Publié aujourd'hui à 07h32

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Céline Hussonnois-Alaya

La plateforme d'orientation dans l'enseignement supérieur Parcoursup, à Versailles, le 16 février 2026 (photo d'illustration)

La plateforme d'orientation dans l'enseignement supérieur Parcoursup, à Versailles, le 16 février 2026 (photo d'illustration) - by Henrique Campos/Hans Lucas

Quelque 126.000 bacheliers et étudiants en demande de réorientation se trouvaient toujours mi-juillet sans proposition de formation sur Parcoursup. À quelques jours de la rentrée, la situation n'a pas évolué pour certains d'entre eux.

"Elle n'a encore rien reçu." La fille de Samantha, bachelière générale dans les Hauts-de-Seine qui a formulé des vœux pour des licences d'économie, ne sait toujours pas où elle fera sa rentrée dans quelques jours. "On a passé un été pourri à espérer", se désole sa mère auprès de BFM. "L'autre jour, elle m'a dit: 'c'est bon, j'arrête, je baisse les bras'."

"J'ai essayé de rester positive et de lui dire qu'il y avait encore une chance, qu'on avait jusqu'au 10."

Car la procédure Parcoursup s'achève le 10 septembre prochain, dernier jour pour recevoir une proposition d'admission en phase complémentaire alors que la rentrée dans l'enseignement supérieur démarre dès le 1er septembre dans certains établissements, dès la fin août dans certaines filières comme en médecine.

À défaut de formation dans un établissement public, certaines familles pourraient être tentées de se tourner vers des écoles privées. Une solution impossible pour Samantha. "On s'est renseigné, c'est autour de 10.000 euros l'année rien que pour les frais de scolarité. Je n'ai pas du tout les moyens."

Sa fille commence à se résoudre à une année blanche pour retenter sa chance l'année prochaine, "mais c'est rude", regrette Samantha. "On laisse des gosses comme ça, sans proposition, sans formation alors qu'ils ont eu le bac. Que vont-ils faire? Que vont-ils devenir?"

"On se retrouve coincé pour la deuxième fois"

D'autant qu'il n'est pas garanti que la jeune fille décroche une place l'année prochaine. C'est la situation que subi la fille de Sonia, bachelière générale en 2025. "Elle a pourtant eu 14 au bac mais elle n'a reçu aucune proposition l'année dernière", témoigne sa mère pour BFM. La jeune fille, qui vit à Lyon et souhaite devenir notaire, a donc retenté sa chance cette année en formulant vœux et sous-vœux dans différentes licences de droit - filière non sélective mais en tension. Toujours rien.

"J'essaie de ne pas lui montrer mon inquiétude mais on se retrouve coincé pour la deuxième fois et on n'a pas de plan B."

La fille de Sonia, qui a passé une année fantôme en sciences de l'éducation - là où il restait de la place - n'est pas la seule dans cette situation. Le 11 juillet dernier, à l'issue de la phase d'admission principale, quelque 46.000 étudiants et étudiantes en demande de réorientation n'avaient reçu aucune proposition sur Parcoursup. Quant aux lycéens et lycéennes, ils étaient 57.000 dans la même situation.

Ces aspirants à l'enseignement supérieur sans proposition de formation peuvent cependant faire appel à la commission d'accès à l'enseignement supérieur (CAES), mise en place dans chaque académie depuis le 1er juillet dernier. Son rôle: aider les candidats et candidates à trouver une formation "au plus près de leur projet en fonction des places disponibles", indique la plateforme.

"Il est extrêmement déçu"

Une commission que Mikael a contactée pour son fils, sans succès. Le jeune homme, champion de rink hockey (du hockey sur patins à roulettes) qui joue en nationale 2, souhaite devenir professeur de sport. "Il a un vrai projet personnel et sportif mûrement réfléchi", défend son père pour BFM. "Il est entraîneur dans sa discipline, il arbitre des matchs mais tout son investissement n'est pas reconnu."

Car c'est déjà la deuxième année que le jeune homme, lui aussi bachelier en 2025, formule des vœux pour la licence sciences et techniques des activités physiques et sportives (Staps) - licence non sélective mais elle aussi en tension. Et pour la deuxième année consécutive, le jeune homme n'a pas été admis.

"Il était pourtant 8e sur liste d'attente, il pensait être contacté durant l'été, mais ça n’a pas bougé", se désespère Mikael.

