Mexique: les cartels de la drogue profitent du Mondial 2026 pour s'enrichir
Au Mexique, des experts estiment qu'une trêve officieuse entre les cartels ainsi qu'avec les autorités a lieu durant la Coupe du monde de la FIFA 2026, permettant aux uns comme aux autres de profiter de l'événement. Ils craignent que les règlements de comptes ne reprennent à la fin du championnat.
La sécurité est une priorité absolue dans l'organisation de chaque Coupe du monde. La visibilité de l'événement en fait notamment une cible de choix pour d'éventuelles attaques terroristes. S'ajoute à cette menace la question de la sécurité intérieure, un sujet brûlant au Mexique, où se sont déroulés 13 matchs de la Coupe du monde de la FIFA 2026.
Ce championnat international a généré d'importants flux de personnes et d'argent entre les trois villes hôtes: Mexico, Guadalajara et Monterrey. Il a offert une formidable opportunité aux autorités mexicaines de dynamiser l'économie de ces trois villes... mais également déroulé le tapis rouge aux cartels mexicains.
Deux experts en sécurité, spécialistes du crime organisé au Mexique, ont accepté de répondre aux questions de RSI sur la situation.
Massacres et meurtres en diminution
Dans la région métropolitaine de Guadalajara, l'une des villes hôtes de la Coupe du monde, on s'attendait à ce que le cartel de Jalisco Nouvelle Génération prenne des mesures de représailles après la tentative d'arrestation qui s'est soldée par la mort de son chef, El Mencho (en février dernier), et après l'arrestation de Flores, alias El Jardinero, son bras droit.
Ce scénario ne s'est pas concrétisé, explique David Saucedo, consultant en politiques publiques et en sécurité. Les groupes criminels ont préféré profiter de la Coupe du monde pour intensifier leurs activités illégales lucratives sans faire de vague.
David Saucedo relate que depuis le début de la Coupe du monde, les massacres et les meurtres ont diminué dans tout le pays, ce qui pourrait indiquer l'existence d'une sorte de trêve officieuse entre tous les cartels, ainsi qu'avec les autorités.
"Les autorités, ajoute-t-il, ont réduit leurs opérations et évité d'intervenir. Pendant la Coupe du monde, il n'y a eu aucune saisie de drogue importante au Mexique, aucun laboratoire de production de drogue n'a été démantelé et aucun trafiquant de drogue de haut rang n'a été arrêté."
Business not as usual
Durant le championnat, les trafiquants de drogue auraient intensifié diverses activités criminelles en exploitant des délits existants, explique David Saucedo. Parmi ceux-ci figure le blanchiment d'argent, effectué via les bars et restaurants qu'ils contrôlent, grâce à l'afflux important de clients et à l'augmentation conséquente de la circulation d'argent liquide.
S’ensuit une extorsion à l’encontre des entreprises touristiques. Les hôtels et propriétaires d’appartements en location doivent parfois payer aux cartels des frais hebdomadaires pouvant aller de 10'000 à 100'000 pesos (460 à 4600 francs).
>> Ecouter le sujet de la correspondante de RSI au Mexique Laura Daverio:
Il existe également des activités qui dépendent de la demande des consommateurs, allant du trafic de drogue à la prostitution. La vente de drogues est favorisée par son prix bien inférieur au Mexique par rapport aux Etats-Unis et à l'Europe.
Concernant le tourisme sexuel, David Saucedo avance que plusieurs organisations criminelles, comme le Train d'Aragua et les cartels de Sinaloa et de Jalisco Nouvelle Génération, "ont enlevé des jeunes Colombiennes et Vénézuéliennes, les transportant via des réseaux de traite des êtres humains à des fins d'exploitation sexuelle et de prostitution dans les villes hôtes de la Coupe du monde."
Vols et fraudes financières
Alberto Islas, également expert en sécurité, révèle au micro de RSI que la fraude financière, comme le clonage de cartes de crédit et l'usurpation d'identité, ont aussi augmenté durant le Mondial.
"Le jour de la victoire de l'équipe nationale mexicaine, de nombreux vols de téléphones portables ont eu lieu. Les gens ne prenaient aucune précaution particulière, tandis que les voleurs savaient qu'il y aurait foule, explique-t-il. Seul le crime organisé peut lancer une telle opération massive pour voler autant de téléphones en une seule journée".
"On voit ici toute la chaîne de valeur", développe l'expert. "Celui qui vole un téléphone portable ne peut pas en tirer grand-chose lui-même. Il doit extraire les données, les vendre à un pirate informatique, qui les revend ensuite à quelqu'un ayant accès aux comptes bancaires. Cette chaîne de valeur, c'est précisément ce qui caractérise le crime organisé."
Alberto Islas prévient qu'avec la fin de la Coupe du monde, cette période de calme relatif prendra fin. "Nous assisterons, une fois de plus, à la reprise de la lutte entre les cartels pour le contrôle des territoires. Car nous observons de fortes tensions entre ces différentes organisations criminelles. Certaines comptent d'ailleurs des membres qui collaborent avec les Etats-Unis pour déstabiliser leurs rivaux, et d'autres non."
Sujet original: Laura Daverio (RSI), correspondante à Mexico
Adaptation française: Julien Furrer (RTS)