Reportage international - Australie: les chauve-souris, des remparts face à la désertification
Pour accompagner la croissance de sa population, l’Australie, qui compte désormais plus de 28 millions d’habitants, s’urbanise à grande vitesse. Ce qui n’est pas sans créer quelques conflits de voisinage, notamment avec les chauves-souris, une espèce nomade vivant en colonies, qui trouve dans ces zones urbaines une source quasi infinie de nourriture. Une coexistence parfois difficile à vivre mais néanmoins indispensable, les chauves-souris étant de très loin le principal rempart face à la désertification en Australie. Notre correspondant Grégory Plesse s’est rendu à Harrington Park, une banlieue située dans le sud-ouest de Sydney, où une colonie de roussettes à tête grise, l’une des plus grandes espèces de chauve-souris au monde, a pris ses quartiers il y a quelques mois.
À quatre heures du matin, c’est un véritable concert. Des roussettes à tête grise, on estime que dans cette banlieue arborée de Sydney, il y en aurait plus de 50 000, soit quatre fois plus que le nombre d’habitants. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils apprécient moyennement cette cohabitation. À l’image de Leigh, qui a même dû modifier sa routine matinale. « Elles défèquent partout, et elles sentent très mauvais. J’avais pour habitude de me promener dans ce parc, sous les arbres, c’est magnifique. Mais depuis que les chauves-souris sont arrivées, j’ai trop peur de prendre ce chemin », raconte-t-elle.
Leigh n’est pas la seule à se plaindre. David, lui, est simplement résigné. « Il faut que je nettoie tous les jours la merde violette de chauve-souris sur le parterre de ma maison et autour de ma piscine, c’est un peu embêtant mais on ne peut pas faire grand-chose d’autre, puisque c’est une espèce protégée », regrette-t-il.
Une espèce protectrice de l'environnement
De fait, les roussettes à tête grise sont une espèce menacée. On estime que leur nombre a diminué de 30 % ces vingt dernières années, en raison notamment de la déforestation et donc de la destruction de leur habitat. Un déclin d’autant plus regrettable qu’elles jouent un rôle majeur pour la protection de l’environnement en Australie. C’est ce que souligne le biologiste Alfredo Ortega Gonzalez : « Les roussettes sont capables de transporter beaucoup de graines, mais aussi du pollen qui se colle à leur fourrure, sur de très grandes distances. Il n’est pas inhabituel pour elles de parcourir 20, 50 km par nuit, elles peuvent donc couvrir de très longues distances ».
Alfredo Ortega Gonzalez est le coauteur d’une étude parue il y a quelques semaines, qui estime que cette seule espèce de chauve-souris contribuerait ainsi à planter plus de 90 millions d’arbres par an en Australie. Une raison suffisante pour les défendre, selon lui : « Oui, elles font du bruit, oui elles sentent mauvais, mais les bénéfices qu’elles apportent sont bien supérieurs à leurs désagréments. Il nous faut donc trouver un moyen de coexister, d’autant que l’urbanisation ne cesse de progresser ».
Ainsi, dans d’autres secteurs de Sydney également envahis par les chauves-souris, des aides financières sont apportées aux résidents pour couvrir leurs frais de nettoyage.
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