Une polémique touche les médias britanniques après le suicide d'un jeune professeur noir de Cambridge, Jason Arday. Cet enseignant avait été dénoncé comme plagiaire par de nombreux articles.

249 articles en 22 jours si l'on en croit les pancartes qui étaient affichées dans la foule de milliers de personnes qui s'étaient réunies lundi à Trafalgar Square à la mémoire du jeune professeur retrouvé mort à 41 ans à son domicile. Des articles qui dénonçaient en Jason Arday un plagiaire qui avait accédé au poste de professeur à la prestigieuse université parce qu'il collait en tous points aux politiques de diversité de Cambridge : d'origine ghanéenne, issu de la classe ouvrière immigrée, il avait été présenté comme un modèle d'inclusion puisqu'il était autiste, avait commencé à parler à 12 ans, et à lire ou écrire à 18 ans. Pour de nombreux médias britanniques, et notamment le conservateur Times de Londres, c'était bien là la preuve que les universités préféraient l'image au mérite. Mais au lieu de se pencher sur les conditions de son recrutement à 37 ans, ou de sa nomination il y a trois ans comme professeur, c'est le procès de l'enseignant qui a été fait. Et il a continué malgré sa démission neuf jours avant son suicide.

Une pression médiatique pointée du doigt alors même que l'accusateur de Jason Arday est remis en cause

C'est vrai, celui qui fut le plus jeune professeur noir de Cambridge avait été accusé d'avoir plagié sa thèse par un ancien de cette université, Nathan Cofnas. Or, ce chercheur américain vient d'être suspendu par l'université de Gand, en Belgique, dans l'attente d'une enquête disciplinaire. Celui qui se définit comme un « réaliste racial » et n'a de cesse de critiquer les programmes d'égalité des chances, avait été renvoyé de Cambridge, il y a deux ans, pour racisme. Son accusation a ouvert la voie à un déluge d'articles, avec ce cocktail explosif qu'est l'opinion anti-woke affichée désormais par certains journaux, l'habitude de piétiner la vie privée des tabloïds et le racisme débridé qui s'exprime sur les réseaux sociaux.

Une affaire qui rappelle l'histoire moins tragique d'un journaliste noir américain, Jayson Blair

Un autre Jayson, qui fut journaliste au New York Times, et dont on se rendit compte qu'il avait bidonné des dizaines d'articles en 2003. L'affaire avait fait grand bruit non seulement parce qu'elle mettait à mal la crédibilité de son journal, mais aussi parce que Jayson Blair avait bénéficié de la discrimination positive. Mais c'est plus l'institution, le Times, qui était alors dans le viseur médiatique. Le quotidien avait même dû publier une longue enquête pour faire la lumière sur cette histoire. Là, avec Jason Arday, c'est comme si l'affaire avait servi de prétexte à une déferlante de haine que certains journaux ont plus favorisée que contenue.