Le cadre n'a pas changé, mais c'est pour la première fois en tant que coach que Nina Derwael (26 ans) nous a reçus ce mercredi, dans la salle d'entraînement du Topsporthal de Gand, pour parler de sa nouvelle vie.

Quinze mois après avoir annoncé la fin de sa carrière de gymnaste de haut niveau, la championne olympique 2021 des barres asymétriques, qui a bouclé dimanche dernier son premier… semi-marathon, définit encore les contours d'un nouvel équilibre professionnel et personnel.

À quoi ressemble, aujourd'hui, une journée dans la vie de Nina Derwael ?

Ce sont des journées quand même assez longues et bien remplies. En fonction du programme, je dirige deux ou trois entraînements par jour, dès 8 h. Le midi, généralement, je rentre chez moi soit pour travailler, parce que je poursuis des études de management dans le sport de haut niveau, soit pour préparer des conférences, car j'interviens de temps à autre dans des entreprises. Avec Thibau, mon mari, nous sommes aussi en train de faire des rénovations, cela prend du temps, et si, pour la fédération, il faut élaborer des programmes, préparer des choses, faire des réunions, ce genre de choses, je m'en occupe à ce moment-là. Ensuite, il y a un deuxième entraînement, de 15 h 45 jusqu'à 19 h 00. Il est environ 19 h 30, le soir, quand je rentre à la maison. Je fais alors la cuisine, je m'occupe du chien et parfois je travaille encore un peu avant d'aller dormir. Pour le moment, je n'ai même plus le temps de danser, une autre de mes passions.

BRUSSELS, BELGIUM - DECEMBER 09 : King Philippe presents Nina Derwael with the insignia of Grand Officer of the Order of Leopold. This honorary distinction crowns the exceptional career of the famous Belgian gymnast, notably her titles of Olympic champion (1x), world champion (2x) and European champion (4x) on the uneven bars and balance beam on December 9, 2025 in Brussels, Belgium, 09/12/2025 ( Photo by Didier Lebrun / Photonews
La Limbourgeoise avait reçu du Roi les insignes de Grand Officier de l'Ordre de Léopold. ©DLE

Vous n'avez jamais eu peur de l'après-carrière, de ce qui allait venir à la fin de votre parcours de sportive ?

J'ai quand même pris un peu de temps pour moi après avoir annoncé que j'arrêtais. D'abord parce que j'avais vraiment besoin de respirer un peu et de faire ce dont j'avais envie : passer du temps avec mes amis et ma famille, prendre de belles vacances avec ma maman, en Thaïlande, pendant trois semaines, ce qui m'a fait beaucoup de bien ! Ensuite, je devais réfléchir à ce que je voulais faire à présent. J'ai commencé à entraîner un peu, d'abord juste trois fois par semaine, avec un entraînement quotidien, et cela m'a plu. J'ai eu envie d'en faire davantage et aujourd'hui le coaching représente 75 % de mon temps.

Nina Derwael met un terme à sa carrière avec le sourire : "J'ai le sentiment d'être en paix"

Quand avez-vous eu le déclic ?

J'avais déjà senti, lors des dernières années de ma carrière, que l'envie d'entraîner était en moi. Un jour, après une compétition assez moyenne, j'ai dit à Thibau que ça m'amusait plus d'aider les jeunes de l'équipe et de les voir faire une belle prestation que de faire la compétition moi-même. À ce moment-là, je me suis dit que je n'étais peut-être plus à la bonne place. Après ma médaille d'or européenne à la poutre, il est alors devenu clair pour moi que je ne pourrais plus faire mieux. La vie de sportive de haut niveau étant très exigeante, je savais que j'allais devoir m'entraîner encore plus et je ne savais pas si mon corps allait tenir. En outre, avec les nouveaux talents émergents dans le monde entier, il allait être très difficile d'aller encore chercher une médaille mondiale. Tous ces éléments m'ont confortée dans l'idée que c'était le bon moment pour arrêter. Et 15 mois plus tard, je suis toujours en paix avec cette décision.

Belgian gymnast Nina Derwael holds a press conference regarding her retirement as a professional athlete, Wednesday 16 July 2025 in Gent. 2020 Olympic champion Derwael announced her retirement from the sport. BELGA PHOTO KURT DESPLENTER
La médaillée d'or de Tokyo a annoncé la fin de sa carrière en juillet 2025.

