Tornade dans l’Aude : "Ça me fait penser à AZF, tout est soufflé"… Après avoir "vécu l’apocalypse", le village de Pomas veut se "relever"
Ravagé par une tornade, Pomas, village audois d’un millier d’habitants, est méconnaissable. École détruite, mairie endommagée, maisons éventrées, etc. Face à ce paysage "apocalyptique", habitants, pompiers et bénévoles s’activent pour sécuriser les lieux et venir en aide aux sinistrés. Reportage.
Elle a besoin de parler, de mettre des mots sur ce qui s’est passé. Mais lesquels ? Après une longue hésitation, Josette, 92 ans, se lance. "C’était… Disons que l’on s’attendait à un orage. En réalité, on a vécu l’apocalypse. Je n’ai jamais eu si peur", explique la sénior. Il suffit de contempler les alentours pour mesurer la véracité de ces propos. Ils sont à peine galvaudés.
Moins de vingt-quatre heures après avoir été balayé par une tornade, le village de Pomas, dans l’Aude, est méconnaissable. "On a été secoué, ça a duré quelques minutes… Ça a paru une éternité", souffle l’aînée, habitante du village depuis une soixantaine d’années. Une dizaine de minutes tout au plus. "On ne reconnaît plus rien", ajoute Josette. Ici, des talus de tuiles. Là-bas, des montagnes de tôles. Plus bas, des voitures martelées par les débris. Un peu plus loin, des poutres en bois…
Pas de mort, un miracle
Le panorama est impressionnant. Que dire. Les maisons sont défigurées. "Une partie de ma toiture est partie, j’ai des fenêtres brisées, quelques pots de fleurs fracturés", énumère Josette. "Chez moi, il aurait pu y avoir plus de dégâts", souffle-t-elle. Elle se sait, elle l’a vu, elle l’a vécu. En raison d’un problème de jambes, la nonagénaire n’a pas pu rejoindre la salle des fêtes, là où plusieurs habitants s’étaient réfugiés. Elle s’est donc recroquevillée chez elle, avec son mari. "Aucun décès n’a été constaté, c’est un miracle. Il aurait pu y avoir de nombreuses victimes. Heureusement, c’est que du matériel", témoigne Hervé Gine, le maire de Pomas.
Les sapeurs-pompiers sont au nombre de 157, venu du Var, de l’Ariège, de l’Hérault et même des Bouches-du-Rhône.
Que du matériel. "La mairie et l’école ont aussi été touchées", regrette l’édile. Il y a aussi l’épicerie, la Poste, le château… et aussi 330 maisons ravagées. 330 maisons sur les 476 que compte la commune. "Le travail, c’est de sécuriser les lieux, on peut compter sur les sapeurs-pompiers", explique la municipalité. Ils sont au nombre de 157, venu du Var, de l’Ariège, de l’Hérault et même des Bouches-du-Rhône.
"On peut aussi s’appuyer sur la solidarité des habitants", ajoute le maire. "Elle s’est rapidement mise en place très rapidement après le sinistre", témoigne Myriam. La pomasienne de 69 ans a, elle aussi, tout perdu. "Je n’ai même pas eu le temps de fermer les fenêtres, la force du vent m’a happée, elle a tout embarqué", se souvient la retraitée. Les yeux humides, rouge, elle guette son jardin. Difficile d’imaginer ici une piscine, une pergola, un jacuzzi, un abri à tortues.
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L’objectif ? Reloger vite les sinistrés
"Ça me fait penser à AZF, tout est soufflé", décrit Patrick. "On se croirait en temps de guerre", lance Adam. Les deux gaillards originaires de la commune voisine de Limoux (Aude) sont venus donner un coup de main. Le duo de couvreurs propose des bâches "pour recouvrir les toitures". Mais face à ce paysage chaotique, face à ces quantités de gravats, comment fonctionne-t-on ? "Nous, on a pris nos affaires", souffle Alexy, 14 ans. Une fissure longue de quelques mètres condamne la façade de la maison de sa grand-mère… Comment dire à ce gamin que la maison dans laquelle il passe tous ces étés sera détruite ? Impossible.
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"Les sinistrés présentent des symptômes traumatiques"
Odeurs de grillades, grandes tablées… Tous les habitants de Pomas sont réunis dans la salle des fêtes du village. Ici, on discute, on échange, on pleure et on rigole même. Pendant quelques instants, on en oublierait presque le panorama apocalyptique qui règne à quelques mètres de là. "Avec mes collègues, on prépare des saucisses ! On a aussi du fromage, des fruits… Tout pour nourrir et soutenir les sinistrés", lance Marc, membre des Pompiers Solidaires, une association de sapeurs-pompiers volontaires. Le pompier, à la quarantaine d’étés sur le front, est venu prêter main-forte aux sinistrés. "Il faut les aider, soutenir les gens qui ont tout perdu", ajoute-t-il. Les Pomasiens en ont besoin. Car certains ont tout perdu… "Il faut donc les aider", ajoute-t-il. C’est ce que fait Marie, psychologue au sein du SDIS, Service départemental d’incendie et de secours. "Je vais voir les sinistrés. Ils présentent des symptômes traumatiques. Il faut les aider à libérer la parole", explique-t-elle.
Mais comment aider lorsque le traumatisme doit sans cesse être raconté ? Cette tornade, "que l’on voit d’habitude à la télévision ou chez les Américains", lance Josette, doit être documentée. À chaque question des journalistes, les sinistrés replongent dans ces quelques minutes de chaos. Histoire oblige, car c’est la première fois qu’une tornade frappe l’Aude.
Sous les décibels des tronçonneuses qui taillent les arbres fracturés, sinistrés et aidants s’activent. Par moments, leur poser des questions devient même difficile. "On a du boulot, on s’active, on travaille. Pomas va se relever", opine Marceau, habitant du village depuis toujours. "Le centre d’accueil, improvisé dans la salle des fêtes, sera ouvert plusieurs jours. Il fermera quand tous les sinistrés seront relogés", glisse Hervé Gine, le maire du village. Carole Delga, présidente de la région Occitanie s’y rendra dans la journée, ce mercredi, pour rencontrer les centaines de sinistrés.