Une femme sur cinq qui subit une chirurgie conservatrice en cas de cancer du sein doit être réopérée parce que des cellules cancéreuses sont restées présentes. Mais une nouvelle technologie dans les scanners médicaux semble désormais pouvoir réduire de moitié le nombre de ces réinterventions. “Cette innovation pourrait également représenter une avancée majeure pour d’autres types de cancer”, souligne la gynécologue et oncologue Göker Menekse, qui a dirigé l’étude à l’hôpital universitaire de Gand.

Eva Migom, Matthias Bertrand

Source: HLN

20 juillet 2026, 13:38Dernière mise à jour: 13:52

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Une nouvelle étude, à laquelle a notamment participé l’hôpital universitaire de Gand et qui a été publiée dans la prestigieuse revue scientifique JAMA Surgery, pourrait offrir de nouvelles perspectives de lutte contre le cancer du sein. Désormais, les chirurgiens peuvent vérifier, pendant l’opération, si toutes les cellules cancéreuses ont bien été retirées.

“Aujourd’hui, ce n’est qu’après l’opération que nous savons si toutes les cellules cancéreuses ont été retirées et si une seconde intervention est nécessaire”, explique la gynécologue et oncologue Göker Menekse. “Après l’opération, nous analysons la tumeur retirée ainsi que les tissus environnants afin de vérifier si les marges de résection sont saines, c’est-à-dire exemptes de cellules tumorales. Si ce n’est pas le cas, le risque de récidive locale passe de 7 à 27 %.”

Pendant l’intervention, le chirurgien ne peut pas voir ces cellules cancéreuses microscopiques. “Il s’agit donc d’un exercice d’équilibre délicat : retirer suffisamment de tissu pour éliminer toutes les cellules tumorales, tout en préservant au maximum le sein afin d’obtenir un bon résultat esthétique.”

Comme les cellules tumorales ont un métabolisme bien plus élevé que les cellules saines et qu’elles absorbent par conséquent davantage de sucre, elles apparaissent en surbrillance sur le scanner

Parmi les 10.000 à 12.000 femmes chez qui un cancer du sein est diagnostiqué chaque année en Belgique, environ 60 % peuvent bénéficier d’une chirurgie conservatrice. “Chez une patiente sur cinq, l’analyse postopératoire révèle encore la présence de cellules cancéreuses au niveau des marges, ce qui impose une seconde opération”, souligne toutefois la spécialiste gantoise. “Cela signifie une nouvelle anesthésie, un risque accru de complications, davantage de tissu cicatriciel et l’ablation d’une quantité supplémentaire de tissu mammaire. En outre, cette seconde intervention peut retarder le début d’un traitement complémentaire, comme la chimiothérapie ou la radiothérapie, alors que celui-ci devrait idéalement commencer dans le mois qui suit l’opération.”

Traceur glucidique

Dans cette étude, menée dans six hôpitaux en Belgique, en Allemagne et en Italie, les chercheurs ont évalué la possibilité d’examiner la tumeur retirée ainsi que les tissus environnants pendant l’intervention grâce à un nouveau scanner.

“Cent quarante-huit femmes ont reçu, quelques heures avant leur opération, une injection d’un traceur radioactif à base de glucose. Une fois la tumeur retirée, celle-ci est placée dans un scanner PET/CT compact, appelé AURA, alors que la patiente est encore sous anesthésie. Les cellules tumorales ayant un métabolisme beaucoup plus élevé que les cellules saines, elles absorbent davantage de glucose et apparaissent donc clairement sur les images. Si des zones actives sont encore visibles dans les tissus entourant la tumeur retirée, le chirurgien sait immédiatement qu’il doit enlever davantage de tissu.”