Vous n'êtes pas tentée de vous y remettre en étant ici dans la salle d'entraînement ?

(Elle rigole) Non, vraiment pas. De temps en temps, sur le trampoline, je joue un peu ou je montre parfois un mouvement ou un exercice, mais quand je suis sur une compétition avec les athlètes, je suis contente de ne plus devoir passer.

Justement, vous étiez présente en tant que coach à la manche de Coupe du monde en Hongrie, le mois dernier. Comment s'est déroulée cette première expérience internationale de l'autre côté de la barrière ?

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Aujourd'hui, je suis dans la transmission, c'est gai de pouvoir partager mon expérience avec les athlètes.

C'était très amusant, j'ai vraiment apprécié ! J'accompagnais Sien Ghekiere, l'athlète senior sous ma responsabilité (les autres que j'entraîne sont des juniors), et c'était assez stressant, mais d'une autre manière. Parce qu'il faut pouvoir se dire : 'la préparation est faite, maintenant c'est à l'athlète de jouer', et on a le sentiment un peu désagréable qu'on ne peut plus vraiment aider. Mais c'est très chouette de retrouver un environnement connu, avec les mêmes personnes, et de retrouver l'atmosphère de la compétition. Aujourd'hui, je suis dans la transmission, c'est gai de pouvoir partager mon expérience avec les athlètes et de les accompagner vers là où ils veulent aller.

Nina Derwael Sien Ghekiere
Nina Derwael s'occupe notamment de Sien Ghekiere. ©Instagram

On ne devient pas riche avec la gymnastique. Vivez-vous quand même confortablement ?

guillement

J'ai tiré le maximum de ma carrière financièrement parlant aussi.

J'ai la chance d'avoir encore deux contrats de sponsoring qui courent toujours. Mes émoluments de coach à la fédération flamande sont ce qu'ils sont, et j'ai ces présentations publiques pour lesquelles je suis payée, mais j'ai certainement bien fait d'avoir constitué une petite réserve pendant ma carrière. C'est ce qui nous permet de rénover un peu la maison. Je pense que j'ai tiré le maximum de ma carrière financièrement parlant aussi. Mais si on compare avec les stars américaines de la gymnastique qui ont fait les Jeux, ce n'est pas grand-chose. Quand j'entends quels montants elles reçoivent pour une vidéo ou une collaboration, c'est fou. Mais la taille du marché est évidemment différente.

Où vous voyez-vous dans quelques années avec votre diplôme en gestion dans le sport de haut niveau ?

Je ne sais pas encore. Pour l'instant, j'aime beaucoup le coaching et je veux continuer à progresser. Peut-être que dans cinq ou huit ans, je me dirai que je veux m'impliquer d'une autre manière. En tout cas, ces cours, que je suis à distance, me semblaient mieux adaptés à ma nouvelle vie que les études que j'avais entreprises précédemment. Après ma demi-année sabbatique, je ne me voyais pas retourner sur les bancs de l'école.

Lors des conférences que vous donnez, quel message faites-vous passer ?

Cela dépend un peu du public. En général, je reviens sur mon expérience dans le sport et sur la manière dont mes responsabilités ont évolué au cours de ma carrière, sur ce que j'ai appris et sur ce que les autres peuvent en tirer. Les dernières années, j'ai pris personnellement les choses en main et j'ai eu le courage de prendre un autre chemin. Même quand les gens ne croyaient plus en moi, j'ai priorisé mes envies et mon plaisir, quitte à faire les choses différemment et à surprendre.

Voyez-vous beaucoup de parallèles entre le monde du sport de haut niveau et le monde de l'entreprise ?

Oui, de plus en plus. En tant qu'athlète, on est très bon dans l'exécution, mais parce que c'est toujours la même chose, tu n'y penses même plus. Au travail aussi, beaucoup de gens sont enfermés dans une routine, ne se rendent pas compte de la plus-value qu'ils incarnent et en oublient leur créativité. Et puis, il y a la gestion du stress qui est semblable, chacun étant jugé sur la qualité de son travail, sur le respect des délais, etc.

