Le 6 octobre dernier, et même si le chiffre a été largement discuté, la manifestation lycéenne avait réuni quelque 4 000 jeunes dans les rues de Toulon. Une semaine plus tard, le défi était énorme pour les organisateurs : faire aussi bien, sinon mieux, pour prouver que le mouvement ne s’essouffle pas. Peine perdue, selon une représentante de la CGT, « le cortège a compté jusqu’à 2000 personnes au plus fort de la manifestation ».

Denis, le représentant du mouvement, n’a pourtant pas ménagé ses efforts pour mobiliser, galvaniser les troupes. Avec quelques camarades pour ce Ve acte de la mobilisation lycéenne. Mais ses plans matinaux ont été déjoués et les policiers ont très rapidement retiré la corde qui entravait le portail de l’établissement toulonnais. Casquette de policier américain sur la tête, Denis invite alors les lycéens à le rejoindre sur les marches du lycée. « Venez, n’ayez pas peur ! On va bloquer les portes avec nos corps. Ne soyez pas les soumis de cette société », harangue-t-il. En vain. « Aux armes ! Aux armes ! Nous sommes les lycéens. Et nous allons bloquer ». Adapté à la cause lycéenne, l’hymne de l’OM n’aura pas plus d’effet.

Certains camarades passent tout de même les grilles de l’établissement. « Mes parents m’ont mis la pression pour ne pas rater les cours », explique, penaude une lycéenne. « Il y a le bac à la fin de l’année, Parcoursup… Il ne faut pas se louper », glisse Lilou, qui avait participé aux précédents blocus.

À chaque étape, le cortège grossit

Les représentants syndicaux présents hier à Toulon l’ont rappelé : « Les revendications lycéennes font écho à ce que nous dénonçons depuis de nombreuses années ».
Les représentants syndicaux présents hier à Toulon l’ont rappelé : « Les revendications lycéennes font écho à ce que nous dénonçons depuis de nombreuses années ».
CAMILLE DODET / Nice-matin Nice-matin Nice-matin

Qu’à cela ne tienne. Encadrée par les syndicats FSU, CGT, FO, Unsa et Sud Solidaires, la manifestation est bien organisée et le parcours dans les rues de Toulon, qui vise à agglomérer un peu plus de monde à chaque étape, est millimétré. Ainsi, une demi-heure après avoir quitté Bonaparte, le cortège, ouvert par une banderole intersyndicale qui affirme « LycéenNEs - EtudiantEs - Personnels, mêmes combats », arrive à la faculté de droit où une petite centaine d’étudiants vient grossir les rangs. « Pour qu’étudier reste un droit et ne devienne pas un privilège », glisse Louis, leur porte-parole.

Encore une demi-heure et les manifestants arrivent devant le lycée Dumont d’Urville. « On est là Dumont, descendez ! », s’époumone Denis au micro. Avant d’enchaîner en interpellant la direction de l’établissement : « La direction, soit vous laissez sortir les élèves, soit vous démissionnez. Vous êtes des tyrans ! » Et de scander : « Libérez Dumont ! Libérez Dumont ! » Quelques minutes plus tard, Léonie, la porte-parole du lycée énumère les problèmes rencontrés dans un établissement qui compte quelque 2 500 élèves : « On manque d’AESH (accompagnants d’élèves en situation de handicap, Ndlr). Idem pour les infirmières qui ne sont que deux. On a des toilettes dans un état déplorable. L’isolation l’est également. On a eu des rats et des cafards dans les cuisines… » A chaque dysfonctionnement évoqué, la foule des lycéens manifeste bruyamment son mécontentement.

Les syndicats ont aussi des revendications

Denis, mégaphone en main et casquette de policier américain sur la tête, n’a pas ménagé ses efforts pour mobiliser, galvaniser ses camarades lycéens.
Denis, mégaphone en main et casquette de policier américain sur la tête, n’a pas ménagé ses efforts pour mobiliser, galvaniser ses camarades lycéens.
CAMILLE DODET / Nice-matin Nice-matin Nice-matin

Il est temps pour le cortège de reprendre la route. Direction le lycée du Parc Saint-Jean, dernière étape de ce Ve acte, avant le retour en centre-ville. À 11 h, quelques classes, dont les professeurs étaient absents, sont autorisées à sortir sous les acclamations. Mais les élèves semblent moins concernés. « C’est quoi le but de la manifestation ? », demande l’une d’elles, avant de s’éloigner avec des camarades pour aller déjeuner…

À la fin du rassemblement, les représentants des syndicats de l’Éducation nationale ont tenu à prendre la parole. « Nous, personnels de l’Éducation nationale, pensons non seulement que ces revendications sont légitimes, mais qu’elles font également parfaitement écho à ce que nous dénonçons depuis de nombreuses années », avertit Marion Barthelat, pour le syndicat Sud Educ 83 Solidaires. Alors que Rolando Galli (FO Enseignement) appelle « à ne rien lâcher », affirmant que « le rapport de force est en notre faveur ».