Ce que le jeune homme vit très mal. "Il est extrêmement déçu." À défaut de mieux, il vient de s'inscrire au Cned pour suivre à distance un BTS de diététique. "Mais c'est un projet de substitution, ce n'est pas vraiment un choix." Et il envisage d'ores et déjà de retenter sa chance l'année prochaine sur Parcoursup, mais ce sera la dernière - les étudiants en césure ont un droit de réintégration à l'issue de leur césure.

"Ses 60 vœux ont tous été refusés"

Déception tout aussi grande pour la fille de Médina, qui témoignait dans un précédent article. La jeune fille, de nationalité française, a obtenu un bac tunisien avec 18 de moyenne. Elle qui souhaite devenir ingénieure a donc formulé des vœux pour des classes préparatoires et des doubles licences en France où son frère et ses deux sœurs poursuivent leurs études.

Pour rappel, les lycéens et lycéennes de nationalité française qui préparent ou sont titulaires d'un diplôme de fin d'études secondaire étranger doivent en effet passer par Parcoursup. Comme la fille de Médina, quelque 23.000 candidats et candidates scolarisés à l'étranger n'avaient eux non plus pas reçu de proposition de formation au 11 juillet.

"Ses 60 vœux (en comptant les sous-vœux, NDLR) ont tous été refusés", déplore pour BFM Médina. "En phase complémentaire, quand elle faisait un vœu le matin, elle recevait un refus dans l'après-midi, à croire que son dossier n'était même pas lu."

"Je ne comprends pas, je ne comprends pas ce qui bloque."

"C'est la galère"

Le fils d'Isabelle se trouve quant à lui dans une situation inextricable: il a reçu une proposition d'admission pour un BUT gestion des entreprises et des administrations mais il ne parvient pas à trouver une entreprise pour son alternance. "Il a envoyé des dizaines de CV", détaille Isabelle. "Mais on ne lui répond pas, ou alors la réponse est négative."

Le problème, c'est que sans contrat, le jeune homme ne peut pas valider son inscription et se retrouve donc sans formation. "J'ai contacté la CAES, on nous a répondu que comme mon fils avait été accepté en alternance, il n'était pas concerné. Donc on ne peut rien faire pour nous."

"Ça n'a pas de sens."

Les autres vœux du jeune homme restent en attente. Isabelle envisage de se rendre dans toutes les universités où son fils a postulé, son dossier sous le bras, et de plaider sa cause. "Mais je ne suis même pas sûre que ça change quelque chose. Et tout ça avec 14 de moyenne au bac. C'est la galère."

Faute de formation, le jeune homme envisage de se tourner vers l'armée. "Il a vu qu'il pouvait y avoir des formations professionnalisantes mais c'est quand même malheureux qu'il ne puisse pas suivre les études qu'il souhaite."

"Faire de nos jeunes des chômeurs ou des délinquants?"

"C'est quoi le programme, faire de nos jeunes des chômeurs ou des délinquants?" s'indigne Yasmine* dont le fils souhaite devenir infirmier. Le jeune homme, détenteur d'un bac sciences et technologies de la santé et du social - l'une des voies technologiques recommandées pour intégrer un institut de formation en soins infirmiers, formation non sélective mais dont l'admission se fait sur dossier - est toujours sur liste d'attente, à quelques jours de la rentrée.

"C'est quoi la suite pour mon fils? Pointer à France Travail? Voilà le message qu'on envoie à nos jeunes: que l'école, ça ne sert à rien."

Pourtant, le dossier du jeune homme montre sa motivation: il est bénévole auprès d'associations qui viennent en aide aux plus démunis, a passé son Bafa et travaillé dans la petite enfance.

"Qu'est-ce qu'il va faire? On est dans le flou. On est fin août et on a zéro réponse."

Car Yasmine a contacté à cinq reprises sa CAES, en vain. Elle est d'autant plus scandalisée qu'elle est elle-même infirmière à l'hôpital en région Auvergne-Rhône-Alpes et qu'elle constate au quotidien la pénurie de soignants. "La France a besoin de soignants, on est sous-effectif, mais on ne prend pas les candidats motivés. Ça n'a aucune logique! Nos enfants sont les adultes de demain et on ne leur propose rien. C'est révoltant."

*Le prénom a été changé à la demande du témoin.

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