Les crues dévastatrices, comme celles survenues à la frontière du Tibet et du Népal, mercredi dernier, seraient intensifiées par les changements climatiques, selon la communauté scientifique. Il n'est donc pas impossible que le Canada subisse des phénomènes semblables.

Les images de cette coulée de lave torrentielle ensevelissant les vallées de l’Himalaya ont fait le tour du monde. L’effondrement d’un glacier a été pointé du doigt comme l’élément déclencheur de cette tragédie.

Près de 700 personnes ont perdu la vie et 3000 autres étaient toujours portées disparues vendredi soir.

Si les glissements de terrain ne sont pas nouveaux dans cette région d’Asie, particulièrement durant la mousson, la chute de glacier et les torrents qui s'ensuivent sont amplifiés par les changements climatiques.

Selon Magali Rizza, professeure au Département des sciences de la Terre et de l'atmosphère de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), les parois rocheuses en haute altitude, autrefois solidifiées par la glace à longueur d’année, deviennent complètement instables en raison de la hausse des températures.

Le terrain particulièrement escarpé du Népal et ses vallées très étroites agissent comme un entonnoir, ce qui crée une lave torrentielle très intense, explique-t-elle.

Même si les conditions sont particulièrement propices à un phénomène du genre au Népal, toutes les régions glaciaires sont à risques, selon Michel Baraër, professeur à l’École de technologie supérieure (ETS).

Un effondrement de glacier peut survenir dans tous les milieux glaciers. […] Ça peut arriver au Canada, avance l’expert en glaciohydrologie au micro de Les faits d’abord sur ICI Première.

Il croit aussi que, bien que des événements du genre ne soient pas uniquement attribuables aux changements climatiques, le risque est bien plus élevé aujourd’hui que par le passé.

Les chances que ça se produise sont beaucoup, beaucoup plus grandes qu’il y a 100 ans, affirme-t-il.

Menace réelle au Canada?

Le Canada est le pays avec la plus grande superficie de glacier au monde, avec 200 000 km2, soit près de 20 % de la surface glaciaire mondiale.

Elle se situe principalement en Arctique et dans l’Ouest canadien. Le placement en haute altitude des glaciers dans les Rocheuses d’Alberta et de Colombie-Britannique comporte donc un certain risque de chute aux conséquences imprévisibles.

Il faudrait la combinaison de ce qui s'est passé au Népal, c'est-à-dire de très fortes pentes [et] des gorges très étroites, mais oui, ce n'est pas impossible qu'on puisse avoir quelque chose d’un peu similaire au Canada. Mais ce serait plutôt dans l'Ouest canadien, affirme l’experte des glissements de terrain, Mme Rizza.

Elle considère tout de même que la situation est incomparable avec le Népal sur le plan de la densité de population.

À titre de comparaison, la densité de population de la région des Rocheuses albertaines est d’environ 1 personne par km2, tandis que la densité du district de Nuwakot au Népal – durement touché par les inondations – est de 235 personnes par km2.

Une femme marche dans la boue.

Près de 700 personnes sont mortes dans les crues au Tibet et au Népal, et 3000 personnes sont toujours portées disparues.

Photo : Getty Images / Ezra Acayan

Ce genre de catastrophe peut même se déplacer sur plusieurs dizaines de kilomètres, selon elle. Si cela arrivait dans une vallée [canadienne], où il y a un centre urbain, ou un barrage hydroélectrique, un peu plus bas, oui, ça pourrait toucher ce genre d'infrastructure, a affirmé la professeure en entrevue avec Radio-Canada.

Sous haute surveillance

M. Baraër s'inquiète de la transformation profonde et très rapide des milieux glaciaires et de leur déstabilisation.

Partout au Canada, on a un recul marqué et en accélération [de nos glaciers]. On déstabilise des systèmes qui sont en équilibre.

Une étude publiée en 2025 rapportait que les glaciers de l’Ouest canadien avaient perdu près de 23 % de leur volume entre 2000 et 2023.

Mme Rizza reconnaît quant à elle que ces phénomènes sont connus et étudiés, surtout dans les zones à risques.

Il y a de plus en plus de personnes qui travaillent sur les glissements de terrain en lien avec le réchauffement climatique.

Un glissement de terrain causé par l’effondrement d’un glacier en Suisse, l’année dernière, avait rasé un village, mais pas avant que les autorités aient réussi à l’évacuer, grâce à l'étude du glacier concerné.

Malheureusement, il s’agit en quelque sorte de l’exception qui confirme la règle, selon les experts consultés par Radio-Canada. En Suisse, le glissement avait commencé à s'activer un peu avant et on l'avait détecté. Le problème des glissements de terrain, c'est que, dans la grande majorité des cas, ça a lieu quasi instantanément, souligne Mme Rizza.

On n'est jamais assez bien préparés. On est conscients du risque. Au Népal, ils sont conscients du risque, mais je pense que personne ne pensait que ça pouvait arriver là, se désole la professeure.

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