Cette illustratrice transforme le passeport de son père disparu en capsule de souvenirs - Creapills
Plutôt que de laisser le passeport périmé de son père au fond d’un tiroir, Radhika Chitalia a choisi de peindre directement sur ses pages. Visas, tampons d’immigration et espaces restés vierges accueillent désormais des illustrations à la gouache, transformant ce document administratif en une capsule intime consacrée aux voyages accomplis comme à ceux qui n’auront jamais lieu.
Originaire d’Inde et installée à Copenhague, Radhika Chitalia travaille comme designer indépendante, illustratrice et artiste. Entre identités visuelles, projets éditoriaux et créations personnelles, elle développe un univers détaillé, nourri par les miniatures mogholes, les traditions populaires indiennes et l’exploration des émotions. Vous pouvez aller découvrir son univers sur son compte Instagram.
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Seize pages pour prolonger ses voyages
Son père aimait voyager et projetait de parcourir le monde avec son épouse une fois à la retraite. Après sa disparition, son passeport est resté rangé pendant plusieurs années. Lorsque l’artiste l’a retrouvé en triant ses affaires, elle n’a pu se résoudre ni à le jeter ni à le conserver tel quel.
Une première peinture réalisée spontanément en a entraîné une autre, jusqu’à recouvrir les 16 pages du document. Baptisé « P455PORT », le projet fait cohabiter les traces des déplacements passés avec de nouvelles images : portraits, figures de cartes à jouer, figues, insectes ou encore maison flottant sous un ciel nocturne se glissent autour des tampons de Singapour, de Thaïlande et de Maurice.
Chaque composition conserve ainsi une partie de l’histoire originale du passeport tout en lui ajoutant un nouveau récit. Les pages vierges que son père n’a pas eu l’occasion de remplir deviennent le support de voyages imaginaires, peints sans commande, sans contrainte et sans autre public initial que l’artiste, sa mère et sa sœur.
Un document administratif devenu œuvre familiale
Cette liberté rapproche le carnet d’un journal intime. Radhika Chitalia y retrouve la précision des miniatures mogholes, leurs couleurs profondes et leur goût du détail, mais aussi les mondes intérieurs qui traversent l’ensemble de son travail. Le passeport n’est donc pas dissimulé sous la peinture : ses numéros, ses visas et ses marques d’usure restent visibles, comme les différentes couches d’un même souvenir.
L’expérience l’a depuis conduite à peindre sur d’autres documents ayant appartenu à son père, notamment des bulletins scolaires et des certificats. En partageant progressivement son travail sur les réseaux sociaux, elle a montré comment un objet associé à l’absence pouvait changer de fonction sans perdre son histoire : le passeport ne permet plus de franchir des frontières, mais il continue de faire voyager la mémoire.
À l’échelle d’un pays, le passeport peut lui aussi devenir un terrain d’expression. Là où Radhika Chitalia mêle voyage et mémoire familiale, le ministère des Affaires étrangères belge transforme ce document en vitrine culturelle avec le passeport belge illustré par Tintin, Lucky Luke et les Schtroumpfs, dont les dessins participent aussi à sa sécurisation.