Pour le type de cancer du sein le plus fréquent, la probabilité que la tumeur soit entièrement retirée en une seule intervention est passée de 83 à 95 %

Dans l’étude, la proportion de femmes nécessitant une seconde intervention est passée de 20 à 10 %. À Gand, ce taux est même descendu à 5 %. “L’ampleur du bénéfice dépend du type de cancer du sein. Pour le carcinome canalaire infiltrant, qui se développe dans les canaux galactophores et représente environ huit cancers du sein sur dix, les chances de retirer complètement la tumeur en une seule intervention sont passées de 83 à 95 %. Pour le carcinome lobulaire infiltrant, qui prend naissance dans les lobules mammaires, cette proportion est passée de 63 à 88 %.

Le bénéfice le plus important a été observé chez les patientes atteintes d’un carcinome canalaire in situ (CCIS), un stade précoce du cancer du sein dans lequel les cellules anormales restent confinées aux canaux galactophores et qui apparaît souvent sous forme de microcalcifications à la mammographie : les chances d’éliminer toutes les cellules tumorales sont passées de 23 à 77 %.

“Lorsqu’une tumeur est bien compacte, le chirurgien peut généralement la distinguer du tissu sain pendant l’intervention. En revanche, les petites calcifications sont beaucoup plus difficiles à identifier. Grâce à ce scanner, il est bien plus facile de localiser les tissus cancéreux restants. Nous devons toutefois interpréter ces résultats avec prudence, car le nombre de patientes atteintes d’un CCIS dans cette étude était limité. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour confirmer ces observations.”

Si vous pouvez vérifier immédiatement, au cours de l’intervention, si la totalité de la tumeur a été retirée, vous pouvez enlever du tissu supplémentaire sans attendre

“Il est également important de souligner que cette technique ne présente pas d’inconvénient pour les patientes. La dose de rayonnement est environ cinq fois plus faible que celle d’un PET-scan classique et comparable à celle d’une mammographie. L’intervention ne dure pas plus longtemps et aucun risque accru de complications n’a été observé.”

Une technologie prometteuse

Cette nouvelle technique accuse quand même quelques limites: “Ce scanner peut être utilisé pour la quasi-totalité des cancers du sein à un stade précoce. En revanche, les patientes présentant des tumeurs volumineuses ou inflammatoires ne sont pas éligibles. Les tumeurs de plus de 3 à 4 centimètres ne peuvent pas être placées dans le scanner”, nuance l’oncologue. “Les femmes enceintes et les patientes diabétiques ne peuvent pas non plus participer, en raison de l’utilisation d’un traceur radioactif à base de glucose.”

Mais elle pourrait être appliquée, à terme, à d’autres cancers: “Plusieurs études sont actuellement en cours”, confirme Göker Menekse. Le scanner AURA est déjà utilisé pour les tumeurs de la tête et du cou, et son application est également étudiée dans le cancer de la prostate, du col de l’utérus et de la vulve, entre autres. Le principe reste le même: si l’on peut vérifier immédiatement, pendant l’intervention, que toute la tumeur a été retirée, il est possible d’enlever directement du tissu supplémentaire si nécessaire. Cette approche n’est toutefois pas pertinente pour tous les cancers. Dans le cas du cancer de l’ovaire, par exemple, elle présente peu d’intérêt, car la maladie s’est souvent déjà propagée dans la cavité abdominale au moment du diagnostic.”

300.000 euros d’investissement

“Ce scanner est déjà utilisé à l’UZ Gent. Quelques autres hôpitaux, notamment à Alost et à Bruxelles, en sont également équipés. Son coût élevé représente toutefois un investissement important pour les établissements de santé: un appareil coûte environ 300.000 euros. La pertinence d’un tel investissement dépend notamment du nombre de patients susceptibles d’en bénéficier et des ressources financières disponibles.”

“Pour un petit hôpital qui prend en charge un nombre limité de patientes atteintes d’un cancer du sein chaque année, la réflexion est différente de celle d’un grand centre. À Gand, nous traitons chaque année plus de 300 femmes atteintes d’un cancer du sein. Dans ce contexte, cette technologie peut démontrer beaucoup plus rapidement sa valeur ajoutée.”

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