“Quatre bastos dans le buffet” : le mystérieux coup de fil de Le Priol
Au dixième jour du procès de la mort de Federico Martin Aramburu, un surveillant de Fleury-Mérogis est venu rapporter des propos que Loïk Le Priol aurait tenus en détention. Un témoignage vieux de trois ans, que la défense a entrepris de mettre à l’épreuve.
Dixième journée d’audience, ce vendredi 18 septembre, au procès de Romain Bouvier et Loïk Le Priol. À la barre, Lucas, un surveillant de la prison de Fleury-Mérogis, est venu raconter une scène vieille de plus de trois ans, survenue dans la nuit du 22 mai 2023. Un témoignage parfois hésitant, le surveillant reconnaissant lui-même avoir vu, depuis, « des faits plus marquants ». Mais son rapport de l’époque, lu à l’audience par le président, est venu donner davantage de relief à ses souvenirs. "Pendant mon service de nuit, je tends l’oreille pour pouvoir faire remonter des informations", explique le surveillant. Ce soir-là, Loïk Le Priol est à l’isolement. Derrière la porte de sa cellule, il entend une conversation téléphonique. "Il était assis sur sa chaise, il avait un téléphone portable dans la main. Je me souviens plus de la scène." Alors le président lit son rapport, rédigé au moment des faits. Y figure une phrase particulièrement lourde : Le Priol aurait répété à plusieurs reprises : "Ce que j’ai préféré, ce sont les quatre bastos que je lui ai mises dans le buffet."
Le Priol fulmine
Dans le box, Loïk Le Priol fulmine. Il conteste manifestement la scène telle qu’elle est rapportée, alors que, selon le rapport, une télévision fonctionnait également dans sa cellule et qu’il parlait à voix basse. Le témoignage laisse donc plusieurs zones d’ombre : ce que le surveillant a réellement entendu, dans quelles conditions et avec quelle certitude. Une chose, en revanche, semble établie : le surveillant n’était pas dans une relation conflictuelle avec Le Priol. Il explique qu’ils s’entendaient même plutôt bien et discutaient régulièrement à la bibliothèque. Aucun passif entre eux. "Je n’en rajoute pas, assure-t-il. Dans mon rapport, je relate juste des faits, je ne voulais pas lui nuire". Le rapport avait ensuite été transmis aux autorités compétentes qui, en examinant les fadettes du téléphone en question (un modèle Erikson, aussi gros qu’un briquet de type Zippo), ont démontré qu’une conversation avait bel et bien eu lieu au moment de la ronde de Lucas, le surveillant de Fleury-Mérogis.
La défense : « Avez-vous pu vous tromper ? »
La défense de Loïk Le Priol entre alors dans le détail. Certains éléments mentionnés dans le rapport ne sont pas retrouvés : le chargeur et le téléphone, oui, mais pas l’écouteur mentionné par le surveillant dans son rapport. Pas davantage les fameux plans de la prison que Le Priol aurait évoqués dans le cadre d’une supposée évasion. L’avocat ne l’accuse pas de mentir. Il installe le doute. "Vous n’êtes pas un menteur, mais vous pouvez vous tromper." Puis revient à l’acoustique de la prison. À quoi ressemblent les coursives ? "Brouhaha en quartier normal, plutôt calme en isolement." La défense trouve alors une autre faille. Dans son rapport, le surveillant évoque une audience "en juin 2023". Or l’audience à laquelle il est fait référence - elle concernait un rendez-vous avec son avocat - était prévue en juillet. S’est-il trompé ? "Peut-être." Et s’il s’est trompé sur cette date, peut-il s’être trompé sur le reste ? La réponse tombe, presque du tac au tac : "Peut-être oui."