La nervosité était palpable jeudi, à Montréal, alors que la première ministre Christine Fréchette avait réuni les grands acteurs économiques du Québec pour se préparer en vue de la vague de nouveaux tarifs américains qui pourrait s'abattre sur la province à compter de la semaine prochaine.

La rencontre, qui a pris fin peu avant midi, s'est déroulée dans des circonstances particulièrement tendues, au moment où, parallèlement à cette menace, le gouvernement fédéral de Mark Carney négocie de manière intensive avec l'administration américaine de Donald Trump pour modifier l'Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM).

Interrogé sur le sujet à son arrivée à la réunion, jeudi matin, le ministre des Relations internationales et de la Francophonie, Christopher Skeete, a rappelé que la nouvelle Politique internationale du Québec (PIQ) pourrait permettre au Québec de se déclarer non lié par une nouvelle entente Canada–États-Unis.

Si on a des enjeux à l'intérieur des négociations qui vont toucher nos champs de compétences, qui vont toucher des dossiers importants pour le Québec, je vous rappelle qu'on se donne le droit et qu'on se réserve le droit d'être considérés non liés, a-t-il dit.

Donc, je recommande fortement que le gouvernement fédéral reste en contact avec nous.

Christopher Skeete et son collègue ministre de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie, Bernard Drainville, ont par ailleurs dit regretter, jeudi, que les informations en provenance des négociateurs canadiens leur parviennent au compte-gouttes.

Je pense qu'ils pourraient nous tenir davantage au courant, a commenté M. Drainville à son arrivée à la rencontre. C'est sûr qu'on apprécierait avoir une actualité plus souvent, a également dit le ministre Skeete.

L'émissaire du Québec pour la révision de l'ACEUM, Louise Blais, est pour sa part demeurée prudente lorsque la presse lui a demandé si, selon elle, le fédéral fournissait assez d'informations au Québec. "Assez", c'est un grand mot, a répondu la diplomate. Mais on peut comprendre, a-t-elle ajouté. C'est très sensible.

Christine Fréchette, enfin, a confirmé dans un bref point de presse tenu après la réunion que le niveau d'informations fournies par Ottawa pourrait être plus marqué. Elle s'est toutefois félicitée de s'être adjoint les services de Louise Blais, en avril dernier.

On est le seul endroit au Canada qui avons nommé une émissaire, et j'en suis particulièrement fière, parce que ça nous permet d'être en contact quotidien et de suivre l'évolution des discussions au jour le jour, a souligné la première ministre. Avoir encore plus d'informations, dans ce contexte, ne [pourrait] être que bénéfique.

Christine Fréchette regardant sa montre.

Christine Fréchette doit composer avec le fédéral pour faire face à la volonté affichée du président américain Donald Trump d'imposer au Canada et au Québec ses conditions en matière de libre-échange.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La réunion d'urgence convoquée par Christine Fréchette, jeudi, s'est déroulé à huis clos en présence de nombreux représentants du Québec inc., soit le Conseil du patronat du Québec (CPQ), la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), etc.

Dans sa déclaration d'ouverture, à laquelle les médias ont pu assister, la première ministre n'a pas caché que l'imposition de droits de douane supplémentaires viendrait chambouler l'économie québécoise de manière assez importante.

Jusqu’à 9 % de nos exportations pourraient être affectées par ces tarifs. Ça équivaut à 7 milliards de dollars d'impact, potentiellement, donc c'est colossal, a-t-elle déclaré.

Proférée par le président Trump le 20 juillet dernier, cette nouvelle menace, si rien n'est fait, pourrait être mise à exécution jeudi prochain.

Mme Fréchette, dans sa déclaration, a aussi évoqué les négociations actuelles en lien avec l'ACEUM, prévenant que certaines concessions pourraient être inacceptables pour le Québec. Il y a des lignes à ne pas franchir concernant la gestion de l'offre et également la protection de notre culture, de notre langue, a-t-elle rappelé.

Une deuxième cellule de crise vendredi

Une autre réunion, du même ordre, permettra vendredi à la première ministre Fréchette de prendre le pouls de l'industrie agroalimentaire auprès de représentants de l'Union des producteurs agricoles (UPA), de la Fédération des producteurs de lait du Québec et du Conseil de la transformation alimentaire du Québec (CTAQ).

Le Parti québécois (PQ), le Parti libéral du Québec (PLQ) et Québec solidaire (QS), mercredi, ont tour à tour dénoncé ces rencontres, jugeant que ces cellules de crise, convoquées à minuit moins une, n'étaient rien de plus qu'un exercice de communication à l'aube de la campagne électorale qui sera déclenchée dans deux semaines.

Pendant ce temps, les pourparlers entre Ottawa et Washington se poursuivent en vue de modifier l'ACEUM et, si possible, d'éviter l'entrée en vigueur de nouveaux tarifs douaniers au Canada par les États-Unis, avec pour objectif de soumettre un projet d'entente au président lundi matin.

Aux dernières nouvelles, toutefois, l'offre américaine n'était pas à la hauteur, selon les négociateurs canadiens.

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Avec les informations de La Presse canadienne