Après trois ans de conflit israélo-palestinien, déclenché par l’attaque terroriste du Hamas du 7 octobre 2023, dans la bande de Gaza, sous le feu d’une guerre sans fin, d’un cessez-le-feu non respecté, le bilan humain est lourd : plus de 74 000 Palestiniens ont été tués, dont plus de 21 600 enfants. Et plus de 75 % des victimes sont des femmes et des enfants.

Comment expliquer ces pertes civiles ? Parce qu’elles font partie intégrante des frappes ciblées, elles sont anticipées par Israël, selon le documentaire Naza de Yuval Abraham et Rachel Szor, oscarisés l’an dernier pour No Other Land, sur la violence d’État dans la politique d’occupation et d’expulsion systématique d’Israël en Cisjordanie.

Description du mode opératoire de l’offensive

Le titre Naza renvoie à l’acronyme militaire hébreu pour "nezek agavi", qui veut dire : "dommages collatéraux". L’État israélien légitime et norme un désastre humain : l’armée israélienne a fixé cinq niveaux de dégâts, des seuils de « NAZA » soit de nombre autorisé de civils tués, considérant la population, même les enfants donc, comme complice présumée du Hamas. Selon une source, l’autorisation aurait été donnée de tuer 500 « NAZA » pour cibler un seul membre du Hamas. Dans la bande de Gaza, l’optique d’Israël est la même que celle de l’armée américaine lors de la guerre du Vietnam, avec son décompte controversé du "body count", celui des "corps ennemis", qui ne distinguait pas parmi les morts les soldats des populations, intégrant des civils non armés.

Youtube PlaceHolder

Ce contenu est bloqué car vous n'avez pas accepté les cookies et autres traceurs.

En cliquant sur « J’accepte », les cookies et autres traceurs seront déposés et vous pourrez visualiser les contenus (plus d'informations).

En cliquant sur « J’accepte tous les cookies », vous autorisez des dépôts de cookies et autres traceurs pour le stockage de vos données sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

Vous gardez la possibilité de retirer votre consentement à tout moment en consultant notre politique de protection des données.
Gérer mes choix

Le dispositif du film Naza est simple. Sur le toit d’un immeuble de Tel Aviv, de nuit, 24 témoins, la voix altérée, la silhouette découpée en ombre sur le ciel nocturne de la ville éclairée, pour préserver leur anonymat et garantir leur sécurité. Ils témoignent depuis l’intérieur sur le ciblage assumé des civils.

Tous, militaires et agents du renseignement de l’armée israélienne, s’exprimant la plupart avec détachement et indifférence – « mon rôle est technique » ; « je ne suis qu’un petit rouage » –, détaillent le mode opératoire de l’offensive sur Gaza. L’usage de l’intelligence artificielle pour identifier des cibles présumées du Hamas, le bombardement de bâtiments ou de quartiers entiers faute de pouvoir localiser précisément des chefs, leur surveillance téléphonique et celle de leurs proches, les frappes de nuit dans des quartiers densément peuplés.

Israël crie à la « trahison »

Naza, produit par le journal britannique The Guardian et le réalisateur Jonathan Glazer (La Zone d’intérêt), paraît venir étayer les motifs de la Cour pénale internationale, qui a émis un mandat d’arrêt à l’encontre du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou en 2024, pour « crimes contre l’humanité et crimes de guerre », estimant qu’il porte une responsabilité pénale pour diriger une attaque contre la population civile et faire de la famine une méthode de guerre.

Le film décrit en détail les systèmes derrière le massacre de civils palestiniens à Gaza par Israël. Photo The Guardian/MK2

Le film décrit en détail les systèmes derrière le massacre de civils palestiniens à Gaza par Israël. Photo The Guardian/MK2

Au sujet de Naza, les autorités israéliennes ont crié à la « trahison » et menacé de retirer leur nationalité israélienne aux deux réalisateurs, Yuval Abraham et Rachel Szor. Tsahal a dénoncé un documentaire « déformé, trompeur et malhonnête », niant tout seuil d’approbation de 500 civils tués, affirmant que l’IA n’a jamais sélectionné de cibles de manière autonome et que les décisions finales relèvent de commandants humains, avec distinction obligatoire entre combattants et civils.

Naza évoque une officine de renseignement non officielle affidée au Premier ministre Benjamin Netanyahou, qui se livre à des manœuvres douteuses pour discréditer les organisations internationales de défense des droits humains potentiellement hostiles aux dirigeants politiques israéliens.

Durée : 1 h 17