Arrivée massive de migrants à Ceuta : 18 personnes décédées en tentant de traverser la frontière espagnole, les centres d’accueil "débordés"
Jeudi 30 juillet, plusieurs centaines de migrants, en majorité des hommes et des adolescents, sont entrés illégalement dans la ville espagnole de Ceuta, à la frontière du Maroc. Dix-huit personnes sont décédées en tentant de rejoindre le pays. Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez se rendra à Ceuta dans la matinée.
Pedro Sanchez se rendra dans l’enclave espagnole de Ceuta ce vendredi matin. Des centaines de personnes convergeaient jeudi soir dans le nord du Maroc vers l’enclave espagnole de Ceuta, où sont déjà entrés plusieurs milliers de migrants ces derniers jours, dont 18 sont morts en tentant de la rejoindre, dont neuf à la nage. À environ 15 kilomètres de Fnideq, localité marocaine jouxtant Ceuta, la route était encombrée par des véhicules transportant des jeunes, dont des mineurs, se dirigeant vers la ville espagnole, a constaté un correspondant de l’AFP.
D’autres groupes marchaient le long de la route avant d’emprunter des chemins secondaires afin d’éviter les barrages de la gendarmerie. L’un d’entre eux a expliqué avoir pris la route après "avoir entendu que la frontière avait été ouverte au poste-frontière de Bab Sebta" (la porte de Ceuta).
Plusieurs centaines de personnes, pour la plupart des hommes et adolescents, sont entrées illégalement jeudi à Ceuta, venant s’ajouter au plus de 1 500 migrants arrivés "ces derniers jours" selon les autorités régionales, qui avaient déjà annoncé au moins un mort. Il s’agit de l’arrivée de migrants la plus importante depuis 2021, quand plus de 10 000 personnes avaient traversé la frontière en deux jours pour atteindre ce petit territoire de 18,5 km2.
L’Italie veut suspendre l’Espagne de l’espace Schengen
Plus de 1 500 personnes sont arrivées "ces derniers jours", à un rythme de "200 personnes par jour" en moyenne, avait indiqué le président le président de la ville autonome de Ceuta, Juan Vivas, parlant d’urgence "absolue" dans des centres d’accueil "débordés et saturés".
Le gouvernement espagnol a annoncé que des soldats seraient déployés pour garantir la sécurité sur ce territoire de la côte nord de l’Afrique. Si leur nombre n’a pas été précisé, la Garde civile sera renforcée par l’envoi de 70 agents, qui s’ajouteront aux 80 déjà présents sur place, et des équipes de plongeurs ainsi que des navires des garde-côtes seront envoyés.
Dénonçant des "images choquantes" venues de Ceuta, la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni a dit jeudi vouloir suspendre l’Espagne de l’espace Schengen, après une déclaration similaire du ministre italien des Affaires étrangères Antonio Tajani. Le ministre espagnol des Affaires étrangères José Luis Albares a ensuite critiqué un message "inapproprié" de la part "d’un pays partenaire et ami dont nous attendons une solidarité européenne et non une démagogie partisane" et convoqué l’ambassadeur d’Italie à Madrid.
Le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a annoncé qu’il se rendrait à Ceuta vendredi "pour suivre l’évolution de la situation" et rencontrer les autorités locales, saluant aussi la "coopération exemplaire" avec le Maroc. Les deux pays mettront en œuvre "des mesures pour le transfert" vers le Maroc "dès que possible, de toutes les personnes qui sont entrées illégalement à Ceuta", a-t-il ajouté.
10 000 migrants
En 2021, plus de 10 000 migrants avaient atteint Ceuta depuis le Maroc voisin en deux jours, à la faveur d’un relâchement des contrôles par Rabat, sur fond de crise entre les deux pays au sujet de l’accueil en Espagne pour y être soigné du chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario.
Cette crise diplomatique a pris fin en 2022 avec le revirement de Madrid en faveur du plan marocain sur le Sahara occidental, après des décennies de neutralité. Ce soutien avait entraîné une brouille diplomatique entre Madrid et Alger.