Adam Commens a vécu un exil de plus de vingt ans au service du hockey belge : "Je pensais venir pour une année ou un peu plus"
"De la confiance et des certitudes." Lotte Englebert, la fille avec le plus haut potentiel chez les Red Panthers, ne tarit pas d'éloges sur son entraîneur ad interim Adam Commens. "Il gère super bien le groupe. Il est doté d'une autorité naturelle."
Adam Commens est en passe de réussir son pari de pousser les Red Panthers vers leur plus grand podium. Il aurait pu rester dans son fauteuil de directeur technique en mars. Il a décidé de se mettre en danger en aidant les Red Panthers à digérer un sixième changement de coach en 11 ans. L'approche de l'échéance mondiale a dicté ce choix.
"Je n'avais pas grand-chose à gagner en prenant ce rôle", explique Adam Commens. "Nous discutions de ce qui était le mieux pour les filles afin de réussir leur Coupe du monde. Nous pensions qu'il était préférable d'éviter un changement complet. Le groupe n'avait besoin que de petits ajustements et d'une clarté dans le leadership. Je ne voulais pas être la première option. Finalement, j'ai accepté. Ce choix n'était pas sans risque."
guillementJe ne voulais pas être la première option. Finalement, j'ai accepté. Ce choix n'était pas sans risque."
Des risques, il en a déjà pris depuis plusieurs décennies à commencer par celui de quitter son Australie natale en 2004 pour vivre sa passion du hockey en Belgique. "Je pensais venir pour une année ou un peu plus." Vingt-deux ans plus tard, il vit toujours à Anvers.
Red Panthers: les trois générations alignéesUNe enfance simple dans une ferme à Wagga Wagga
Son histoire démarre le 6 mai 1976 à Wagga Wagga, sur les rives du Murrumbidgee à égale distance (450 km) de Melbourne et de Sydney. Ses parents étaient… entraîneurs de hockey. Ils l'ont initié aux joies du stick dès son plus jeune âge. "Avec mes trois petites sœurs et mon petit frère, j'ai grandi dans une ferme à cinq heures au sud-ouest de Sydney", se souvient avec le sourire l'actuel Directeur Technique des équipes nationales belges. "Avec mes parents, nous avons créé le club de Wagga Wagga en commençant avec quatre ou cinq membres." C'est là qu'il est né au hockey. Il a lancé une équipe qui a joué dans une ligue locale composée de quatre équipes.
À 16 ans, son talent et ses ambitions l'ont poussé à déménager sur Sydney pour percer au plus haut niveau. Deux ans plus tard, il a ensuite rejoint à Perth l'équipe nationale australienne. Il ignorait encore que son sport le mènerait vivre avec sa famille de l'autre côté de la planète.
"J'ai vécu une enfance aimante et heureuse dans une ferme où nous n'avions pas d'accès à internet à l'époque. Nous jouions au hockey, au tennis, au rugby et au cricket. Nous nagions beaucoup aussi. Le hockey a toujours occupé une position centrale. Mon papa a été mon entraîneur." Ses parents, qui sont retraités, ainsi que ses sœurs et son frère sont toujours restés en Australie, près de Sydney. "Ils passent principalement leur temps à voyager en caravane", confie Adam Commens.
À l'école, le jeune Adam montrait volontiers ses aptitudes physiques. Ses bulletins étaient excellents. Il est même devenu enseignant en éducation physique avec un diplôme en sciences. "Cela a façonné mon approche du coaching. J'ai besoin de preuves. J'utilise la science pour voir si nous progressons", explique celui qui a grandi avec comme idoles la moitié de l'équipe nationale australienne comme Stephen Davies, Jay Stacey, Warren Birmingham ou encore Buster Birmingham. "J'ai eu la chance de porter le même maillot que ces gars-là. Je les ai tant regardés jouer."
Chemin difficile pour les Red Panthers: les Belges, qualifiées pour les demi-finales, devront aller chercher leur médaille à AmstelveenMédaillé olympique dans son pays
En l'an 2000, les Jeux olympiques avaient élu domicile chez lui, à Sydney. Joueur reconnu dans le milieu de terrain, Adam Commens a vécu un rêve en jouant une demi-finale olympique devant son public. "Il était également si décevant car nous avons perdu aux strokes face aux Pays-Bas devant nos supporters", se rappelle celui qui a rejoint les Kookaburras à seulement 20 ans. "Nous avions battu une grande équipe du Pakistan pour la médaille de bronze." Quand il feuillette le livre de sa carrière, il s'arrête aussi sur les Coupes du monde de 1998 et de 2002. "Nous avions perdu la finale contre l'Allemagne à Kuala Lumpur en 2002."
Il se compare volontiers à un John-John Dohmen pour sa vista et son sens du jeu. "Je n'étais pas le style à courir pour casser les lignes. John-John se situe entre Felix Denayer et moi. Felix était un excellent passeur, mais il était un grand athlète. Moi, je suis beaucoup plus petit. Je courais beaucoup. Je touchais beaucoup de balles. Je connectais bien l'attaque et la défense", explique-t-il près de 30 ans plus tard. "J'avais aussi marqué un but en finale des Jeux du Commonwealth qui sont très importants en Australie."
