DÉCRYPTAGE Crue dévastatrice au Népal et au Tibet : le phénomène derrière ce cataclysme naturel pourrait-il se produire en France ?
Au moins 1 500 personnes sont toujours recherchées et 400 décédées, jeudi 27 août, après une coulée de boue dévastatrice survenue la veille à la frontière du Népal et du Tibet. Les scientifiques étudient plusieurs hypothèses, toutes liées aux glaciers, pour expliquer cette catastrophe naturelle et humanitaire. Mais cet événement pourrait-il se produire en France ? Midi Libre a interrogé un spécialiste.
La vague, dévastatrice, a tout englouti sur son passage. Ce puissant torrent chargé de boue et de débris a dévalé à grande vitesse mercredi 26 août au matin les deux côtés de la frontière montagneuse du Népal et du Tibet, laissant derrière lui un paysage de ruines.
Au lendemain du drame, les deux États ne cessent de rehausser leur bilan humain. Alors que 1 500 personnes sont encore recherchées, les scientifiques, eux, s’activent pour comprendre les causes de ce cataclysme humain et environnemental.
Différentes pistes étudiées
Déjà, plusieurs théories émergent. Simon Cox, scientifique à l’institut néo-zélandais GNS Science interrogé par l’AFP, penche pour l’hypothèse de "l’effondrement glaciaire". Un bloc de glace se serait "détaché d’un glacier à environ 5 200 mètres d’altitude" et aurait chuté "dans une vallée" en contrebas pour se transformer "en une masse déchaînée de débris avant de se précipiter à travers le canyon", expose-t-il.
Le glaciologue Olivier Gagliardini, contacté par Midi Libre, soutient plutôt la piste d’un "énorme glissement de terrain" charriant plusieurs "centaines de millions de mètres cubes". Une partie de la montagne se serait "effondrée à l’endroit où est le glacier, et ce dernier serait parti avec la montagne", avance-t-il, après avoir analysé "les images satellites" de la zone sinistrée.
New satellite imagery provides a harrowing look at the aftermath of recent flooding in Nepal and Tibet. pic.twitter.com/vqud4N0TwR
— Brady Africk (@bradyafr) August 27, 2026
Dans ce scénario, l’origine glaciaire "est moins évidente" mais pas à écarter pour autant, prévient le professeur à l’Université Grenoble-Alpes (UGA) : "A 5 000 mètres d’altitude, ces glaciers perdent plus de masse qu’ils n’en gagnent. L’eau qu’ils produisent reste bloquée dans les sols et met des fractures en pression. Potentiellement, au bout d’un moment, ça finit par faire un glissement de terrain".
"Un nombre de victimes bien plus important" en France
Quel que soit le phénomène à l’origine de cette catastrophe, le résultat reste le même : des villages rasés de la carte et un paysage à jamais marqué. Ce visage de désolation absolue n’est pas sans rappeler, dans une moindre mesure, la crue torrentielle qui a ravagé à l’été 2024 le hameau alpin de la Bérarde, en Isère.
Les 20 et 21 juin 2024, la combinaison de fortes précipitations, d’une fonte nivale importante et de la vidange du lac du glacier de Bonne Pierre avait provoqué une crue exceptionnelle du torrent des Étançons. En quelques instants, la coulée de boue avait détruit ou enseveli la majorité de ce haut lieu de l’alpinisme, heureusement évacué.
Si les chaînes montagneuses françaises sont moins impressionnantes que celles qui hérissent l’horizon himalayen, le risque glaciaire n’est donc pas à négliger. "Au Tibet et au Népal, ces phénomènes vont être 100 fois plus massifs que ceux dans les Alpes. Par contre, les vallées alpines sont très urbanisées, peuplées et, surtout, beaucoup plus proches des glaciers. Si un événement se produit, on pourrait donc se retrouver avec un nombre de victimes bien plus important", développe Olivier Gagliardini.
Les conséquences du changement climatique
Il suffit de regarder dans le passé pour comprendre l’ampleur du risque. Le 12 juillet 1892, une poche d’eau retenue dans le glacier de Tête-Rousse (Haute-Savoie) se libère de son barrage de glace. Près de 100 000 m³ d’eau se déversent brutalement dans la vallée en contrebas, prenant la vie de 175 habitants de la commune de Saint-Gervais-les-Bains.
Ce phénomène naturel a un nom : la "vidange brutale de lac glaciaire". Comme le précise Olivier Gagliardini, "il s’agit du deuxième type de risque lié aux glaciers", avec le phénomène de rupture glaciaire suspecté d’avoir causé la crue au Népal.
Et, sous l’influence du changement climatique, ces risques glaciaires augmentent en France. "Quand vous augmentez la température de l’atmosphère, vous faites fondre un peu plus les glaciers et cela augmente le nombre d’aléas et potentiellement leur ampleur", résume le glaciologue.
Cette situation pose de nouveaux défis pour les communes des Alpes situées en aval de ces géants blancs. En juin, la mairie de Pralognan-la-Vanoise ainsi que la préfecture de Savoie ont été contraintes de vidanger un lac glaciaire de 1,2 hectare qui menaçait la commune de 721 habitants. Mais voilà : cette retenue d’eau titanesque, alimentée par la transpiration des glaciers, n’existait même pas en 2020.
"Les évolutions liées au changement climatique en montagne sont compliquées à appréhender", reconnaît Olivier Gagliardini, qui invite à toujours rester "humble" face à la force des glaciers.
Quels risques dans les Pyrénées ?
Les glaciers de montagne des Pyrénées sont parmi les plus méridionaux d’Europe. La plupart de ces géants blancs ont disparu, ou il ne reste d’eux que de courtes langues de glace et des cirques glaciaires. Ceux subsistants sont situés entre le Balaïtous à l’ouest et le mont Valier à l’est.
Présentent-ils un risque naturel équivalent à ceux des Alpes ? Pas selon l’expert : "S’il reste quelques glaciers dans les Pyrénées, il n’y a pas de glacier à risque vraiment identifié", fait-il savoir.