L’abandon du projet d’ouverture de Fifa Forward Enterprise (FFE) est une « victoire pour l’ensemble du football » mais ne doit pas « marquer la fin de l’histoire ». Sous-entendu : l’UEFA ne compte pas lâcher les baskets de Gianni Infantino, bien que le patron de la Fifa a annoncé dans la nuit dans un communiqué le retrait de son projet visant à créer une société ouverte aux investisseurs privés et chargée de gérer les activités commerciales et événementielles de l’instance, y compris la Coupe du monde.

Dans son communiqué publié samedi, la puissante instance qui réunit 55 fédérations européennes a sèchement taclé le président de la Fifa, affirmant que l’Italo-Suisse avait perdu sa confiance. A moins d’un an de la fin de son mandat et de l’élection de mars 2027 pour laquelle il est pour l’instant seul candidat, l’UEFA a accusé M. Infantino d’avoir renié ses engagements avec ce « projet miteux, opaque et fomenté en coulisse », affirmant qu’il avait « perdu la confiance » de l’instance comme « de nombreux autres membres de la famille du football ».

Vidéo

Craintes de marchandisation du football

Sa proposition, révélée mardi 28 juillet à la surprise générale, a été massivement rejetée au niveau mondial, surtout par l’UEFA qui avait menacé jeudi « à l’unanimité » de ne pas participer aux prochaines compétitions de la Fifa, y compris le Mondial, si le projet était mené à terme.

Lire aussi

« Après avoir écouté attentivement tous les points de vue, il est devenu clair que le projet a créé des divisions (…) qui ne sont plus dans l’intérêt de l’objectif initial », a finalement reconnu Gianni Infantino dans la nuit de vendredi à samedi, fragilisé face à l’opposition de nombreuses fédérations et après la démission de son conseiller principal, Carlos Cordeiro.

« La proposition a été rejetée. La tâche consistant à rétablir la confiance dans la Fifa ne fait que commencer », a martelé samedi l’UEFA. L’instance, dirigée par le Slovène Aleksander Ceferin, considérait ce projet comme une tentative d’Infantino de « vendre une part de la Coupe du monde » à des investisseurs privés, faisant craindre une marchandisation du football sur fond de soupçons de conflit d’intérêts.

« Tout sauf transparent »

« Si l’on vend les joyaux du football à des investisseurs privés, on vend également une partie de ce sport - et surtout son âme », avait de son côté commenté l’ex-président de la Fifa Sepp Blatter. Dans son communiqué, l’UEFA s’en prend directement à Infantino, en affirmant qu’il avait, avant son élection en 2016, prôné la transparence et assuré que l’argent de la Fifa était celui des associations membres.

« Il n’a pas tenu ces deux promesses », accuse l’UEFA. « Le projet miteux, opaque et fomenté en coulisse qu’il a tenté d’imposer par la force était tout sauf transparent. » L’abandon de ce projet doit, selon l’UEFA, mener à la création d’une « nouvelle méthode de répartition des ressources par le biais du programme Fifa Forward existant » en utilisant une partie des fonds de réserve de l’instance, évalués à 5 milliards de dollars.

Lire aussi

« Nous devons commencer à utiliser une partie de cet argent qui dort sur le compte bancaire de la Fifa pour donner l’élan dont le football a besoin dans chacun des 211 pays membres de la Fifa. Mais nous n’avons pas besoin de brader nos bijoux de famille pour financer cela », écrit-elle.

« Une forme de chantage »

« Le futur du football mondial doit toujours être organisé autour des consultations appropriées, du dialogue collectif et du respect pour les structures de gouvernance de notre sport », avait réagi plus tôt le président de la Confédération asiatique (AFC), Shaikh Salman. La Concacaf, composée de 41 fédérations d’Amérique du Nord, centrale et des Caraïbes, avait de son côté « rejeté la proposition ».

Les confédérations africaine et océanienne se sont montrées moins critiques, appelant leurs associations membres à « examiner » et à « évaluer » le projet. Quant à la Conmebol sud-américaine, celle-ci a demandé des précisions, appelant à « placer toujours le football au-dessus de tout autre intérêt ».

Lire aussi

Parmi les potentiels investisseurs, les détracteurs du plan avaient repéré le fonds d’investissement Thrive Eternal, créé par Joshua Kushner, le frère du gendre de Donald Trump, alors que Gianni Infantino a régulièrement affiché sa proximité avec le président américain. Lors du Mondial, le patron de la Fifa a fait l’objet de nombreuses critiques, notamment lors du choix d’annuler le carton rouge du joueur américain Folarin Balogun pour lui permettre de disputer le huitième de finale contre la Belgique.

Si le projet avait vu le jour, chacune des fédérations membres de la Fifa aurait pu recevoir une enveloppe exceptionnelle de 20 millions de dollars début 2027 et voir passer sa dotation sur la période 2027-2030 de 8 à 20 millions de dollars. « Une forme de chantage », avait estimé vendredi la présidente de la Fédération norvégienne Lise Klaveness, affirmant que la Fifa « n’avait pas besoin de cet argent ».