Sécuriser la victoire ou tout faire pour avoir une vague bleue, le dilemme des démocrates avant les midterms
L'ŒIL DU HUFF US
Les démocrates ont une occasion unique d’accélérer la chute du trumpisme. Encore faut-il investir les millions de dollars à bon escient.
David Guralnick / via REUTERS
Abdul El-Sayed, candidat pour le poste de sénateur du Michigan a reçu le soutien de Kamala Harris avant les midterms qui pourraient virer au triomphe des démocrates.
En route pour la victoire, les démocrates sont confrontés à un dilemme dans cette fin de campagne des midterms : doivent-ils se contenter de majorités étriquées ou tenter de remporter une victoire d’une ampleur telle qu’elle pourrait transformer durablement la vie politique américaine ?
Car l’impopularité record du président Donald Trump, nourrie par la colère des électeurs face à la cherté de la vie, à une guerre inutile en Iran et à l’impression d’une corruption généralisée au sein du gouvernement, offre aux démocrates des perspectives bien plus ambitieuses que leurs objectifs initialement modestes.
La reconquête de la Chambre des représentants semble acquise. Au Sénat, même dans le scénario le plus favorable aux républicains, l’issue paraît incertaine. Une victoire dans les deux chambres permettrait aux démocrates d’enquêter sans relâche sur Donald Trump, de torpiller une grande partie de son programme et de bloquer ses nominations judiciaires.
Pleins feux sur les chiffres 218 et 51
Et localement, des succès historiques semblent à portée de main. Faire basculer le Texas infligerait un sérieux traumatisme au Parti républicain. Briser son emprise sur la Géorgie, l’Iowa et la Caroline du Nord renforcerait la position des démocrates lors des prochaines batailles sur le redécoupage électoral. Remporter des sièges au Sénat dans des États ruraux pourrait mettre les républicains sur la défensive, comme ils ne l’ont plus été depuis la victoire de Donald Trump en 2016. Chacune de ces avancées pourrait accélérer la fin du trumpisme et provoquer une fragmentation du Parti républicain.
« Il faut se concentrer sur les chiffres 218 et 51 », explique Addisu Demissie, un stratège influent du Parti démocrate, en référence au nombre de sièges pour obtenir la majorité à la Chambre des représentants et au Sénat. « Mais de telles occasions ne se présentent qu’une fois par génération. À quel moment faut-il viser une vague plutôt que de se contenter de conquérir une majorité ? »
Mais la prudence reste de mise car les ressources financières des démocrates sont limitées et elles servent avant tout à faire gagner les sortants engagés dans des courses difficiles. Le souvenir de l’excès de confiance alimenté par les sondages en 2016 et en 2020 continue aussi de peser sur le parti. Quant aux victoires dans des circonscriptions très républicaines de la Chambre, elles pourraient être rapidement effacées dans deux ans.
« Personne ne veut gâcher la fête, confie un stratège démocrate, qui a demandé à rester anonyme afin de pouvoir évoquer librement les tensions internes au parti. Mais il faut être stratégique, ce qui signifie que nous ne pourrons probablement pas saisir toutes les occasions qui se présenteront. » Un autre stratège, qui travaille sur les élections à la Chambre dans tout le pays, souligne que nombre des victoires les plus probables pour les démocrates se situent encore dans des territoires remportés par Donald Trump en 2024. De quoi rendre difficile toute confiance absolue dans l’issue du scrutin de novembre.
Voilà donc pourquoi la recherche de financements supplémentaires occupe désormais une grande partie du temps des candidats engagés dans des territoires républicains. Au Texas, la campagne de Gina Hinojosa, élue démocrate à la Chambre des représentants de l’État et candidate au poste de gouverneur, a donné lieu à une mobilisation particulièrement visible. Des responsables latino-américains de tout le pays font pression sur le gouverneur du Kentucky, Andy Beshear, qui préside l’Association des gouverneurs démocrates, pour qu’il investisse davantage dans ce qui s’annonce comme un duel serré face au gouverneur républicain sortant, Greg Abbott.
La bataille du Sénat encore plus importante
De nombreux démocrates surveillent de près les nouvelles sources de financement potentielles. Le gouverneur de l’Illinois, JB Pritzker, a donné 1 million de dollars à la campagne de Gina Hinojosa qui veut devenir gouverneur du Texas. Un comité d’action politique financé par le gouverneur et contrôlé par ses proches investit également dans des élections susceptibles de lui valoir des soutiens en vue de sa probable candidature à la présidentielle de 2028. Selon une source démocrate, les investissements de JB Pritzker dans des campagnes au Nouveau-Mexique, en Alabama et dans l’Arkansas pourraient atteindre un montant suffisant pour permettre à d’autres organisations démocrates de rediriger leurs fonds vers d’autres circonscriptions pour tenter d’enlever de nouveaux succès.
Au Sénat, les enjeux sont comparables. Même les courses où les démocrates se sentent le plus en confiance, notamment en Caroline du Nord et en Géorgie, se déroulent dans des États remportés par Donald Trump. Il leur est donc difficile de délaisser ces batailles pour tenter de conquérir des sièges dans des États plus républicains, comme le Kansas, le Mississippi, la Caroline du Sud et la Floride. Le Senate Majority PAC, contrôlé par les alliés de Chuck Schumer, chef de la minorité démocrate au Sénat, a averti dans une note publiée à la fin du mois dernier que les démocrates avaient « toujours un besoin urgent de ressources supplémentaires pour rester compétitifs dans les derniers jours de la campagne ».
Le calcul est légèrement différent en raison de la durée du mandat des sénateurs. Un élu démocrate qui remporterait une circonscription très républicaine à la Chambre pourrait facilement perdre son siège en 2028, avant même l’entrée en fonctions d’un président démocrate. Un sénateur, lui, serait assuré de siéger pendant six ans, ce qui élargirait les possibilités du parti et permettrait de faire obstacle aux ambitions républicaines.
Note : Cet article est une traduction réalisée par la rédaction du HuffPost France, à partir d’un article paru en septembre 2026 sur le HuffPost US. L’article original est à lire ici.