Son séjour sportif en Australie s'est achevé de manière frustrante. En 2004, il s'est fracturé la main avant les Jeux olympiques d'Athènes où l'Australie s'est couverte d'or.
L'avis de notre consultante après le partage des Red Panthers face à l'Argentine: "Il peut y avoir des regrets vu le dernier quart-temps"En 2004, il débarque à Anvers
A ce moment, sa vie a basculé. Il est arrivé en Belgique dans la foulée des JO. Il a montré ses talents dans le championnat de Belgique de 2004 à 2007 avec le maillot de l'Antwerp. "J'étais en fait en Belgique quand l'Australie a remporté la médaille d'or. J'ai regardé la finale à la télévision en Belgique." Il préparait le championnat de Belgique qu'il a remporté en 2007 lors de son dernier match en tant que joueur. Il a même signé le doublé car il coachait les dames, également championnes de Belgique.
À force de vivre de belles expériences en Belgique, il ne cessait de prolonger son bail. Aucune petite amie ne l'attendait à Sydney. Il a fini par rencontrer la femme de sa vie à Anvers.
Un bonheur n'arrivant jamais seul, il a reçu un coup de fil qui l'a définitivement convaincu de rester en Belgique. Son prédécesseur Bert Wentink, surnommé l'architecte du programme des équipes nationales lui a proposé le job d'entraîneur des Red Lions. L'équipe nationale était loin de celle d'aujourd'hui. Elle n'était que 14e mondiale et absente des grands rendez-vous. D'ailleurs, les Lions avaient écarté Giles Bonnet qui ne s'en sortait plus. En un été, Adam Commens a changé le cours de l'histoire de l'équipe nationale avec le miracle de Manchester. En un match, les Belges ont mis fin à une absence de 32 ans aux JO.
"Être leur entraîneur à ce moment a été exceptionnel. Quand nous battons l'Allemagne lors de cet Euro 2007 pour décrocher une médaille de bronze et un ticket olympique, nous avons tous été ivres de bonheur. Personne ne s'attendait à ce que nous battions les champions du monde. Aux Jeux de Pékin, ils ont challengé tous leurs adversaires même si les résultats n'ont pas suivi."
En trois ans, il venait de bombarder le hockey belge dans une autre dimension. Comme le dit souvent Felix Denayer, chaque Red Lion doit porter le maillot et l'amener plus loin. Adam Commens l'a fait. En 2010, la presse belge s'inquiète d'ailleurs du départ précipité de l'Australien à moins de huit mois de l'Euro. "Je suis tellement reconnaissant pour l'opportunité que le hockey belge m'a donnée. C'est là que ma vie a changé."
Coupe du monde 2026 : Adam Commens présente les 20 Panthers qui visent le podium mondialEn septembre 2016, l'Australien, qui avait à peine 40 ans, a reçu les pleins pouvoirs des équipes nationales. Il a succédé à un tout grand monsieur du hockey belge, le Néerlandais Bert Wentink. Il glissait du terrain vers les bureaux remplis d'ordinateurs et de papiers. "Les gens se demandent souvent ce que je fais", rigole-t-il.
Depuis 10 ans, il gère toutes les questions sportives relatives aux équipes nationales. Il est le bras droit du CEO de la fédération belge, Serge Pilet qui coordonne tout le domaine extrasportif. L'Australien se définit comme le témoin du travail quotidien de fantastiques entraîneurs. Avec eux, il définit le cadre de travail.
Il a assisté à la montée vers la gloire des Red Lions. Il a également vu l'évolution des Red Panthers. Il connaît chaque joueur, chaque joueuse, chaque U21, chaque U18, chaque U16 et même les U15. "Je peux dire avec une confiance absolue que l'avenir des Red Lions et des Red Panthers est très prometteur. Les Red Panthers sont prêtes pour une énorme décennie. Les Red Lions ont également des talents excitants à venir. Avec les femmes, nous avons une génération qui peut vraiment défier les Néerlandaises dans les dix prochaines années."
Un double podium belge aux Jeux de Los Angeles
A 50 ans, il n'a pas encore tout vécu. Il veut ramener les Red Lions au sommet et pousser les Red Panthers sur le podium. Mieux, il veut voir les deux équipes nationales sur le podium en même temps. Dimanche, il remettra à lui-même sa démission en tant qu'entraîneur des Red Panthers. En tant que directeur technique, il cherchera alors un nouveau T1 qui s'inscrira enfin dans la durée. Sur son bureau, il espère mettre un bibelot de plus, une médaille d'or ramenée de la Coupe du monde 2026. Et l'Australie ? Il la garde dans son cœur. "J'ai la nationalité belge depuis le mois de novembre. Je vis ici avec mon épouse et nos trois enfants (Olivia 17 ans, Alexa 10 ans et Bill 7 ans). L'Australie reste un endroit magnifique pour y passer nos vacances."
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