"C'est le paroxysme de ce que la fonction publique déteste le plus" : l'agent pénitentiaire faisait rentrer des stupéfiants, de l'alcool et des téléphones en détention, il est condamné pour corruption
l'essentiel Un agent pénitentiaire du centre de détention d'Eysses (Lot-et-Garonne) et un détenu étaient jugés en comparution immédiate à Agen, ce jeudi 24 septembre, pour corruption, trafic de stupéfiants et remise irrégulière d'objets en détention. Le surveillant faisait rentrer des téléphones, du cannabis ou encore de l'alcool au sein de l'établissement situé à Villeneuve-sur-Lot. Il a expliqué aux magistrats qu'il était tombé dans cet engrenage car il manquait d'argent pour rendre visite à son fils. Il a été condamné.
L'entrée dans la délinquance ne se fait pas toujours par grande effraction. Parfois, la porte s'entrouvre sous la pression d'un compte en banque qui affiche grise mine. On estime le premier pas sans lendemain. On se pardonne le deuxième. Puis le piège se referme.
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Vraisemblablement, c'est dans cet engrenage qu'est tombé un agent pénitentiaire du centre de détention d'Eysses, situé à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne). À la barre du tribunal correctionnel d'Agen, ce jeudi 24 septembre, il répond de corruption passive, de remise irrégulière d'objet à un détenu et de trafic de stupéfiants. À ses côtés prend place un détenu, quant à lui poursuivi pour corruption active.
Téléphones, alcool et stupéfiants en détention
Retour en novembre 2025. La directrice de l'établissement villeneuvois alerte le procureur de la République. Un agent pénitentiaire, également moniteur de sport, introduirait des téléphones, des stupéfiants et de l'alcool dans la prison. Les déclarations de plusieurs détenus recoupent les soupçons. Ligne téléphonique, compte prépayé PCS - Prepaid cash services -, échanges par SMS... L'épluchage minutieux de la vie du trentenaire livre un faisceau d'indices accablant.
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Son tarif ? Cent euros pour faire rentrer un objet. Selon les policiers, son pactole tutoie les 20 000 euros. L'homme de 31 ans est interpellé ce mardi 22 septembre. Lors de la perquisition, près de 12 000 euros en espèces, des stupéfiants et plusieurs téléphones emballés dans du cellophane sont retrouvés.
"J'avais besoin d'argent"
Ce jeudi après-midi, à la barre, l'homme à la silhouette élancée analyse l'anatomie de sa chute. "J'avais besoin d'argent, expose-t-il. Mon fils de trois ans vit avec mon ex-compagne à 4 h 30 de route. Entre l'essence, le péage, le logement sur place... J'ai compris que mon salaire ne suffirait pas." Face aux magistrats, le natif de Saint-Denis (La Réunion) exprime quelques regrets. "Avec l'urgence de la situation et le besoin, je pensais faire le bon choix. Mais ce n'était pas la bonne solution. Je vais être privé de liberté. Je vais avoir du mal à revoir mon fils. Mes collègues avaient une certaine confiance en moi. Je les ai trahis."
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À sa droite, la procureure de la République bouillonne. "C'est le paroxysme de ce que la fonction publique déteste le plus, fulmine-t-elle. Comment comprendre que celui qui est censé protéger permette le trouble à l'ordre public ? Lorsqu'on fait passer des téléphones en détention, on aide le trafic de stupéfiants à se poursuivre, et on compromet le travail des forces de l'ordre." Elle requiert trois ans de prison dont deux ans ferme pour le mis en cause au casier vierge. Le parquet demande également un an de prison pour son co-prévenu, lequel s'échine à nier toute implication.
Un surveillant pris dans un engrenage dont il est difficile de se sortir
En défense, maître Agathe Bouchindhomme vole au secours du surveillant d'Eysses. "Ses difficultés financières étaient connues de tous, développe-t-elle. On a mis la main sur un être fragile. Ça commence par un petit geste. Pour les détenus, c'est le moyen de voir s'il y a une faille. Après, comment s'en sortir ? En parlant à la direction ? En demandant une mutation ? Ce n'est pas si simple..." Elle plaide plutôt pour une peine aménageable sous surveillance électronique. Pour le second prévenu, Me Emmanuel Grégoire sollicite la relaxe, soulignant une "absence de preuves matérielles" - aucun objet prohibé n'avait été retrouvé dans la cellule de son client.
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Le tribunal accèdera à la demande de l'avocat. En revanche, l'agent pénitentiaire est condamné à trois ans de prison, dont un an à purger derrière les barreaux. Il écope aussi d'une peine de 5 000 euros d'amende, et ne pourra plus jamais exercer dans la fonction publique.