Afrique économie - BRVM, la bourse solidaire de l’Afrique de l’Ouest [2/5]
La Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) est l’institution boursière de l’Afrique de l’Ouest. Une bourse pour huit pays. Voici déjà ce qui en fait sa particularité. Surtout, elle est devenue au fil du temps une source de financement essentielle pour les États de l’UEMOA.
Au sein de la BRVM, aujourd’hui, seules une cinquantaine de sociétés sont cotées. En réalité ce sont les États de la région qui utilisent vraiment l’outil que représente cette bourse. Ange Ponou, analyste chez Sika Finance : « J'ai un compartiment obligataire qui permet aux États de lever énormément de ressources puisque les entreprises n’y vont pas très souvent. Donc dans ce compartiment obligataire, il y a le compartiment du marché des titres publics qui est très animé et qui finance aujourd'hui l'essentiel des déficits budgétaires des États ».
Aujourd’hui par exemple, le Sénégal peut difficilement se positionner pour emprunter sur les marchés internationaux. Il s’est donc largement tourné vers la BRVM. Au premier trimestre, Dakar a levé plus de 1 000 milliards de francs CFA. Une progression de près de 200 % par rapport à la même période l'année dernière. « C'est important dans un contexte où le Sénégal a des difficultés pour avoir des financements privés ou des financements bilatéraux ou multilatéraux. Dans le contexte de la dette, le Sénégal est aujourd'hui considéré comme un pays surendetté et donc qui doit réduire sa dette. Donc soit en en payant et en évitant d'accumuler de nouvelles dettes ou bien en restructurant. Donc on verra bien ce qui va être fait. Et donc l'État trouve en la BRVM une solution pour sortir des difficultés actuelles », analyse Moubarak Lô, économiste sénégalais.
En 2025, 5 milliards d'euros pour l'AES
Et malgré les tensions politiques, les financements restent possibles. Les pays de l’AES qui ont quitté la structure politique de la Cédéao continuent de se financer grâce à la BRVM. « En 2025, par exemple, ces trois États ont levé plus de 3 000 milliards de francs CFA. Ça fait environ 5 milliards d'euros. C'est énorme et ce n’est quand même pas une part non négligeable du budget 2025 voté par le Parlement de ces pays », précise Ange Ponou.
Et de poursuivre : « C’est l’un des avantages du marché financier régional aujourd'hui. Imaginez un seul instant que le Burkina, le Mali et le Niger ne fassent pas partie de ce marché aujourd'hui. Quelle serait leur situation ? Ça va être beaucoup plus compliqué aujourd'hui de lever du financement. La région, l'UEMOA, c'est véritablement une bouée de sauvetage pour ces trois États ». Une solidarité dans la dette qui inquiète certains pays de la région. Un des défis de la BRVM pour les années à venir : attirer plus d’acteurs privés pour densifier le marché des actions.
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