual.
Pour lui, toutefois, le recyclage ne constitue qu'une partie de la réponse.
"Le plus important reste de sensibiliser les fumeurs afin qu'ils utilisent ces cendriers. Nous travaillons avec les différentes entreprises présentes sur le site pour faire évoluer les habitudes."
Le propriétaire réfléchit également à renforcer la signalétique destinée aux visiteurs occasionnels.

Chaque cendrier est d'ailleurs équipé d'un QR Code donnant accès à des informations sur le recyclage des mégots, mais aussi sur les actions de prévention menées par l'entreprise.
Car derrière cette initiative se cache un défi plus vaste: changer les comportements.
Beaucoup ignorent encore les dégâts causés par un simple mégot abandonné dans la nature.
D'autres le savent, mais continuent malgré tout à le jeter au sol.
Entre manque d'information, négligence et parfois pur désintérêt, le combat est loin d'être gagné.
À l'Unisac center, on espère toutefois qu'il commencera… par un simple geste.

Les chiffres inquiétants de Be WaPP
Pour ceux qui l'ignoreraient encore, Be WaPP (Wallonie Plus Propre) est une ASBL créée par Fost Plus (qui en assure également le financement), Fevia Wallonie et Comeos. Elle est née d'un accord de partenariat conclu entre la Wallonie et les entreprises qui mettent des produits emballés sur le marché belge. Son objectif est de prévenir et de réduire les incivilités qui portent atteinte à la propreté publique et au cadre de vie en Wallonie, en particulier les abandons de déchets dans l'espace public. L'association soutient notamment les opérations de Grand Nettoyage, auxquelles les citoyens sont régulièrement invités à participer. Et lorsqu'il est question de mégots, les bénévoles engagés dans ces campagnes de ramassage savent à quel point ce déchet est omniprésent dans la nature. Sur le site de Be WaPP, on peut ainsi lire qu'en Belgique, selon les estimations, pas moins de 30 millions de mégots sont jetés au sol chaque jour. Certains estimeront peut-être que les huit cendriers installés par un privé sur le site d'Unisac center ne changeront pas la donne. Et pourtant, comme le rappelle le proverbe, ce sont les petits ruisseaux qui font les grandes rivières.
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