L'Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie ont signé, vendredi 7 août 2026 à La Mecque, un accord de défense qui engage les trois pays à se soutenir en cas d'attaque. Ce rapprochement entre trois puissances régionales sunnites, toutes alliées des États-Unis, intervient alors que les conflits et les tensions s'entremêlent au Moyen-Orient, de l'Iran au Yémen en passant par le détroit d'Ormuz.

Publié le : 07/08/2026 - 21:45Modifié le : 07/08/2026 - 21:51

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L'accord a été signé par le prince héritier saoudien Mohammed ben Salman, le président turc Recep Tayyip Erdogan et le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif. Il réunit la puissance financière de l'Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole, la puissance militaire du Pakistan, seul pays musulman doté de l'arme atomique, et la Turquie, membre de l'Otan.

Une clause de défense collective

« Toute attaque armée contre l'un des trois États sera considérée comme une attaque contre eux tous », a précisé le ministère pakistanais des Affaires étrangères. La Turquie y voit de son côté une « contribution importante à la préservation de la paix » dans la région. Riyad et Ankara ont assuré que le pacte ne visait aucun pays de la région. L'Arabie saoudite a également nié tout lien entre cet accord et « des ambitions nucléaires », alors que la participation du Pakistan, puissance nucléaire, suscite des interrogations.

L'Arabie saoudite et le Pakistan étaient déjà liés depuis septembre 2025 par un accord de défense mutuelle, fruit d'une longue coopération militaire. Selon Xavier Guignard, chercheur français actuellement invité à l'Académie diplomatique saoudienne, cet accord avait été activé « après les bombardements iraniens contre le territoire saoudien, avec l'envoi d'avions de combat pakistanais stationnés en Arabie ». La Turquie rejoint désormais ce dispositif. Elle est par ailleurs « ​​​​​​​en train de devenir un partenaire privilégié de l'industrie de défense saoudienne », souligne Xavier Guignard au micro de Nicolas Falez pour RFI.

«C'est une extension du pacte de l'accord de défense pakistano-saoudien à la Turquie»

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Xavier Guignard, chercheur français actuellement invité à l’Académie diplomatique saoudienne

Nicolas Falez

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Pourquoi cet accord maintenant ?

Selon une source proche de l'armée saoudienne interrogée par l'AFP, le projet était « en discussion depuis longtemps », mais « les récents développements dans la région en ont accéléré le rythme ». Au début de l'année, la participation de la Turquie semblait encore écartée, selon Riyad. Pour Xavier Guignard, la guerre menée ces derniers mois en Iran par les États-Unis et Israël a notamment eu pour conséquence de « mettre à nu » le manque de « dissuasion militaire et diplomatique » de l'Arabie saoudite.

Sur le plan diplomatique, l'Égypte, le Pakistan, la Turquie et l'Arabie saoudite avaient parallèlement constitué ce que le chercheur décrit comme un « ​​​​​​​quartet islamique », destiné à « ​​​​​​​peser régionalement dans les négociations de sortie du conflit ». Le nouvel accord de défense constitue, selon lui, une forme de synthèse entre ces dimensions militaire et diplomatique, mais cette fois sans l'Égypte.

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Plusieurs lectures du rapprochement

Pour Xavier Guignard, « cette alliance ne se fait pas contre les États-Unis », les trois partenaires étant bien vus à Washington. Il ne considère pas non plus ce rapprochement comme un « contre-modèle » face à l'Iran qui « serait vu comme puissance chiite expansionniste ». Selon lui, l'accord conclu ce 7 août 2026 réunit surtout les « ​​​​​​​principaux acteurs » économiques, démographiques et militaires de la région afin de peser face à « ​​​​​​​ce qui est vu comme la confrontation deux tendances expansionnistes, israélienne et iranienne ».

De son côté, le gouvernement turc a assuré que l'accord « ​​​​​​​n'est pas en contradiction » avec les engagements internationaux existants de la Turquie, notamment au sein de l'Otan, et l'a présenté comme « ​​​​​​​un mécanisme de coopération complémentaire qui vient soutenir la sécurité régionale ».

D'autres experts interrogés par l'AFP mettent en avant d'autres dimensions de ce rapprochement. Pour Andreas Krieg, spécialiste de la sécurité au King's College de Londres, cet accord est « ​​​​​​​l'un des signes les plus clairs à ce jour que le Moyen-Orient s'éloigne d'un ordre sécuritaire organisé exclusivement par les États-Unis ». Il estime que Riyad cherche à diversifier sa défense et à devenir le parrain de la sécurité régionale, tandis qu'Ankara et Islamabad cherchent à gagner en influence et à attirer des investissements saoudiens.

Oumar Karim, spécialiste de l'Arabie saoudite à l'université de Birmingham, pense pour sa part que ce rapprochement est « clairement orienté contre l'Iran ». Selon lui, il répond à la stratégie de Téhéran visant à accroître son influence dans le Golfe et à contrôler le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz et celui de Bab el-Mandeb.

Alors que l'Iran verrouille de nouveau le détroit d'Ormuz, les Houthis, soutenus par Téhéran, menacent aussi la navigation en mer Rouge et à Bab el-Mandeb. Téhéran dit parallèlement s'être accordé avec Oman sur un nouvel itinéraire dans Ormuz. Les Houthis ont également visé l'Arabie saoudite, notamment ses infrastructures pétrolières, et Riyad les a accusés vendredi d'un bombardement à Najran ayant fait 11 blessés civils.

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