"Catastrophique", alerte le Qatar: pourquoi la fermeture de Bab el-Mandeb pourrait faire encore plus de dégâts que celle d’Ormuz
Le Qatar alerte sur les conséquences d’un blocage du détroit de Bab el-Mandeb, désormais directement menacé par l’avancée des rebelles houthis. Moins important qu’Ormuz pour les seuls hydrocarbures, ce passage constitue en revanche une artère vitale pour l’ensemble du commerce entre l’Europe et l’Asie.
Après le détroit d’Ormuz, un autre verrou du commerce mondial menace de se refermer. Le Qatar a averti ce mardi qu’une fermeture du détroit de Bab el-Mandeb, situé entre le Yémen et la Corne de l’Afrique, aurait des conséquences "catastrophiques" pour l’économie mondiale.
"Le monde souffre suffisamment de la fermeture du détroit d'Ormuz, nous ne pouvons pas nous permettre d'ajouter celle de Bab al-Mandeb à cette équation (...). Les conséquences seraient catastrophiques", a affirmé Ibrahim Al Hashmi, un responsable du ministère des Affaires étrangères, lors d'un point presse. "Le Qatar pousse donc pour la diplomatie et le dialogue".
Cette mise en garde intervient alors que les rebelles houthis, soutenus par l’Iran, ont progressé jusqu’aux abords du détroit. Ils ont notamment atteint la ville yéménite de Dhubab et pris le contrôle de l’île de Perim, située au milieu du passage maritime, selon plusieurs sources citées par Reuters. Leur capacité à menacer les navires circulant entre la mer Rouge et l’océan Indien s’en trouve considérablement renforcée.
Les tensions ont déjà commencé à faire reculer la navigation. Selon les données de Kpler, 21 navires ont franchi Bab el-Mandeb lundi, contre 28 la veille. Deux pétroliers saoudiens ont par ailleurs été pris pour cible par les Houthis, qui accusent Riyad de violer leur blocus maritime.
Ormuz transporte davantage de pétrole mais...
À première vue, Bab el-Mandeb semble moins stratégique que le détroit d’Ormuz. Ce dernier est le premier point de passage pétrolier au monde : environ 20,9 millions de barils de pétrole et de produits pétroliers y transitaient chaque jour au premier semestre 2025, selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie.
Bab el-Mandeb en accueillait alors environ quatre fois moins. Ses flux ont toutefois fortement augmenté avec les difficultés rencontrées dans le golfe persique, passant de 3,7 millions de barils par jour début 2025 à environ 5,4 millions au printemps 2026. L’Arabie saoudite utilisait notamment son oléoduc est-ouest pour transférer du pétrole vers le port de Yanbu, sur la mer Rouge, et contourner ainsi Ormuz.
Pour les hydrocarbures, Ormuz reste donc nettement plus important. Mais Bab el-Mandeb pourrait provoquer des perturbations plus étendues, car il ne constitue pas seulement un passage énergétique : il commande l’accès méridional à la mer Rouge et, par conséquent, au canal de Suez.
Pétrole, gaz, conteneurs, automobiles, vêtements, engrais, céréales ou composants électroniques empruntent cette route entre l’Asie et l’Europe. En temps normal, environ 12% du commerce mondial passe par le canal de Suez et la mer Rouge. La proportion atteint près de 30% pour les grands porte-conteneurs.
Un coût qui a triplé
Une fermeture de Bab el-Mandeb ne supprimerait pas totalement cette circulation, contrairement à Ormuz pour une grande partie des exportations du Golfe. Mais elle obligerait les navires à contourner l’ensemble du continent africain par le cap de Bonne-Espérance. Ce détour peut ajouter une dizaine de jours, voire davantage, à un trajet entre l’Asie et l’Europe, tout en augmentant la consommation de carburant, les frais d’équipage, les primes d’assurance et le nombre de navires nécessaires pour transporter une quantité identique de marchandises.
Le choc potentiel serait très important. Après les premières attaques houthies en mer Rouge à partir de la fin de 2023, le trafic du canal de Suez avait chuté de 42% en quelques semaines, selon les données de la CNUCED. Le coût du transport de certains conteneurs avait été multiplié par trois, provoquant des retards d’approvisionnement jusque dans les usines automobiles européennes.
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