Sport 31/07/2026 09:13

La Fifa a annoncé poursuivre son projet de privatisation d’une partie de la Coupe du monde, malgré les menaces de boycott des nations européennes.

Par Timothée Barnaud avec AFP

Gianni Infantino, ici photographié à Genève le 1er mai 2023, refuse pour l’instant d’abandonner son projet de vente de parts de la Coupe du monde à des investisseurs privés malgré les très fortes critiques.

FABRICE COFFRINI / AFP

Gianni Infantino, ici photographié à Genève le 1er mai 2023, refuse pour l’instant d’abandonner son projet de vente de parts de la Coupe du monde à des investisseurs privés malgré les très fortes critiques.

L’étau a beau se resserrer autour de Gianni Infantino, rien ne semble pour l’instant l’arrêter. La Fifa a annoncé ce vendredi 31 juillet qu’elle comptait poursuivre son projet de création d’une société commerciale ouverte aux investisseurs étrangers - et donc de ventes de parts de la Coupe du monde -, malgré les critiques et les menaces de boycott des nations européennes.

« Notre processus de consultation prévu a été perturbé par des informations médiatiques erronées », a déclaré la Fifa dans un communiqué. « Personne n’est en train de vendre le football. C’est quelque chose que la Fifa n’envisagerait jamais », ajoute l’instance dirigeante du football mondial.

La Fifa s’est même permis une pique non déguisée envers les fédérations européennes, les plus opposées à son projet. « Chacun a le droit d’exprimer son opposition et de demander des précisions supplémentaires, mais aucune entité ne peut prétendre représenter l’ensemble des 211 associations membres à travers le monde ». Avant d’assurer : « Nous poursuivrons ce processus de consultation afin de garantir que chaque association membre puisse exprimer son vote sur la base de faits ».

Les nations européennes menacent de boycotter

La journée de ce jeudi a pourtant été marquée par des avancées dans la fronde anti-Infantino. L’UEFA, l’instance chargée du football européen, a ainsi annoncé avoir voté à l’unanimité de ses 55 membres que ses fédérations boycotteraient toutes les prochaines compétitions de la Fifa si son projet de vente de parts de la Coupe du monde venait à se poursuivre.

L’UEFA critique aussi bien le processus - réalisé « en secret » - que le fond du projet : « Toute décision sur le calendrier international, le format des compétitions, et toute décision remodelant le futur du football ne serait plus conduite pour servir l’intérêt du foot mais celui des actionnaires ».

Une déclaration qui semble viser la participation centrale du fonds d’investissement Thrive Eternal, créé par Joshua Kushner, le frère de Jared, gendre de Donald Trump et homme à tout faire de la Maison Blanche, alors qu’Infantino a régulièrement affiché sa proximité avec le président américain avant et pendant le Mondial 2026.

Les fédérations américaines et asiatiques également critiques

Sans aller jusqu’à une menace de boycott, la Concacaf, qui regroupe 41 fédérations d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes, a, elle, « rejeté la proposition » dans un communiqué publié un peu plus tard dans la soirée à l’issue d’une réunion de ses membres.

Faisant part de ses « vives inquiétudes » quant à « l’absence de procédure régulière » ainsi qu’au « délai artificiellement court imposé » par la Fifa, la Concacaf s’interroge aussi sur la nécessité d’un tel projet après « la Coupe du monde la plus rentable de l’histoire », que coorganisaient trois de ses membres (États-Unis, Mexique et Canada) et qui s’est achevée le 19 juillet.

De son côté, la Confédération asiatique (AFC) a regretté que ce projet ait été rendu public sans que ses membres n’aient été consultés auparavant tandis que la Confédération africaine de football (CAF) s’est montrée moins critique, appelant ses associations membres à « examiner » et à « évaluer » le projet.

Un bras de fer qui devrait se poursuivre

Le projet de la Fifa, présenté ce mardi à la surprise générale, prévoit la création d’une société, la Fifa Forward Enterprise (FFE), chargée de gérer ses activités commerciales (diffusion, sponsoring, billetterie, octroi de licences) et événementielles (Coupe du monde, Coupe du monde des clubs, etc.). L’objectif : porter à 10 milliards de dollars le financement du développement du football dans les quatre prochaines années.

Des investisseurs privés pourront posséder des parts de la FFE, mais resteront minoritaires à hauteur d’environ 20 %, a promis l’instance, qui veut lever jusqu’à 4,2 milliards de dollars, sur la base d’une valorisation de la future entreprise évaluée à 20 milliards de dollars.

La Fifa assure qu’elle conservera le contrôle exclusif de cette société ainsi que « l’autorité exclusive » sur la gouvernance du football, les compétitions, le calendrier, les décisions réglementaires...

Si le projet voit le jour, chacune des 211 fédérations membres de la Fifa pourrait recevoir une enveloppe exceptionnelle de 20 millions de dollars début 2027 et verra passer sa dotation sur la période 2027-2030 de 8 à 20 millions de dollars... à condition d’accorder son soutien avant le 19 septembre prochain. Autant dire que le bras de fer ne devrait pas ralentir dans les prochaines semaines.