Bourgogne-Franche-Comté. Le monde agricole régional tire (encore) la sonnette d’alarme
Pourquoi ce conseil de l’agriculture française en Bourgogne-Franche-Comté aujourd’hui mardi 25 août ?
▶ Stéphane Sauce, président de la Fédération régionale des syndicats et des exploitants agricoles (FRSEA) : « Parce qu’on a senti dès les premières vagues de chaleur qu’il y aurait sans doute besoin de mettre autour de la table la Fédération régionale, les Jeunes agriculteurs, la Mutualité sociale agricole, les coopératives, la Région, l’État… Organiser un tel rendez-vous fin août laissait aussi le temps aux fédérations départementales de travailler et de nous faire remonter leurs préoccupations. »
Quelles sont les grandes leçons de cet épisode de canicule-sécheresse ?
▶ Vincent Lavier, président de la chambre régionale d’agriculture : « Que tous les agriculteurs de Bourgogne-Franche-Comté, quelles que soient leurs activités ou leurs zones géographiques, ont été concernés. Cet épisode impacte bien sûr directement l’activité de 2026, mais on part déjà avec une épine dans le pied pour 2027… »
▶ Stéphane Sauce : « Les conséquences, c’est par exemple une production moindre, des achats de fourrages imprévus mais qui s’imposent… Notre volonté désormais, c’est de redonner une visibilité et donc de la trésorerie aux agriculteurs. »
Et comment on fait ?
▶ Stéphane Sauce : « Une des mesures d’urgence que nous demandons, c’est une année blanche, c’est-à-dire repousser les indemnités de cette année “en fin de tableau”, et que le reste à charge soit pris en charge par les banques ou par l’État. »
▶ Christian Morel, vice-président à la Région chargé des questions agricoles : « La Région est très volontariste sur ce sujet. La présence du président Jérôme Durain à ce CAF en atteste. Nous avons écrit ce jour à la ministre de l’Agriculture pour soutenir la démarche de nos agriculteurs. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que c’est tout notre modèle agricole qu’il faut revoir. Sinon, on va droit dans le mur ! »
▶ Thomas Lemee, président des Jeunes agriculteurs de Bourgogne-Franche-Comté : « S’adapter, notamment au climat, on sait faire et on saura toujours faire. Mais c’est le millefeuille administratif des normes et les multiples obligations de se justifier dans nos activités qui sont les plus décourageantes. »
▶ Vincent Lavier : « Ce qu’on fait aujourd’hui, c’est pour que dans 10, 15 ou 20 ans, il y ait encore des agriculteurs. »
Evolution du rendement des cultures entre 2025 et 2026. Infographie Le Bien Public / Marc Liger
Côte-d’Or - Des rendements historiquement bas pour les grandes cultures
Dans une récente note de conjoncture, l’Agreste (service de la statistique et de la prospective du ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Souveraineté alimentaire) détaille l’estimation des surfaces cultivées et productions de céréales, oléagineux, protéagineux et pommes de terre (féculerie et conservation), et des surfaces de betteraves et de jachères de la campagne 2025-2026. Sans grande surprise, du fait du réchauffement climatique, des canicules et de la sécheresse, les chiffres ne sont historiquement pas bons. « En 2026, la récolte française de maïs (grain et semences) est estimée à 9 millions de tonnes (Mt) », indique l’Agreste. « Il pourrait s’agir du niveau de production le plus bas depuis 1980. Elle reculerait de 35 % sur un an, sous l’effet cumulé de la baisse de la sole et de celle du rendement moyen, évalué à seulement 70,3 q/ha en raison des effets de la sécheresse et des températures caniculaires. »
L’Agreste explique aussi que « les céréales à paille, essentiellement des cultures d’hiver, ont été moins affectées par les chaleurs extrêmes, mais ont connu un excès de pluies hivernales ». « Leur production diminuerait de 5 % sur un an, à 46,1 Mt. » Par ailleurs, « la production d’oléagineux pourrait rester globalement stable, à 6,5 Mt (4,7 Mt de colza et 1,4 Mt de tournesol), les baisses de rendements étant compensées par l’augmentation des surfaces cultivées ».
Enfin, « après le niveau record de 2025, la production de pommes de terre de conservation diminuerait de 22 %, à 6,5 Mt, sous l’effet de rendements et surtout de surfaces en recul ».
V. L.