Alès célèbre, aujourd'hui, le centenaire de son changement d’orthographe, officialisé par décret le 29 juillet 1926. Anciennement "Alais", la ville des Cévennes a adopté cette nouvelle graphie pour revenir à ses racines latines "Alestum". Malgré cela, l’ancienne orthographe persiste sur certains monuments locaux.

Cent ans tout pile. Alès vient de fêter un anniversaire peu commun puisque, avant de porter ce nom par un décret le 29 juillet 1926, la capitale des Cévennes en a longtemps porté un autre : Alais. Une orthographe qui continue d’apparaître, que ce soit sur le monument aux Morts ou bien les arènes du Tempéras. Mais d’où venait ce mystérieux ai ?

Alestum, Alest, Alez, Alais…

Au XVIIe siècle, la capitale des Cévennes porte plusieurs orthographes : "Alest", ou encore "Alez", issus du latin "Alestum". En 1629, au moment de la signature de la Paix d’Alais par Louis XIII, un scribe aurait écrit "Alais" en suivant la phonétique (le t d’Alest étant muet, et le z d’Alez se prononçant ès). En Cévennes, on aime bien dire qu’il s’agit d’une erreur, mais ce n’est pas le cas. À l’époque, il n’existe pas encore de norme orthographique réellement fixée. L’Académie française, fondée quelques années plus tard, ne diffusera que progressivement une orthographe commune. L’orthographe "fautive" aurait ensuite été reprise dans les documents officiels jusqu’à s’imposer durablement.

L’historien Bernard de Fréminville, auteur des trois tomes d’Alais – Dictionnaire encyclopédique historique, toponymique, anecdotique et biographique, rappelle d’ailleurs que "le nom francisé le plus ancien de la ville est bien Alès, celui d’Alais ne s’étant imposé qu’au XVIe siècle, par suite, dit-on, d’une erreur de transcription". Une explication qui continue d’alimenter les débats chez les passionnés d’histoire locale.

Une histoire d’accent

Au XVIIe siècle, l’orthographe est loin d’être fixée. L’Académie française, créée en 1635 par Richelieu sous Louis XIII, n’a pas encore imposé de règles communes. Selon les provinces, un même mot peut s’écrire de plusieurs façons. Sur certaines cartes anciennes, la ville apparaît sous la forme Alez, avec un "z" final, tandis que d’autres documents mentionnent Alais. À cette époque, les scribes cherchent surtout à retranscrire la prononciation. Le son "è" est alors fréquemment noté "ai", comme dans de nombreux mots de l’ancien français. Ce n’est qu’au fil des siècles que l’accent grave s’impose progressivement pour traduire ce son.

D’Alais en Alès

Au début du XXe siècle, la Société scientifique et littéraire d’Alais estime qu’il est temps de revenir à "l’écriture d’origine".

Le mouvement ne naît pourtant pas en 1926. Dès 1914, la municipalité engage une campagne pour retrouver l’orthographe "Alès". Un combat porté notamment par le professeur Artigues et Alcide Blavet, alors président de la Société scientifique d’Alais. Il faudra finalement douze ans pour que le Conseil d’État autorise officiellement ce retour. "Des changements de nom de villes, il n’y en a pas des masses…", soulignait récemment Bernard de Fréminville à Midi Libre.

La Société scientifique et littéraire d’Alais rappelle que la prononciation n’a jamais changé (le s final ayant toujours été prononcé), et avance également une origine plus ancienne du nom de la ville probablement latinisée : Alestum, avec un e.

Un changement de nom qui fait parler de lui à Paris

Le conseil municipal cévenol suit cette demande. Un vote a lieu le 3 mars 1926, et le 29 juillet, un décret officialise définitivement ce retour.

Le changement ne fait toutefois pas l’unanimité. Dans son édition du 23 août 1926, le quotidien parisien Le Temps ironise sur cette "crise d’archaïsme moyenâgeux". "On ne voit pas en quoi Alais blessait la pudeur", écrit notamment le journal, qui juge ce retour inutile et moque les Alésiens pour leur volonté de retrouver une orthographe plus ancienne. Un siècle plus tard, cette polémique prête surtout à sourire.

Un simple accent grave met alors fin à près de trois siècles d’une orthographe qui continue, aujourd’hui encore, de surprendre certains Alésiens au détour d’une rue.