Hadrien Brachet, journaliste au magazine Le Point, apporte son éclairage sur une actualité politique.

Hier en meeting à Lyon, Gabriel Attal a voulu empêcher une OPA ?

En effet, en plein mouvement lycéen, le candidat s’est lancé dans un discours à la jeunesse. Objectif : ne pas laisser Jean-Luc Mélenchon s’en arroger le monopole. Alors, Gabriel Attal a consacré une large partie de son intervention à l’éducation. Le patron de Renaissance a dénoncé un système qui, je cite, « reproduit les inégalités sociales en inégalités scolaires », « laisse aller des milliers d'étudiants dans des filières qui sont autant de voie royale vers le chômage » et qui « pendant trop longtemps a remplacé l'exigence par l'indulgence ». Au pouvoir, il promet d’investir dans l’école, de faire respecter l’« autorité » des enseignants et d’améliorer l’orientation. Une tache titanesque.

Seulement, ce discours en dit moins sur Gabriel Attal que sur un certain Emmanuel Macron…
Certes, tous ces objectifs affichés par Gabriel Attal ne sont pas sans rappeler ceux fixés par l’actuel président pendant sa campagne de 2017. Dans son livre "Révolution", le candidat Macron fustigeait déjà, « un système éducatif [qui] maintient les inégalités, voire les accentue », une « nation aux performances médiocres pour l’acquisition des compétences de base » et des « formations universitaires inadaptées ». Il promettait de « [remettre] le métier de professeur au cœur de la République » ou de « lutter contre le déterminisme ». Pour cela, plusieurs réformes, plus ou moins efficaces, ont bien été essayées. Mais, neuf ans plus tard, le dernier classement Pisa, qui documente une nouvelle baisse du niveau, montre que le compte n’y est pas vraiment…

Pourtant, Gabriel Attal a bien été ministre de l’Education d’Emmanuel Macron…

Si le candidat s’évertue ces derniers temps à prendre ses distances avec le président, il ne faudrait pas oublier qu’il a été son secrétaire d’Etat à la jeunesse, son très éphémère ministre de l’Éducation puis son Premier ministre. Cet impatient, adepte des déluges de communication, ne peut donc certainement pas être exonéré de toute responsabilité dans le bilan éducatif. Seulement, si l’on en revient à Emmanuel Macron lui-même, il y a sur le plan politique, une erreur centrale pour laquelle il ne peut s’en prendre qu’à lui-même : celle d’avoir considéré que le « en même temps » pouvait s’appliquer à l’école, ce domaine qui nécessite des caps de long terme. Ainsi, depuis 2022, le chef de l’Etat a nommé pas moins de sept ministres de l’Education, eux-mêmes pas toujours alignés les uns avec les autres. « Le fait de passer de Jean-Michel Blanquer à Pap Ndiaye, puis à Gabriel Attal, puis à Elisabeth Borne, ce n’est pas très constant », dénonçait en septembre… un certain Gabriel Attal dans les pages du Point. Le bilan d’un président, ce sont peut-être ses anciens compagnons de route qui en parlent le mieux.