Reportage France - À Mayotte, les chiffres alarmants de la mortalité infantile
Le 15 octobre marque la journée mondiale du deuil périnatal. Ces décès, survenus pendant la grossesse ou dans les semaines qui suivent, concernent plusieurs milliers de familles chaque année. Au niveau national, le taux de mortalité périnatale atteint 11 naissances sur 1 000. Mais à Mayotte, ces taux atteignent 18,7. Des chiffres encore plus inquiétants si on se penche sur la mortalité infantile, 2,5 fois supérieure à celle observée dans l'Hexagone.
De notre correspondante à Mayotte,
Dans la salle d’attente du cabinet d’Estelle Abel, sage-femme à Chirongui dans le Sud de Mayotte, les patientes arrivent aux aurores pour ne pas rater leur rendez-vous. Parmi elle, Sidirati, 30 ans, est enceinte de son sixième enfant. En cette fin de grossesse, la maman va deux fois par semaine dans ce cabinet pour effectuer un monitoring, une opération de contrôle du cœur du bébé. Si Sidirati est suivie de si près, c’est parce qu’en 2016, elle a perdu un bébé au 9ᵉ mois de grossesse.
À Mayotte, en 2024, on enregistrait 159 morts périnatales, c'est-à-dire de fœtus in utero à plus de 22 SA (semaines d’aménorrhée) et de bébés jusqu'à 6 jours de vie, et 94 décès survenus avant le premier anniversaire (mortalité infantile). Si on compare, les taux de mortalité en périnatalité sont de 18,7 naissances sur 1 000 à Mayotte contre 11 au niveau national. Et de 10,55 sur 1 000 concernant la mortalité infantile contre 4,08 pour la moyenne nationale, selon les derniers chiffres publiés par Santé publique France. Un bébé a donc 2,6 fois plus de risque de mourir avant ses un an à Mayotte que dans l'Hexagone, d’après les derniers chiffres de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas).
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À Mayotte, plusieurs causes de mortalité s'additionnent
Mayotte est surnommée la plus grande maternité de France en raison du nombre élevé de naissances annuelles : 8 900 en 2024, soit un taux de natalité de 27,8% contre 9,6% au niveau national. Parmi les patientes, beaucoup arrivent sur le territoire français sans avoir pu obtenir de suivi durant leur grossesse, empêchant ainsi de diagnostiquer d’éventuels problèmes sur le fœtus.
Selon certaines professionnelles, les croyances religieuses jouent aussi un rôle et induisent un faible taux d’interruption médicale de grossesse, ce qui entraine des naissances de bébés non viables. Surtout, le difficile accès aux soins constitue un facteur aggravant. Dans l’archipel, l’unique maternité est sursollicitée et la fermeture en 2023 de deux maternités situées dans les dispensaires de Dzoumogné (nord) et de Mramadoudou (sud) a réduit les lieux d’accouchement. À cela, il faut ajouter qu’on ne compte qu’une seule gynécologue obstétricale installée en libérale et les sages-femmes sont rares, comme le raconte Estelle Abel : « On a dû se limiter à 15 nouveaux suivis de grossesses par mois parce qu’une sage-femme est partie il y a quelques mois », regrette la professionnelle. Installée à Mayotte depuis 19 ans, elle encourage les praticiennes à venir exercer sur le territoire.
Dernière cause de cette mortalité importante, une précarité très marquée, des conditions de vie et d’hygiène défavorables ou encore un accès à l’eau potable de plus en plus complexe. Ces conditions de vie précaires entrainent aussi un autre chiffre préoccupant, celui de la mortalité maternelle : à Mayotte, il s’élève à 30,9 sur 100 000 naissances quand il est de 11,1 au niveau national.
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