l'essentiel Aubrac, Pyrénées, Cévennes, Méditerranée et même Lot, le pastoralisme est une activité majeure dans un grand nombre de territoires de notre région. Bien que le nombre d'éleveurs diminue au fil du temps, les traditions et les savoir-faire pastoraux perdurent. Avec pour point d'orgue les transhumances qui sont autant de moments de fête pour les hommes comme pour les animaux.

Rencontrer les hommes et les femmes qui exercent le métier d'éleveur, de berger ou de vacher est salutaire. Ces amoureux des grands espaces gardent un contact avec les animaux et avec la nature que les habitants des villes ont souvent perdu. Certes, ils font connaître leur métier lors de grands déplacements comme les transhumances ou dans les lieux de vente de leur production. Mais le dérèglement climatique ou la prédation rendent leur vie de plus en plus difficile. L'Unesco a fait de l'année 2026 celle du pastoralisme et de la transhumance. Signe sans doute que les traditions pastorales ont besoin d'être mises en valeur pour perdurer.  

Les animaux de Gaël Martin montent vers le Mont Lozère
Les animaux de Gaël Martin montent vers le Mont Lozère Gaël Martin - Gaël Martin

La fête de la transhumance des vaches Aubrac

Chaque printemps, le dimanche le plus proche du 25 mai, a lieu la fête de la Transhumance au col de Bonnecombe, en Lozère, sur la commune des Salces. Après avoir passé l’hiver au chaud dans les étables, les troupeaux de vaches rejoignent les hauts pâturages de l’Aubrac pour passer l’été en mangeant de l’herbe fraîche. Les éleveurs accompagnent à pied leurs bêtes, parées de fleurs, vers le plateau. Pour les animaux comme pour les humains, la transhumance n’est pas seulement une tradition ancestrale, pas juste un simple défilé pour les touristes, mais bien une fête. « Notre vie est rythmée par la transhumance. On attend cela toute l’année. Il y a un avant et un après. C’est un rendez-vous de bonne humeur pour tout le territoire. La descente (davalada), vers le 13 octobre, est moins joyeuse. C’est le signal d’un retour à l’étable, à l’enfermement, au chacun chez soi, à l’hiver ! », explique Vincent Gély, l’un des derniers éleveurs de vaches Aubrac à faire perdurer cette pratique. « Il ne reste que deux troupeaux qui transhument à pied par le col de Bonnecombe. Ils étaient encore cinq il y a quatre ans. Et plus d’une dizaine lorsque notre association a créé cette fête en 1993 », s’inquiète Louis Gély, président d’Aubrac Sud. Ce trentenaire, gérant d’une coutellerie à Laguiole souligne que c’est le pastoralisme qui fait vivre le territoire. « Toute notre économie - le tourisme, les randonnées, la gastronomie…, repose sur leur activité. Si les bêtes ne sont pas là pour manger l’herbe du plateau, les paysages se referment. On reviendrait aux forêts qui recouvraient l’Aubrac avant que les moines n’établissent cette pratique. Il n’y aurait plus toute la biodiversité de la flore de l’Aubrac, les narcisses, les jonquilles, les gentianes et toutes les espèces protégées ».

Louis Gély, président de l'association Aubrac Sud.
Louis Gély, président de l'association Aubrac Sud. Anne-Isabelle Six - Anne-Isabelle Six

Le jour de la transhumance, le troupeau de la famille Pignol, comptant 120 mères de race Aubrac, arrive en premier au col, à partir de 11 heures. Les vaches parcourent 10 kilomètres depuis la ferme située à 1 150 m d’altitude à Saint-Pierre-de-Nogaret pour rejoindre leur estive à 1 350 m d’altitude au pied du Signal de Mailhebiau. À partir de 14 heures, c’est au tour du troupeau de la famille Gély comptant 90 vaches de race Aubrac et s’inscrivant dans des démarches de qualité reconnues Fleur d’Aubrac et Bœuf fermier d’Aubrac. « Plus qu’un métier, l’élevage est pour nous un engagement pour aimer les animaux, faire vivre le territoire, et produire une alimentation de qualité », estime Vincent Gély.

