« Au début, il cassait les écrans mais comme c’était réparable, il a trouvé une technique » : un homme devant le tribunal de Grasse pour violences conjugales ce lundi
La présidente du tribunal Caroline Chassain le précise d’emblée : la procédure est longue, les faits nombreux, les rappeler et faire le lien prendra du temps. Minutieusement, la magistrate remonte le fil du temps, à commencer par le 23 octobre dernier, date de la dernière altercation du couple qui a conduit à la garde à vue du mis en cause.
D’autant qu’une interdiction de contact avait été prononcée peu de temps auparavant par la juridiction de Toulon, où le couple a vécu ensemble quelque temps.
Face au tribunal, la victime, M., une jeune femme d’une vingtaine d’années, est assise sur le banc des parties civiles. Dans le box vitré, son ex-compagnon, W., 28 ans, ne bronche pas, les bras croisés.
Les faits, pourtant, sont particulièrement violents. La présidente fait état de gifles, de coups dans le dos mais aussi de nombreuses détériorations au domicile de la victime. La liste est hétéroclite : « un tuyau de douche », « un lisseur pour cheveux », « un four », « un canapé ». Sans compter les téléphones portables. Entre 40 et 50 relaie la présidente au début de l’audience en partageant le contenu de l’audition de la victime. « J’en ai cassé 30 », précisera son ex-compagnon.
La magistrate lit : « Au début, il cassait les écrans mais comme c’était réparable, il a trouvé une technique. Il les tord pour casser tous les composants. » Silence dans la salle.
30 jours d’ITT
La jeune femme, au parcours de vie compliqué, refuse de prendre la parole mais reste droite sur son banc. Son avocate, maître Lauriane Ciais, la soutient discrètement. Le bilan émotionnel est lourd pour la victime qui s’est vue octroyer jusqu’à 30 jours d’ITT psychologique et fait état d’une fausse couche, liée aux violences.
« Mon client exprime de la honte pour sa jalousie incontrôlée, plaide maître Maxime Maugeri en défense du prévenu. L’une de ses plus grosses erreurs a été de ne pas disparaître de la vie de madame. »
La jeune femme, décrite comme calme et introvertie par l’expert psychologue, précise : « Je retourne avec lui car il va mal, il y a de l’emprise et manipulation. » Son conseil maître Lauriane Ciais précise : « La réalité de ce dossier est qu’on a un auteur qui minimise ou ne reconnaît pas sa responsabilité ».
4 ans d’emprisonnement
La procureur Marie Boillot abonde, rappelle les cinq épisodes de violences très documentés : « Je suis très inquiète à l’issue de cette audience… On a aucune avancée positive. »
La procureur requiert 5 ans d’emprisonnement dont un an avec sursis probatoire. Le tribunal a prononcé une peine de 4 ans d’emprisonnement, un maintien en détention assortie d’une injonction de soin et d’une interdiction d’entrer en contact.