L’intersaison. Une période ô combien importante pour l’Academy, le centre de formation de l’AS Monaco. Les nouvelles jeunes recrues de 15 ans posent leur valise à la Diagonale tandis que les plus âgés reprennent doucement le chemin de l’entraînement. Mais avant ces mouvements estivaux, vient l’heure des choix. Des choix bien souvent difficiles pour le club de la Principauté.

En fin de saison dernière, l’AS Monaco – comme tous les clubs professionnels en France – a publié une liste de joueurs libérés de leurs obligations avec l’Academy. Plus d’une dizaine de footballeurs en herbe qui se retrouvent sans contrat et qui doivent rebondir. Le rêve de signer un contrat professionnel (dans l’immédiat) avec l’AS Monaco s’éloigne, les doutes s’installent et il faut rapidement retomber sur ses pattes. Retrouver un club devient une nécessité.

Mais pour l’AS Monaco, pas question de lâcher dans la nature leurs ex-protégés. « Nous accordons beaucoup d’importance aux joueurs qui arrivent en fin de parcours », assure Sébastien Muet, directeur de l’Academy, qui parle même de « responsabilité ».

Atelier CV, psychologie, bienveillance…

« Quand vous accompagnez un jeune joueur pendant deux-trois ans, vous avez une responsabilité affective. En tant que directeur du centre, je veux maintenir cette responsabilité. Il est important d’être bienveillant et d’aimer les garçons qui sont là. Oui, le système fait que tous n’ont pas la chance de continuer leur parcours à l’AS Monaco. Mais notre devoir, c’est de leur permettre de poursuivre leurs rêves », assume-t-il.

Par-delà les mots, le club de la Principauté a développé plusieurs actions concrètes pour préparer au mieux ces futurs ex-pensionnaires. « Il y a toute une cellule d’accompagnement au moment de prendre des décisions. Cela commence dès le mois de février », introduit Séabstien Muet. « Entre le 15 février et le 30 mars, on prépare ces joueurs à la décision. Cela se fait en collaboration avec notre psychologue, nos médecins, nos entraîneurs et éducateurs. La décision est généralement annoncée à la fin du mois de mars. On prend le temps de la motiver, avec des éléments formels, pour accompagner dans la bienveillance », explique le directeur de l’Academy.

Une fois que le jeune est assuré de ne pas pouvoir passer un cap avec l’AS Monaco, tout un processus est mis en place pour lui permettre de rebondir. « On leur dispense des ateliers de création de CV. Nos analystes vidéos leur proposent également de récupérer des images pour qu’ils puissent créer des montages de matchs. Dans le même temps, il y a toute une série d’entretiens avec nos éducateurs, la famille du joueur, leurs agents… pour penser l’après. Je veux que ceux qui partent aient un plan A, un plan B et un plan C. C’est une priorité pour nous », énumère Sébastien Muet, qui rappelle que « le football est un village ».

« Si un joueur arrête le football, ça serait l’un de mes pires échecs »

De ce fait, « il y a très vite des échanges qui se font ». « Des transferts de documents avec différents clubs, dont la fameuse liste des joueurs libérés. Certaines équipes nous contactent, car ils ont des candidatures d’anciens de l’Academy. L’objectif pour nous, c’est d’avoir 100 % des jeunes qui retrouvent un club lorsqu’ils nous quittent. Si un joueur qui quitte le centre arrête le football, ça serait l’un des pires échecs que je pourrais avoir dans ma carrière. Souvent, les joueurs veulent se maintenir au plus haut niveau et n’acceptent pas forcément de redescendre un peu. Mais ce sont des projets qu’ils acceptent en septembre », déroule-t-il.

Une fois accompagnés, les footballeurs sont laissés en autonomie. « Pour qu’ils apprennent à se débrouiller, dans une situation inhabituelle. Pour leur dire : "Ça fait trois ans que ta vie au petit-déjeuner c’est descendre un étage et manger tes trois pancakes. Mais non. La vie peut un peu changer". »

Avec un tel travail et une telle philosophie, l’Academy se targue d’excellents résultats quant à ses joueurs partants. Depuis qu’il est à la tête du centre de formation [2021, NDLR], Sébastien Muet l’assure avec fierté : « Aucun jeune ayant quitté le centre de formation n’a arrêté le football. »