Épuisés par des actes de vandalisme répétés et dénonçant une lourdeur administrative asphyxiante, l'administrateur délégué Didier Culot et les bénévoles de l'ASBL "A Montquintin" ont jeté l'éponge le 30 juillet dernier. Dans la foulée, la députée-bourgmestre de Rouvroy, Carmen Ramlot, a annoncé son intention de proposer la rupture du bail emphytéotique de 75 ans, signé en 1995, pour réintégrer le site dans le giron communal et lancer un plan de consolidation d'urgence. Une initiative vivement rejetée par Didier Culot. Désormais, le château se retrouve au cœur d'un bras de fer politique et juridique où chaque partie se renvoie la balle.

Face à cette escalade, le cabinet de la ministre wallonne du Patrimoine, Valérie Lescrenier, et l'AWaP recadrent fermement les débats. Il faut dire que le site n'est pas n'importe quelle ruine locale : classé comme monument dès 1972 et comme site en 1973, Montquintin figure depuis 1996 sur la liste très sélective du Patrimoine immobilier exceptionnel de Wallonie. "Un statut prestigieux qui implique des devoirs stricts", rappelle-t-on du côté des autorités régionales.

Concernant la querelle immobilière qui fait rage à Montquintin, l'AWaP s'en lave les mains : l'agence wallonne précise n'être en rien concernée par le bail emphytéotique liant la commune de Rouvroy à Didier Culot et son épouse. En revanche, sur le terrain scientifique et technique, la tutelle régionale entend faire respecter son autorité. Au vu du classement exceptionnel, tous les travaux engagés (qu'il s'agisse de fouilles archéologiques ou de consolidation des maçonneries) doivent impérativement être soumis à l'avis et à l'autorisation préalable de l'AWaP.

"Les procédures n'ont pas toujours été respectées"

Une rigueur qui semble avoir fait défaut lors de certains chantiers menés ces dernières années par les bénévoles. Dans un communiqué, l'AWap ne manque d'ailleurs pas de piquants vis-à-vis des griefs de "lourdeur administrative" formulés par l'association. Par rapport à ces manquements, l'AWaP a dressé une amende administrative. Didier Culot a d'ailleurs introduit un recours.

Mélanie Scheuren, porte-parole au cabinet de la ministre Valérie Lescrenier, met les points sur les i : "Le Cabinet de la ministre du Patrimoine et l'AWaP sont très attentifs à ce dossier car les procédures patrimoniales n'ont pas toujours été respectées par l'ASBL et certaines font aujourd'hui l'objet de poursuites administratives."

Outré par ces déclarations, Didier Culot rajoute :

"Dans le chef de l'AWaP, il y a manifestement une méconnaissance du dossier. L'AWaP pose son diagnostic sur de prétendus avis de la Commission royale des Monuments Sites et Fouilles. C'est une commission qui siège à Liège et qui ne donnent que des avis consultatifs et non pas décisionnels. Or, cette commission n'est jamais venue sur le site ! Elle ne possède des renseignements que sur base de ce que l'AWaP veut bien lui transmettre", explique-t-il.

Et la porte-parole de la ministre, Mélanie Scheuren, complète : "La Commission Royale des Monuments, Sites et Fouilles rend des avis consultatifs. Elle n'a pas d'obligation de se rendre sur place mais le fait en fonction des dossiers et, dans ce cas-ci, nous n'avons pas d'information sur le fait qu'un ou plusieurs de ses membres se soient effectivement rendu ou pas sur le site.

Début juillet 2026, la Commission a donc examiné le dossier de Montquintin et estime que les éléments portés à la connaissance de la Commission font apparaître, de manière répétée, de graves manquements tant au respect du cadre légal qu'aux exigences scientifiques et déontologiques qui doivent présider à toute intervention sur un bien classé et sur un site archéologique d'une telle importance".

Un dialogue de sourds ?

Toutefois, l'heure ne semble pas être à l'escalade définitive ou au blocage punitif. La Région souhaite avant tout éviter que le château ne devienne la victime collatérale de ce conflit.

"Le cabinet de la ministre et l'AWaP se tiennent à la disposition des différentes parties pour trouver une solution permettant de préserver et valoriser le site, à la hauteur de sa reconnaissance patrimoniale exceptionnelle", temporise et conclut Mélanie Scheuren, tout en réaffirmant le préalable indispensable : "Cela devra se faire en respectant scrupuleusement les procédures patrimoniales en vigueur et en veillant à la rigueur scientifique et technique des opérations à mener."

Pour que le promontoire de Montquintin retrouve sa sérénité, il faudra d'abord réapprendre à dialoguer, et surtout… repasser par la case administrative !

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