Nikki Rodriguez dans le rôle de Jackie dans la saison 2 de “Ma vie avec les Walter Boys” (Netflix). Une nouvelle vague de séries pour ados dépeint des jeunes gens très sérieux, principalement préoccupés par leur réussite professionnelle, très loin des ados rebelles d’autrefois. Si bien que le site britannique “The Independent” se demande depuis quand les jeunes gens sont devenus si sages. PHOTO NETFLIX

1 septembre 2026

Quand on songe aux représentations de l’adolescence dans les séries et les films des années 2000, on pense (surtout) sexe, drogue, rébellion, alcool et décadence (avec Skins en mètre étalon).

Aujourd’hui, ce n’est plus tout à fait le même lexique… On dirait plutôt : tableur, bibli, routine, performance et plan de carrière.

“Dans Sterling Point, Annie a l’air de s’éclater en organisant une belle feuille de calcul”, note le site britannique The Independent, qui s’interroge : “Depuis quand les ados des séries pour jeunes adultes se comportent en quadragénaires ?”

“C’est certes
une représentation fictive
de l’adolescence,
mais cette retenue
un peu guindée témoigne
de la vie de cette jeunesse
et de la manière dont
elle essaie de réussir.”

Le site britannique The Independent

Ella Bright dans le rôle de Hannah dans la série “Off Campus”. “Toutes [les ados des séries] font preuve d’intelligence émotionnelle, elles sont éloquentes et particulièrement attentives aux limites d’autrui”, relève le site britannique “The Independent”. Photo Liane Hentscher/Prime Video

Il y a Hannah, la première de la classe dans Off Campus (Prime Video) ; Jackie, l’étudiante collet monté qui s’apprête à entrer à Princeton dans Ma vie avec les Walter Boys (Netflix) ; et Ruby, l’ambitieuse lycéenne boursière de Maxton Hall (Prime Video), énumère le site britannique.

“Des travaux de recherche
ont montré que
le perfectionnisme
chez les étudiantes
et les étudiants
atteignait des sommets,
car cette génération
se prépare à intégrer
un marché du travail
impitoyable qui est
de plus en plus réorganisé
par l’IA, tout en se frayant
un chemin dans une culture
en ligne qui appelle
constamment
à l’optimisation de soi.”

Le site britannique The Independent

Il se peut que ces récits d’apprentissage soient tout simplement le reflet d’une réalité concrète.

Chaque nouvelle tendance déployée sur les réseaux sociaux
– à grand renfort de suffixes (maxxing, core) – semble destinée à enrichir un essai qu’on pourrait baptiser “Votre burn-out avant la trentaine” ou “Le Culte de la performance dans le capitalisme tardif”.

Du looksmaxxing aux influenceurs qui prônent le “5 to 9” (la tendance qui consiste à se lever à l’aube pour accomplir une autre activité avant de se rendre au bureau), la Gen Z s’emploie surtout à cultiver le surmenage dans tous les aspects de sa vie.

Ramona (Amélie Hoeferle) et Annie (Ella Rubin) dans “Sterling Point”. “Ces personnages témoignent des angoisses que l’avenir suscite chez cette génération, qui rêve aussi d’un lâcher-prise total”, note “The Independent”. Photo sabrina Lantos/Prime Video

“Megan Park a peut-être signé le succès phare de l’été avec Sterling Point, qui dépeint à la perfection toute la complexité de la Gen Z”, s’enthousiasme même le magazine américain spécialisé Rolling Stone.

“Une pression considérable s’exerce sur les femmes de tous âges pour qu’elles soient parfaites, pour qu’elles prennent tout en charge”, analyse Megan Park, cocréatrice et coproductrice de Sterling Point, interviewée par The Independent.

Andrew Levey, psychologue à LightLine Therapy, travaille avec des ados à New York et corrobore : “Les enfants s’entendent dire très jeunes qu’ils doivent réussir, sans doute plus que les générations précédentes, au point qu’ils développent de très bonne heure un état d’esprit guidé ou obnubilé par la réussite professionnelle.”

“Dans les séries
d’apprentissage
qui mettent en scène
des personnages
de la Gen Z, on entend
une génération qui porte
des fardeaux d’adultes
bien avant d’atteindre
la majorité.”

Le site britannique The Independent

Dans chacune de ces séries, un peu comme chez Molière, les protagonistes rigides finissent par voler en éclats. Le schéma initial est ébranlé à la faveur d’un retournement plus ou moins violent qui fait vaciller les certitudes des personnages.

Harriet Herbig-Matten et Damian Hardung dans la saison 3 de “Maxton Hall”. Photo Stephan Rabold/Prime Video

Annie s’envole au Canada, et commence à donner la priorité à sa santé mentale ; Jackie se laisse entraîner dans un triangle amoureux avec deux frères, et Ruby tombe éperdument amoureuse de son meilleur ennemi, James.

“La carapace
de ces personnages
finit par se fissurer.
Leurs complexités
sont peu à peu révélées,
ils découvrent
le désir et finissent
par se comporter
en ados.”

Le site britannique The Independent

Annie (Ella Rubin), Maple (Mabel Strachan), Oona (Bo Bragason), et Ramona (Amélie Hoeferle) dans “Sterling Point”. Photo Sabrina Lantos/Prime Video

Comme souvent dans la fiction, ça finit bien. C’est la recette du succès de ces séries, qui représentent la Gen Z avec une certaine justesse (ses aspirations, ses habitudes, ses espoirs et ses désillusions).

Mais parfois, on aimerait juste rêver à autre chose.—

Éloïse Duval