« Au cinéma, on prend la main du spectateur pour lui faire vivre une aventure humaine » : Alexandre Arcady présente son dernier film, « Fausse note », sur la Côte d’Azur
Pas de Coup de sirocco, mais un temps grisâtre pour l’arrivée d’Alexandre Arcady à Cannes ce mercredi. Météo plus adaptée à l’ambiance de son dernier film, Fausse note, que le cinéaste est venu présenter au cinéma Olympia dans la cité des festivals, et à Nice au cinéma Variétés. Le pitch ? Dans les années 1990 après la chute du mur à l’Est, Alexandre Miller, chef d’orchestre de réputation mondiale, donne un dernier concert à Paris avant sa nomination à l’orchestre philharmonique de Berlin. Dans la salle où se joue la 7e symphonie de Beethoven, et bientôt en coulisses, un fervent et encombrant admirateur. Dont les demandes vis-à-vis du maestro aux humeurs de diva, se font de plus en plus pressantes et dérangeantes.
Au bout d’une nuit à huis clos, la vérité va éclater. À la lumière du lien qui unit ces deux personnages.
Pour les incarner, deux virtuoses du jeu, livrés chacun à une subtile partition du mensonge. Benoît Poelvoorde et Kad Merad, un duo à cordes tendues. D’abord sur un air de comédie, comme pour un refrain de L’emmerdeur, avant de basculer dans le thriller psychologique.
« J’avais envie de brouiller les pistes, confirme Alexandre Arcady. Le scénario repose sur un enjeu majeur, je souhaitais un casting à la hauteur. Je ne voulais personne d’autre que Kad Merad pour jouer le fan. Quand je lui ai annoncé que Benoît Poelvoorde serait son partenaire, il a éclaté de rire : pour eux, c’était un rêve, car il n’avait jamais joué de scène ensemble. »
Entre impros et récital, une harmonie évidente. Même si la confrontation est particulièrement grinçante à l’écran. « Dès la première lecture, je me suis dit “oh, la belle affaire”. Ce sont deux formules 1 avec deux moteurs différents, mais quelle association ! Un grand duo de cinéma, qui va étonner, nous émouvoir et laisser une trace », prédit le cinéaste.
Le film repose quasi exclusivement sur leurs épaules, avec l’Opéra de Paris pour décor principal, « un endroit magique qui se transforme en mausolée, alors que la neige tombe dehors… »
Un film dédié à ses petits enfants
Sans révéler le dénouement, un film qui s’accorde au passé, tout en résonnant au présent. Qu’Alexandre Arcady dédie à ses petits enfants. « C’est ma façon de leur dire, lorsqu’ils seront en âge de comprendre : n’oubliez jamais ! Ce film est une filiation, une transmission, qui ne vaut peut-être pas tous les cours d’Histoire, mais qui en appelle aux mouvements du cœur. »
Devoir de mémoire, que le réalisateur, bientôt 80 ans, ne se lasse pas de mettre en scène, à l’heure où la réalité contemporaine peut être à nouveau obscène.
« La mémoire et l’Histoire sont le socle de toute société et de toute civilisation. Quand on garde conscience des événements qui ont forgé notre présent, on avance dans la vie, avec l’espoir d’arranger les choses sans haine ni violence. »
Le RN et LFI, même rejet pour Arcady
Tout en voulant privilégier le plaisir du spectateur, « parce qu’au cinéma, on lui prend la main pour lui faire vivre une aventure humaine », Fausse note trouve forcément écho dans l’actualité politique. Notamment avec la montée « des extrêmes », qu’Alexandre Arcady rejette d’un même élan.
Alexandre Carini / Nice-Matin
« Les propos antisémites que l’on prête à Jordan Bardella sont indignes, et la jeunesse n’excuse pas tout. Mais la dérive sectaire et antisémite de LFI, est tout aussi grave », souligne cet « homme de gauche », qui espère qu’un « candidat démocrate républicain va émerger pour faire cesser les querelles entre la gauche et le centre, parce que sinon, la France s’en sortira très très mal… »
Quarante ans après L’Union Sacrée, Alexandre Arcady s’efforce de conserver une part d’optimisme, « même si dans cette société fracturée, nous perdons de jour en jour la possibilité d’échanger entre les êtres ».
Pour cet enfant d’Alger, jadis « élevé dans le partage et la fraternité entre tous », la Croisette ne fut pas terre d’exil, contrairement à de nombreux pieds-noirs. Ni même terre promise pour l’artiste, car le Festival de Cannes n’a jamais sélectionné un de ses films en compétition (« mais j’y ai accompagné mon fils Alexandre Aja, dont le court-métrage avait été projeté alors qu’il avait 15 ans ! »). Qu’importe. Avec Fausse note, l’heure est à la réconciliation, auprès d’un public fidèle. Mais pas forcément au grand pardon…
Alexandre Carini / Nice-Matin
À Cannes, interviewé par Chantal Lauby à vingt ans !
Si les films d’Alexandre Arcady n’ont jamais eu les honneurs du palmarès cannois, il figure néanmoins, en tant qu’acteur, au générique d’un long-métrage primé.
« En 1972, j’ai joué dans un film sur lequel je n’aurai pas parié un centime : c’était Avoir vingt ans dans les Aurès, qui a décroché le Grand prix de la critique ! J’avais alors été interrogé par Chantal Lauby, journaliste pour France 3, et je me souviens que je portais une chemise de soie indienne avec un collier, c’était d’un ridicule ; ! », sourit l’intéressé, qui est néanmoins revenu en costard à cette grande messe du 7e art.
Sur le tapis rouge, l’omniprésence des hommes en noir
« On pouvait y faire toutes sortes de rencontres impromptues, riches et intéressantes, mais avec l’évolution du métier, c’est moins vrai car tout est beaucoup plus structuré et cadré, avec l’omniprésence des hommes en noir pour tout surveiller. »
Le tapis rouge, Arcady l’a également foulé en tant que coproducteur d’Un homme amoureux, le film de sa complice Diane Kurys projeté en compétition et à l’ouverture de la Quinzaine en 1987. Mais avec déjà deux autres scénarios en poche et une passion intacte, l’infatigable cinéaste n’en a sans doute pas fini de gravir les marches…