La course à pied est arrivée dans votre vie aussi, avec un 10 km à Malines et à présent, le semi-marathon de Hasselt.

Oui, le sport occupe évidemment une grande place dans mon cœur. L'une de mes amies m'avait dit que lorsque j'arrêterais, on ferait un semi-marathon ensemble et voilà, on l'a fait ! Pendant ma carrière, je ne pouvais pas courir longtemps sans avoir mal aux genoux ou aux chevilles, et ce n'était pas vraiment conseillé. N'ayant jamais couru plus de 5 km, j'ai donc dû bien me préparer, avec des séances très progressives de type Start 2 Run, avant d'augmenter le volume.

Nina Derwael
Nina Derwael est désormais une adepte de la course à pied. ©Instagram

Quel chrono avez-vous réalisé ?

Vous voulez le résultat de Strava ou le chrono officiel de l'organisation ? Sur mon Strava, c'était 1h59.15 et pour l'organisation, 2h00.53. Écoutez, j'ai fait de mon mieux ! C'était une belle expérience mais à deux kilomètres de l'arrivée, j'ai quand même commencé à réévaluer tous mes choix de vie (rires). Je me disais : 'Allez, un pied devant l'autre'. Heureusement ma copine m'a bien encouragée. On est au troisième jour après le semi, et c'est la première fois que j'arrive à prendre un escalier. Un marathon ? Non, je ne pense pas. Thibau, qui est kiné, m'a dit clairement que je ne devais pas venir me plaindre chez lui si je m'aventurais à en faire un.

Cet été, on a célébré les cinq ans de votre titre olympique. Y avez-vous pensé ?

On me l'a rappelé parce que j'ai reçu une demande d'interview. Et je me suis dit que le temps passait vite ! Même si cela semble encore très proche. À chaque fois que j'y repense, je me dis que c'était un superbe moment, même s'il souffre de la comparaison avec mes derniers Jeux, à Paris, vu qu'il n'y avait pas ce sentiment de fête. La famille n'était pas là, les amis n'étaient pas là, c'était une autre expérience à cause du coronavirus.

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Les souvenirs, les sensations, sont-ils encore très frais dans votre mémoire ?

Oui, je me souviens avoir bien dormi, j'étais assez relax le jour de la finale. J'avais connu une très bonne semaine avec les qualifications, la finale de l'équipe, la finale all-around, j'ai pu faire mon exercice trois fois en étant très stable, ce qui m'a donné confiance. Le stress est alors monté quand le programme a pris du retard et qu'on ne savait pas quand on allait pouvoir passer. Mais toutes les planètes étaient alignées en ce qui me concerne : j'avais fait tout ce que je voulais avant d'arriver au Japon, j'étais prête et je savais que c'était l'opportunité d'une vie. Je n'avais plus qu'à faire de mon mieux.

Avant cela, les championnats du monde vous ont aussi apporté beaucoup de joie.

Oui, je garde de très bons souvenirs des qualifications de l'équipe à Stuttgart en 2019, de mon premier titre mondial à Doha en 2018, et bien sûr de ma première médaille mondiale, en bronze, l'année précédente à Montréal. À l'opposé, je reste un peu triste d'avoir manqué les Mondiaux à Anvers, en 2023, en raison de ma blessure à l'épaule. Après Tokyo, ces Mondiaux à domicile étaient une des raisons qui m'avaient poussée à continuer.

Les Mondiaux de Rotterdam vont s'ouvrir avec des espoirs de finale côté belge. Comment voyez-vous les choses ?

Je pense que c'est une équipe très intéressante, avec un bon mélange d'expérience avec Lisa (Vaelen) et Jade (Vansteenkiste), et de jeunesse avec Liese (Vieuxtemps) et Mie (De Wilde), sans oublier Naomi (Descamps) qui a déjà de l'expérience, mais pas au niveau mondial. Donc je suis très curieuse de voir quelle sera la dynamique dans l'équipe. Lisa et Jade continuent à franchir des étapes, et Lisa fera pour la première fois son nouveau saut dans un championnat. À l'entraînement, tout semble aller bien. En tout cas je vois une équipe qui continue à grandir en prévision des Mondiaux 2027 où la qualification olympique pourrait se jouer.

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