"Une réaction nucléaire en chaîne incontrôlée" : les géants de l'IA appellent à un ralentissement d'urgence
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Publié le 31/07/26 à 09h14
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Plus de 1 300 employés d'OpenAI, Anthropic, Google et Meta ont signé une pétition demandant au gouvernement américain de construire les outils pour ralentir le développement de l'IA. Parmi eux, les patrons des deux entreprises dont les modèles viennent de pirater des organisations réelles.
© G Sloan et Anna Moneymaker/Sipa et Getty Images/AFP - Dario Amodei (Anthropic) et Sam Altman (OpenAI) ont tous deux signé la pétition "Pacing the Frontier" demandant un ralentissement du développement de l'IA.
En mars 2023, Elon Musk et des centaines d'experts signaient une pétition réclamant un moratoire de six mois sur la recherche en IA. L'industrie avait haussé les épaules. En octobre 2025, 800 personnalités dont Geoffrey Hinton et Yoshua Bengio exigeaient l'interdiction de la superintelligence. L'industrie avait accéléré. Trois ans et deux avertissements ignorés plus tard, ce sont les architectes eux-mêmes qui appellent à l'aide.
1 319 signatures et un aveu au Capitole
Le 28 juillet 2026, 1 319 employés d'OpenAI, Anthropic, Google DeepMind et Meta ont signé Pacing the Frontier, une pétition adressée au gouvernement américain. Cette fois, les noms en bas de page sont ceux de Sam Altman, Dario Amodei, Jakub Pachocki. Les gens qui construisent les modèles.
Le lendemain, Altman arpentait les couloirs du Capitole à Washington pour rencontrer les sénateurs Mark Warner et Raphael Warnock. Aux journalistes qui l'interceptaient dans le métro du Sénat, il a lâché une phrase qu'il avait passé des années à éviter : il a discuté avec la Maison-Blanche du "besoin de ralentir". Quelques jours plus tôt, sur le podcast "Invest Like the Best", il avait été encore plus explicite.
Nous devrons peut-être ralentir le rythme du développement de l'IA pour donner à la société le temps de se renforcer face à ces nouveaux niveaux de capacités.
L'interview complète, enregistrée avant sa visite au Capitole, donne la mesure de ce retournement. Altman y qualifie l'incident Hugging Face de première faille de sécurité qu'il a ressentie "viscéralement" et confirme qu'OpenAI a suspendu l'entraînement de certains modèles.
Quand les labos d'IA endossent officiellement la pétition
La pétition ne réclame aucun moratoire immédiat. Elle demande à Washington de soutenir un effort international pour développer les outils techniques et de gouvernance capables de freiner le développement si la situation l'exige. La nuance est capitale : construire le volant de direction avant que le moteur n'emballe. Dans les heures qui ont suivi la publication, OpenAI et Anthropic ont franchi un pas supplémentaire en endossant le texte au niveau institutionnel.
We support this petition, signed by our CEO, several co-founders, and senior staff.
Our own research on recursive self-improvement, published last month, points to the need for tools to deliberately pace the frontier of AI development so society can prepare. We’re glad to see…
— Anthropic (@AnthropicAI) July 28, 2026
At the core of our mission is working through how to ensure increasingly powerful AI benefits everyone.
We believe that, at some point in the future, AI acceleration for frontier model development may be so high that the world will need to pace the rate of AI advancement.
We…
— OpenAI (@OpenAI) July 28, 2026
Parmi les commentaires personnels laissés par les signataires sur le site de la pétition, celui de Leo Gao, ingénieur chez OpenAI, a concentré l'attention.
Le monde est enfermé dans une course mortelle vers une explosion d'intelligence, où la capacité de l'IA à créer de meilleures IA atteint un point critique, comme une réaction nucléaire en chaîne incontrôlée. Pour survivre, nous devons nous coordonner pour ralentir la course.
Interrogé sur la possibilité que d'autres systèmes aient été piratés par les modèles d'OpenAI, Altman a répondu : "C'est possible, oui."
La mécanique est celle du dilemme du prisonnier : l'IA serait plus sûre si tout le monde freinait ensemble, mais n'importe quel labo ou pays qui freine seul risque la défaite commerciale, stratégique et technologique. Alors ceux qui construisent les modèles demandent au gouvernement de leur attacher les mains, parce qu'aucun d'entre eux ne peut le faire seul. Reste à savoir si Washington répondra avant que “la réaction en chaîne” ne devienne incontrôlable.
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