La pluie a choisi son moment. Lâchant ses premières larmes lorsque le cercueil de François Patriat s’en allait au son des cors de chasse, au terme d’une cérémonie dans la lignée de l’émotion suscitée depuis cinq jours. Si la foule attendue à l’extérieur était moins nombreuse que prévu, le monde politique a, lui, répondu présent d’une manière impressionnante au sein d’une collégiale de Semur-en-Auxois où près d’un millier de personnes s’étaient rassemblées.

À travers la présence d’Emmanuel Macron, mais aussi du président du Sénat, Gérard Larcher, et de la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, en passant par le Premier ministre, Sébastien Lecornu, et nombre de ses prédécesseurs – François Bayrou, Michel Barnier, Gabriel Attal, Élisabeth Borne –, sans oublier plus d’une quinzaine de ministres et une foule de parlementaires, c’est l’ensemble de la République qui a reconnu dans le parcours du sénateur côte-d’orien celui de l’un de ses plus fidèles soldats. Surprenant jusqu’à sa famille proche.

Une « superbe consécration posthume »

« Le vieux professeur d’analyse politique que je suis a été stupéfait par l’onde de choc nationale qu’a suscité le départ de “Fanfan”, a notamment témoigné son frère, Claude. Lui qui ne passait pas pour un homme politique de premier plan a été salué dans une grande émotion par presque toutes les mouvances politiques comme un des hommes éminemment importants parmi les élus. Voilà qui signifie quelque chose d’essentiel. Le sentiment partagé dans l’émotion par tant de personnes qu’avec toi, c’est une manière aussi bienveillante qu’efficace d’exercer le métier politique qui s’en va. Ce sentiment de vide sur la scène politique s’exprime par cette superbe consécration posthume », s’est-il ému.

Cette absence, le président de la République lui-même n’a pas caché la ressentir profondément. « On se retournait et il était là. C’est vrai de sa famille, c’est vrai de ses amis, c’est vrai de la Bourgogne, c’est vrai de nous tous. Il est de ces présences d’ailleurs qu’on ne vérifie pas, parce qu’on les sait bienveillantes, inquestionnables », a déclaré le chef de l’État lors d’une oraison funèbre de près de 13 minutes. « Je n’oublie aucune de nos visites, aucun de ces moments. Il était toujours le même, joyeux, fidèle », a-t-il ajouté, saluant également en François Patriat « l’homme de plusieurs en même temps ».

« Tu aimais la politique parce que tu aimais les gens »

Celui qui voulait faire le lien entre François Mitterrand et Michel Rocard autant qu’entre les écologistes « les plus virulents » et le monde de la chasse. Celui qui, surtout, « était libre ». Notamment de s’écarter du « vieux bateau socialiste », selon les mots de son frère, Claude, pour rejoindre le macronisme naissant. « Comment ne pas dire tout ce que je lui dois, a d’ailleurs reconnu le chef de l’État. Depuis 12 ans, nous ne nous sommes jamais quittés, il fut de tous les combats. »

Que ce soit dans les mots du président de la République, mais aussi dans ceux de son fils, Grégory, ou de ses petits-enfants, un trait commun de la personnalité et du parcours de François Patriat est ressorti de tous ces hommages. Résumé par Dominique Chambrette, ancien président de la chambre d’agriculture et premier à prendre la parole : « Tu aimais la politique parce que tu aimais les gens. »

Ce mardi 25 août, à l’intérieur de la collégiale de Semur-en-Auxois comme devant l’écran géant installé sur le parvis, les gens le lui ont bien rendu.

Comment ne pas dire tout ce que je lui dois. En 12 ans, nous ne nous sommes jamais quittés.

Emmanuel Macron, le président de la République