En Aubrac, chaque éleveur est propriétaire de sa « montagne » et garde lui-même ses animaux. Il est seul pour faire face à de nouvelles difficultés parmi lesquelles le loup. « Même si on ne l’aime pas, on l’admire. Le loup est très intelligent, il nous observe de loin, nous force à modifier nos routines afin de mieux protéger nos bêtes », estime Jean-Philippe Pignol. En Aubrac, la garde s’effectue sans chiens, dans des clôtures. « Nous déplaçons les animaux de clôture en clôture selon l’état de la ressource, là où il reste de l’herbe à manger ». La sécheresse due au dérèglement climatique est une autre source d’inquiétude. « Il faut s’adapter ! On donne un complément aux bêtes lors de la finition, juste avant la mise-bas des veaux. La descente se fera plus tard pour profiter de l’été indien avec la repousse de l’herbe », note Vincent Gély. Les éleveurs peuvent en tout cas compter sur le caractère de la vache Aubrac. « Rustique, petite, peu volumineuse, elle est solide et agile dans nos terrains accidentés. On la dit facile à conduire, mais elle est surtout très maternelle. Le troupeau se met en cercle pour défendre les petits face aux menaces », soulignent les éleveurs amoureux de leurs animaux, si bien adaptés à leur territoire.

Curiosité des habitants au passage du troupeau de Gaël Martin vers le Mont Lozère
Curiosité des habitants au passage du troupeau de Gaël Martin vers le Mont Lozère Gaël Martin - Gaël Martin

Cévennes : une transhumance de 4 jours vers le lac des Pises 

Deux fois par an, la famille Lechalier, qui élève 580 brebis de race Rouge du Roussillon et Blanche du Massif central, vit l’incroyable aventure de la transhumance. Avec deux couples d’amis, ils mènent leur troupeau depuis leur ferme de Notre-Dame-de-Londres, au nord de Montpellier, jusqu’au lac des Pises, au cœur du massif de l’Aigoual dans le Gard. Le périple des hommes et des animaux dure quatre jours et s’effectue à pied, vers la mi-juin pour la montée et vers la mi-septembre pour la descente. « C’est une vraie épopée, qui se prépare ! On dort à la belle étoile. On prépare des repas que l’on emmène dans des glacières… », confie Carine, 38 ans. Après avoir travaillé dans une crèche à Montpellier, elle a choisi de rejoindre l’élevage familial créé par son beau-père, Denis, où travaille également son mari, Adrien, 39 ans. Tous les trois sont associés au sein du GAEC du Frêne. « Les brebis aiment ce moment, raconte Adrien. Elles draillent bien, connaissent les chemins et les différentes étapes de la transhumance ».

Adrien Lechalier au milieu de ses brebis
Adrien Lechalier au milieu de ses brebis Anne-Isabelle Six - Anne-Isabelle Six

Après avoir franchi le col du Minier, tous s’arrêtent au cœur d’une zone de forêt à 1 300 mètres d’altitude, sur le plateau du Lingas. Adrien reste alors seul avec le troupeau. Il vit dans une maison louée au Parc National des Cévennes par la Coopérative d’estive La Rayole Aigoual qui l’emploie pour cette mission estivale. Il veille au total sur près de 1 600 brebis, celles de sa famille et celles de trois autres éleveurs. « Je suis prestataire de services pour la coopérative, explique le berger des Pises. J’aime la solitude, la proximité avec les animaux. J’ai besoin de ce silence. La nature, les étoiles, la vie simple, sont un luxe. Durant cet été, je ne suis descendu que cinq jours : pour un mariage et pour la fête de notre village. » Dans ce lieu où tout invite au repos et à la contemplation, il est aidé par deux chiens de conduite (un Border collie et un Beauceron) et cinq chiens de protection (trois Patous et deux Bergers d’Anatolie). « On n’imagine pas le travail que font ces chiens ! La plupart du temps, cela ne se voit pas. Grâce à nos Patous, une seule brebis a été tuée lors de l’attaque par un loup l’an dernier. Les plus vieux apprennent leur métier aux plus jeunes. Les chiens sont à l’image du berger. On les éduque. Moi, je suis calme, patient avec les animaux. »

Adrien et Carine Lechalier sur leur estive du Lac des Pises
Adrien et Carine Lechalier sur leur estive du Lac des Pises Anne-Isabelle Six - Anne-Isabelle Six

