Le Wi-Fi de Comcast surveille les mouvements, et la justice peut récupérer les données
Depuis quelques années, une fonction un peu étrange est proposée par certains fournisseurs de bornes Wi-Fi : la possibilité de détecter les mouvements. On trouve cette possibilité notamment dans les routeurs Velop de Linksys, mais le principe s’est depuis étendu à d’autres appareils connectés, comme le système Hue de Philips/Signify, ou encore aux box du fournisseur d’accès Comcast aux États-Unis. Et ce dernier a une contrepartie très particulière à l’utilisation de cette fonction, comme le rapporte The Verge.

L’idée en elle-même est plutôt pratique : plutôt que d’avoir des détecteurs de mouvement un peu partout dans votre domicile, les routeurs wi-fi de la maison utilisent la façon dont rebondissent les ondes sur les murs, les objets et les personnes pour détecter une modification dans leur trajet, et par là même, un mouvement dans la pièce.
Ainsi, en surveillant l’amplitude, la phase, et d’autres paramètres associés à l’onde wi-fi, il est possible de savoir si une modification de l’environnement est en cours, et donc, qu’un mouvement a lieu dans la pièce. Si au départ une configuration à plusieurs bornes en mesh était indispensable, Comcast indique avoir supprimé cette obligation en utilisant les appareils connectés à la borne comme cobayes, surveillant leurs transmissions pour détecter toute variation.
Linksys Aware détecte les mouvements avec le Wi-Fi maillé des bornes Velop
Ainsi, le système peut détecter tout mouvement sur l’étendue du wi-fi de la box, envoyer des notifications à l’utilisateur, et enregistrer les événements.
Mais il y a un hic (sinon nous ne serions pas là pour en parler…), et un gros : les rapports de détection du système de Comcast sont envoyés sur le cloud associé au service Xfinity (équivalent d’un pack Livebox ou autres pour les abonnés américains), et les données y sont conservées 7 jours. Jusque là, c’est déjà un souci en soi : toute donnée envoyée sur un serveur distant peut, par nature, être piratée (et au vu du nombre d’affaires de ce type récemment…).
Mais l’inquiétude ne s’arrête pas là. Interrogée par The Verge la porte-parole de Comcast Meagan Sloan est claire :
Comme toutes les entreprises, si Comcast devait recevoir une assignation, une ordonnance judiciaire, un mandat de perquisition ou toute autre demande légale valide, nous pourrions être tenus de communiquer les informations générées par WiFi Motion, conformément à la législation applicable.
Si encore cette ouverture des données était faite à la demande de l’utilisateur uniquement, l’idée pourrait être intéressante dans le cas d’un cambriolage, par exemple. Cependant, ces données peuvent aussi être transmises sans l’accord de l’utilisateur et, selon les conditions de Comcast, sans notification supplémentaire de sa part.
Plus inquiétant encore, The Verge s’est enquis de la possibilité pour Comcast d’activer l’option à distance, à la demande des autorités… ou de son propre chef. Si l’entreprise a répondu que l’option était activée sur demande, et qu’elle ne surveillait pas en temps réel l’activité de ses clients, elle n’a cependant pas répondu clairement sur la possibilité de l’activer à distance avec ou sans le consentement de l’utilisateur.
Le principal souci avec cette technologie reste qu’elle est liée à un outil tellement répandu qu’il en deviendrait compliqué de vivre sans : le wi-fi. Et l’absence de réponse claire de Comcast sur sa capacité à activer la fonction à distance pose inévitablement la question de la confiance que l’on peut accorder à une box entièrement administrée par son fournisseur d’accès. Dans le doute, The Verge rappelle que la seule solution réellement efficace reste de passer la box en mode pont, et de confier le wi-fi à un routeur externe. En attendant que tous les constructeurs finissent par proposer l’option à leur tour…