Au Standard, Vincent Euvrard n'a pas l'impression d'aller à la guerre avec un pistolet à eau : "Mais il faudra surperformer pour atteindre le top 5"
Le football est une machine infernale. Dont le calendrier semble vouloir combler le moindre vide et n'offrir que de brefs répits. Alors, beaucoup ont peut-être déjà oublié la saison 2025-2026 frappadingue du Standard. Quelques victoires prestigieuses contre les rivaux historiques ; une longue course désespérée mais enthousiasmante à l'Europe ; un match arrêté par ses propres supporters contre l'Antwerp (1-0) ; une élimination honteuse en Coupe de Belgique ; une intrusion violente d'une poignée d'Ultras dans le vestiaire ; une kyrielle de blessures… Bref, une saison éreintante. Un tourbillon émotionnel. Pour tous.
Lancé dans sa deuxième saison comme entraîneur du Standard – il a succédé à Mircea Rednic fin août 2025 après cinq journées –, Vincent Euvrard (44 ans), training cintré et bouteille de Chaudfontaine fraîche à la main, a accepté de jeter un coup d'œil dans le rétroviseur. Pour mieux réaliser, peut-être. Avant de s'élancer vers un exercice 2026-2027 qu'il espère plus vertueux que brûlant, avec l'Europe en point de mire, là-bas tout au bout de l'horizon.

Vincent, vous avez pu déconnecter cet été ?
Oui, parce que durant la fenêtre spécifique de l'intersaison, tu n'as plus les joueurs à gérer au quotidien ni des séances et des matchs à préparer. Mais le travail ne s'arrête jamais totalement. Tu as l'évaluation de la saison précédente, la préparation de la suivante, très vite des dossiers du mercato… L'avantage, c'est que tu décides des moments de la journée où tu travailles.
À quoi ont ressemblé vos vacances ?
J'ai pu profiter de quelques bons restos, d'un séjour en Grèce avec ma femme et d'un peu de golf – que je n'ai pas l'occasion de pratiquer souvent en saison. C'est un sport qui nécessite tellement de technique et de concentration que tu ne peux pas penser à autre chose quand tu y joues.
C'était nécessaire ?
C'est toujours indispensable de sentir que tu t'es vidé la tête et que tu as rechargé tes batteries, sinon tu vas droit dans le mur.
guillementQuand on m'a jeté dans le bain du Standard, l'eau était bien chaude (sourire).
Vous vous attendiez à un tel tourbillon en signant ici ?
"Quand on m'a jeté dans le bain du Standard, l'eau était bien chaude (sourire). Dès mon deuxième match, il y a eu la commotion de Josué (Homawoo), et cela ne s'est jamais arrêté. L'atmosphère ici, tu peux l'imaginer, mais il faut la vivre au quotidien pour s'en rendre compte. D'un autre côté, c'est aussi ce qui rend ce défi extraordinaire."
Vous êtes-vous senti menacé à un moment donné ?
Non, pas vraiment. Je ne suis pas bête ni naïf : il y a eu l'élimination en Coupe à Dender, plus tard l'enchaînement Charleroi (2-0) et Gand (4-0), la pression populaire et médiatique… Mais j'ai toujours senti le soutien de la direction et jamais d'ultimatum. Je pense que la victoire contre Anderlecht (2-0, le 1er février) a déclenché quelque chose.