Adrien, dont les deux grand-mères étaient déjà bergères et qui a fait sa première transhumance à 8 ans, aime passionnément son métier. « On saura lors de l’agnelage, la mise-bas des brebis si elles n’ont pas trop souffert des fortes chaleurs et de la sécheresse extrême de cet été ». Adrien a dû modifier son « biais », son expertise, pour prendre soin des animaux. « D’habitude, je garde de 9 heures à midi, c’est-à-dire que j’amène les brebis vers des endroits où elles peuvent pâturer de l’herbe fraîche. Puis je les amène vers le chouradou, la chaume, l’endroit ombragé où elles font la sieste, jusqu’à 17 heures. Je les garde de nouveau jusqu’à 21 heures pour les rentrer au parc de nuit. Cet été, je les ai sorties beaucoup plus tôt, à 6 heures et demie, et je les ai rentrées beaucoup plus tard avec des périodes de sieste beaucoup plus importantes », explique le berger. Il met également des minéraux dans le sel qu’il donne à ses bêtes pour compléter leur alimentation. Durant l’hiver, il fera pâturer ses brebis dans ses vignes et celles de ses voisins de Notre-Dame-de-Londres. La famille Lechalier élève ses animaux pour leur viande. Le GAEC du Frêne vend ses agneaux en direct aux alentours de Notre-Dame-de-Londres.

Une double transhumance vers le mont Lozère et les vignes de Quissac

S’adapter, en permanence, tel est le credo du monde pastoral en général et de Gaël Martin en particulier. Première manifestation de sa capacité de rebond, l’agriculteur de 42 ans a choisi de mener une double activité. Outre l’élevage de brebis de race Tarasconnaise, il produit également avec son frère des oignons doux des Cévennes. « Peu à peu, les oignons montent en puissance dans mon équilibre : ils représentent aujourd’hui 60 % de mon activité ». Il a également opéré des changements majeurs dans son élevage en décidant en 2021 de pratiquer une double transhumance. « Mon exploitation (GAEC du Mas Figuier) se trouve à 400 m d’altitude dans la vallée de Taleyrac sur la commune de Val-d'Aigoual (Valleraugue). Je monte les bêtes en été sur l’estive du mont Lozère à 1 300 m d’altitude et je les descends en hiver sur les garrigues et les vignes de Quissac à 150 m d’altitude ». Tous ces déplacements sont destinés à trouver de la ressource (herbe, châtaigne…) pour ses bêtes. « Dans cette zone dite Méditerranéenne, les éleveurs sont destinés à devenir de plus en plus double transhumants en pratiquant une transhumance inverse durant l’hiver vers les domaines viticoles en garrigues ou en piémont pour faire face au dérèglement climatique », estime Emmanuelle Genevet, responsable de l'équipe pastoralisme à la Chambre régionale d’agriculture. Car les sécheresses répétées sont bien le principal souci de Gaël Martin. « Les ressources pastorales diminuent. Le surpâturage par nos bêtes nous pousse à toujours trouver de nouveaux endroits. Il faut être astucieux ».

Le troupeau de Gaël Martin monte vers le Mont Lozère
Le troupeau de Gaël Martin monte vers le Mont Lozère Gaël Martin - Gaël Martin

Installé en 2004, Gaël Martin ne bénéficie pas d’une transmission et d’une expertise familiale pour son métier d’éleveur. « Je suis passionné par les brebis. À sept ans, j’en avais déjà 10 ». L’éleveur recrute un berger durant l’été pour veiller sur ses 500 bêtes et celles de son associé (700) sur leur estive au lieu-dit La Vialasse. « Tout cela a un coût ! ». Ils louent 400 hectares à quatre propriétaires privés et au Parc national des Cévennes pour 3 500 euros par été. Ils louent aussi une maison (ancienne école) à Pont-de-Montvert. Le loup est leur autre source de stress. « Nous subissons des attaques. La dernière a eu lieu le 15 août cet été. J’ai retrouvé la carcasse d’une brebis ». Gaël Martin a dû faire appel à des Patous pour limiter les pertes durant les attaques du prédateur. « Je les achète auprès d’une association qui élève des Patous dans les Pyrénées. Je précise le caractère dont j’ai besoin. Les loups ont de moins en moins peur de l’Homme. Ils attaquent le jour. Car la nuit, les brebis sont dans des parcs près de la maison du berger. Il faut donc que les chiens soient un peu agressifs, un peu mordants. Cela pose parfois des problèmes avec les randonneurs qui ne connaissent pas les règles de bonne conduite en présence d’un Patou ».