Malgré le travail réalisé à Zulte Waregem, au RWDM et à Dender, avez-vous le sentiment d'avoir dû prouver que vous méritiez votre nomination au Standard ?
Dans le sport professionnel, joueur ou entraîneur, tu as toujours à prouver ou à confirmer. Tu n'es jamais complètement tranquille, tu ne peux pas vivre sur tes acquis. Être au Standard, c'est un privilège. Que tu dois mériter. Et ce n'est pas parce que j'ai prolongé mon contrat (jusqu'en 2028) que je peux lever le pied. Du moins, c'est ma conception du travail.
guillementOù que ce soit, j'ai construit mon parcours en restant qui j'étais.
Vous parvenez à garder votre sang-froid dans ce club volcanique ?
Où que ce soit, j'ai construit mon parcours en restant qui j'étais. Je n'ai pas besoin d'être une autre personne pour réussir. Ça ne sert de toute façon à rien d'essayer de reproduire quelque chose qui ne te ressemble pas. Puis tu sais, j'apparais calme de l'extérieur mais je t'assure que mes joueurs ont déjà pu voir ma passion, ma rage et d'autres émotions… Il faut juste qu'elles ne te dévient pas de ton travail et ne t'empêchent pas de garder ta lucidité pour analyser et corriger la situation.
En parlant de correction, qu'avez-vous mis en place pour ne plus connaître autant de blessures que la saison dernière ?
Le départ d'Olivier Materne (kiné) n'avait pas directement été remplacé et on manquait d'un préparateur physique. On en avait besoin pour gérer ce groupe de 25-30 joueurs tout en gardant une vraie attention sur le développement individuel. On a engagé Samuel (NdlR : Vahumbeeck, physiothérapeute et réathlétisation) avec qui j'ai déjà travaillé à Louvain et au RWDM, et un troisième préparateur physique à côté d'Yves Depluvrez (NdlR : Kevin Miny et Valentin De Jaeger). Je trouve qu'on a plus de contrôle, de maîtrise et de fluidité dans les échanges.
guillementOn place la barre très haut. Est-ce qu'on va réussir à sauter au-dessus ? On verra.
Parlons de cette saison. Quel est l'objectif ?
Le top 5. On place la barre haut. Est-ce qu'on va réussir à la franchir ? On verra. Mais au Standard, on se doit d'avoir l'ambition d'y parvenir, pour rejouer la Coupe d'Europe.
Vu la situation du club, le noyau et le niveau de la concurrence, vous n'avez pas l'impression de partir à la guerre avec un fusil à eau ?
C'est clair qu'il faudra surperformer pour y arriver. Mais chaque saison, certaines équipes y parviennent. Saint-Trond a trouvé une magnifique alchimie pour finir troisième la saison passée. Leicester a été champion d'Angleterre en 2016…
Ce sont des exceptions !
Leicester, oui. Mais qu'un club avec le huitième budget du championnat termine cinquième, par exemple, ça se produit régulièrement. Pourquoi pas nous ?
La disparition des playoffs vous complique-t-elle la tâche (seuls les 4 premiers seront européens, le 5e le sera aussi si le vainqueur de la Coupe termine dans le top 4) ?
Peut-être. Ceci dit, la Coupe de Belgique doit aussi être un objectif en soi, c'est le chemin le plus court vers l'Europe.

Défense à trois, à quatre ; un, deux ou trois attaquants : c'était une volonté de tester des choses durant la préparation ?
Oui, mais mes fondamentaux restent l'équilibre et l'animation. La saison passée, dans certains matchs, on a peut-être parfois évolué avec trop de joueurs à vocation défensive. Notamment à Sclessin contre les quatre derniers (NdlR : le Standard n'a pris que 3 points sur 12). C'est un élément que je garde en tête pour cette saison, tout en sachant que le plus important est de créer et marquer plus que l'adversaire. Je veux davantage de profils offensifs sur le terrain.
À quel moment avez-vous compris que vous perdriez Rafiki Saïd cet été ?
Vu sa saison, il y avait naturellement de grandes chances qu'il parte, mais ça s'est décanté plus vite que prévu. À partir du moment où Wolverhampton a été très clair sur ses intentions et a mis la somme demandée…
La méthode Standard : un mercato pensé en trois tempsConcernant les transferts, comment se déroule votre collaboration avec le directeur sportif Marc Wilmots ?
Notre connexion est très bonne. On échange beaucoup mais chacun garde son rôle. Lui choisit qui recruter et moi qui faire jouer et comment.
Avez-vous un droit de veto sur certains dossiers ?
En fait, pour un poste, j'entre concrètement dans le processus lorsqu'il reste 2-3 noms dans la liste. J'observe, je me renseigne… Si je ne le sens pas du tout, Marc en tient généralement compte. Si j'ai des doutes, le choix lui revient. Et si on est tous les deux convaincus, on avance rapidement. Après, si le club croit absolument en tel joueur et qu'il le recrute, c'est mon rôle de travailler pour maximiser son potentiel et de l'intégrer s'il peut aider l'équipe.

Bernard Nguene a joué en pointe contre Bielefeld (1-0). Est-il désormais à considérer comme un numéro 9 ?
Non, il n'est fixé nulle part. C'est un ailier qui me semble meilleur quand il rentre vers l'axe pour dévier ou partir dans la profondeur, moins quand il se retrouve en un contre un le long de la ligne.
Alors, malgré Bruny Nsimba, Timothé Nkada et Dennis Ayensa, ne manquez-vous pas d'un pur buteur ?
On a des qualités au poste de 9 pour construire quelque chose.
Mais cela pourrait consister à remplacer un profil par un nouveau…
Tout est possible dans un mercato (clin d'œil).
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