Autre façon de s’adapter : redescendre plus tôt de l’estive. « Cette année, nous les avons descendues en camion le 1er août dans la bergerie à Saint-André-de-Majencoules. C’est une première. Les anciens n’ont jamais connu cela ! ». Autre souci : le comportement des automobilistes lors des transhumances. « Ils ne sont plus habitués à la lenteur ! ». Gaël Martin vend ses animaux à la coopérative Natera dans l’Aveyron. « Mes brebis sont d’une race très rustique, robuste, à la fois solide et agile. L’intérêt est aussi une bonne conformité selon l’expression des bouchers. Elle fournit de bons gigots d’agneau, bien faits », explique l’éleveur.

Pyrénées : une transhumance collective

Philippe Lacube sur le plateau de Beille
Philippe Lacube sur le plateau de Beille Anne-Isabelle Six - Anne-Isabelle Six

Rien ne prédestinait Philippe Lacube, 63 ans, à devenir l’un des acteurs les plus influents du pastoralisme en Occitanie. Président de l’Association des Chambres d’agriculture des Pyrénées, également président du Comité d’Orientation Pastoralisme de la Chambre d’Agriculture d’Occitanie, il est pourtant aujourd’hui aux premières loges pour faire entendre la voix des éleveurs transhumants auprès des décideurs. « J’ai un attachement viscéral aux Pyrénées, à la culture montagnarde et à la transhumance. Je fais du lobbying pour que le pastoralisme ne soit pas oublié, soit pris en compte dans notre société. Pour que cette harmonie entre les hommes, la terre et les animaux soit valorisée ». Dans sa propre activité, il a dû faire preuve d’innovation pour en vivre dignement et faire perdurer les traditions pastorales. En 1995, Philippe Lacube reprend la ferme d’un oncle aux Cabannes (Ariège). L’élevage comporte alors 40 vaches Gasconnes pour la production de broutards, avec transhumance sur le plateau de Beille. « Très vite, la nécessité d’amener de la valeur ajoutée à ma production de viandes s’est imposée. Il fallait sortir des circuits traditionnels de commercialisation, en me lançant dans la vente directe ». Il ouvre donc un magasin de producteurs en 1994 et un restaurant en 2011 dans la maison où il est né et où se trouvait l’activité de marchands de vins de son grand-père. L’ensemble est baptisé Maison Lacube.

Adrien Lechalier, un de ses chiens et ses brebis
Adrien Lechalier, un de ses chiens et ses brebis Anne-Isabelle Six - Anne-Isabelle Six

Grâce à cette diversification, au fil des années, son exploitation (GAEC des Quies) grandit. Son fils aîné, Jason, le rejoint avec un ami associé : Fabien Lapeyre. Ils ont aujourd'hui une centaine de vaches Gasconnes et une centaine de porcs noirs Gascons. « Huit mois de l’année et au rythme des saisons, nos bêtes sont en plein air et pâturent dans nos montagnes ». Dans les Pyrénées, la transhumance a pour particularité d’être collective. « Les montagnes pyrénéennes, de l’Atlantique à la Méditerranée ne sont pas privées. Elles appartiennent aux communes. Les 6 000 familles d’éleveurs de ces territoires ont un droit d’usage lié au fait qu’ils hivernent sur une commune. Ils doivent donc gérer collectivement leur estive au sein de groupements pastoraux ». Chaque été, le groupement pastoral de Verdun où se trouve l’exploitation de Philippe Lacube recrute un vacher pour transhumer et garder les animaux sur leur estive du plateau de Beille. « Mon associé, Fabien Lapeyre est aussi notre vacher. Il a trois missions : gérer l’espace sur notre montagne de 1 350 hectares entre 1 400 et 2 500 mètres d’altitude, être le vétérinaire du troupeau et assaler les vaches une fois par semaine », explique Philippe Lacube. Le troupeau comprend les 90 vaches de Philippe Lacube et les 32 de Sébastien Morant, éleveur à Terroles (Aude). « J’ai toute confiance en Fabien. Quand je les reprends, elles sont dociles, preuve qu’il les a bien travaillées », se réjouit l’Audois.

Philippe Lacube sur son estive avec ses vaches Gasconnes des Pyrénées
Philippe Lacube sur son estive avec ses vaches Gasconnes des Pyrénées Anne-Isabelle Six - Anne-Isabelle Six

Car être vacher demande à la fois une relation particulière avec les animaux et une expertise pour faire face aux imprévus… comme l’ours. « Il n’y a pas de clôtures dans les Pyrénées. La garde se fait par un homme, ou une femme de plus en plus, à l’aide de ses chiens. La prédation par l’ours est donc l’un des grands enjeux auxquels nous sommes confrontés. Cet été, une grave attaque a eu lieu dans les Pyrénées. Il faut que l’ours craigne de nouveau l’homme », estime Philippe Lacube qui ne quitte jamais le bâton en bois qui lui a été offert par le… dernier chasseur d’ours de la vallée.

Philippe Lacube, Sébastien Morant et Fabien Lapeyre sur leur estive du plateau de Beille
Philippe Lacube, Sébastien Morant et Fabien Lapeyre sur leur estive du plateau de Beille Anne-Isabelle Six - Anne-Isabelle Six

Une transhumance créée pour lutter contre les incendies dans le Lot

C’est un traumatisme qui est à l’origine du retour de la transhumance dans le Lot. À l’été 1998, les collines autour de Luzech, à quelques kilomètres de Cahors, s’embrasent. Cet incendie déclenche une prise de conscience de la vulnérabilité du territoire du fait de la présence d’espaces embroussaillés à proximité des villes. Les élus de Luzech décident de favoriser la création d’une association foncière pastorale (AFP) en 2000. Avec pour objectif que des éleveurs viennent faire pâturer leurs brebis sur les terres des propriétaires. Côté éleveurs, un collectif s’organise aussi avec la création de l’association Transhumance en Quercy en 2003 qui a recruté un berger. L’intérêt est double : assurer de la nourriture aux animaux tout en nettoyant des terrains que l'agriculture du XXe siècle a progressivement laissé retourner à l'état de friches. Aujourd’hui, cette initiative a essaimé sur l’ensemble du Lot avec 23 associations foncières pastorales créées, 5 000 hectares réhabilités, 1 500 propriétaires et 100 éleveurs engagés dans cette démarche. « Grâce aux brebis, le Lot a trouvé une solution pour limiter les risques d’incendie et préserver un paysage riche en biodiversité. La transhumance est limitée, environ 50 kilomètres. Mais il s’agit bien de rassembler des animaux, deux grands troupeaux d’agnelles et de brebis, pour les amener vers des pâturages », explique Philippe Tyssandier, conseiller pastoralisme à la Chambre d’agriculture du Lot. Une fête de la transhumance est même organisée depuis 2006 par l’association des éleveurs Transhumance en Quercy. Durant cinq jours de marche, chacun peut venir accompagner les animaux en empruntant de splendides chemins de traverse entre Rocamadour et Luzech.

Vache Gasconne des Pyrénnées sur son estive du plateau de Beille
Vache Gasconne des Pyrénnées sur son estive du plateau de Beille Anne-Isabelle Six - Anne-Isabelle Six

2026 : l’année internationale du pastoralisme et de la transhumance

Depuis 2023, la transhumance est reconnue par l’Unesco comme « patrimoine culturel immatériel de l’humanité ». On entend par « transhumance » la migration d’un troupeau d’herbivores (moutons, vaches, chèvres…) qui se rend dans les pâturages pour se nourrir. On parle de transhumance estivale, lorsque les bêtes gagnent les pâturages d’altitude sous la conduite de leur berger ou vacher, et de transhumance hivernale (ou désalpe) lorsque les bêtes descendent dans les plaines pour profiter d’un climat moins rigoureux. Littéralement, transhumance signifie « au-delà du pays » car la migration s’effectue souvent en dehors des frontières du territoire d’origine. À travers cette reconnaissance de l’importance de la transhumance dans le monde entier par l’Unesco, l’ensemble des pratiques et savoir-faire liés au pastoralisme sont salués comme apportant de nombreux services à notre société. Les Nations unies ont ensuite proclamé l’année 2026 « année internationale des parcours et des éleveurs pastoraux ». Cette démarche vise à donner une voix aux bergers et éleveurs du monde entier et à mieux faire reconnaître leur rôle essentiel. Ces pratiques ancestrales présentes dans de nombreux territoires de l’Occitanie ont contribué et contribuent encore à façonner le patrimoine naturel, culturel et paysager de nos territoires. Elles sont porteuses de nombreuses solutions aux problématiques actuelles d’effondrement de la biodiversité et d’adaptation au changement climatique.