Comme chaque matin, Marie, fromagère à Bruxelles, emprunte le même chemin pour se rendre au travail. Arrivée au travail, ses habitudes sont bien rodées: d'abord une tasse de café, puis direction le comptoir. Et si les clients semblent ici comme chez eux, c'est bien parce que Marie tient la boutique depuis près de 48 ans: "J'ai bientôt 74 ans. Je pourrais déjà être à la retraite mais j'ai décidé de la postposer ", assure-t-elle, "ça me permet de passer le temps principalement et de ne pas me tourner les pouces. "

Notre septuagénaire est loin d'être un cas isolé.

Au cours des six premiers mois de l'année, 2,03% des travailleurs avaient 66 ans et plus. Ils n'étaient qu'1,6% un an plus tôt. Une progression de près de 25%, rapportée vendredi par Acerta, spécialiste belge des ressources humaines. Les raisons: le nouveau bonus pension, avec effet rétroactif au 1er janvier dernier, mais pas seulement.

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Le fait de continuer à travailler me permet de rester en contact avec les autres. Je pense que si j'étais restée chez moi, j'aurais peut-être davantage eu ce sentiment d'être mise de côté

Beaucoup de personnes prolongent leur activité parce qu'elles prennent plaisir à exercer leur métier, souhaitent conserver des contacts sociaux ou encore maintenir une routine quotidienne, révèle une récente étude de NN, compagnie d'assurance néerlandaise active en Belgique. "Le fait de continuer à travailler me permet de rester en contact avec les autres. Je pense que si j'étais restée chez moi, j'aurais peut-être davantage eu ce sentiment d'être mise de côté ", témoigne Marie.

Plus de contacts, plus d'activité et une bonne recette contre l'ennui. Pour Bernard Fusulier, sociologue du travail, cette tendance s'explique principalement par une profonde évolution de notre société: "Avant, les étapes étaient assez clairement définies: on était jeune, on étudiait. Adulte, on travaillait. Âgé, on se reposait", confie l'expert. "Cela ne fait plus vraiment sens dans la société actuelle. Aujourd'hui, les étudiants travaillent pour des raisons économiques, mais aussi sociales. Les adultes travaillent tout en étant parents. Dès lors, les retraités ne veulent plus forcément être enfermés dans une seule case. "

Des motivations qui dépassent l'argent

Pour s'échapper de cette case isolée, tous les retraités actifs ne travaillent pas nécessairement contre rémunération, et leurs motivations diffèrent selon leur situation. Pour ceux qui continuent à percevoir un salaire, l'argent reste le premier moteur: 59% cherchent ainsi à compléter leurs revenus. Mais derrière l'aspect financier viennent les mêmes ressorts que chez les autres: garder un lien social, conserver un rythme de vie et rester maître de son emploi du temps.

Chez les bénévoles, la logique change. L'envie de "rendre quelque chose à la société" gagne du terrain et arrive en quatrième position parmi leurs motivations. Au total, 52% des retraités actifs interrogés par NN exercent une activité rémunérée, tandis que 48% donnent de leur temps sans être payés.

Et les indépendants ?

Pour les indépendants à la retraite, c'est un peu différent. "Il y a trois groupes", explique Colin Sanders, porte-parole de NN. "Il y a ceux qui continuent parce que leur pension est trop petite, ceux qui le font simplement parce qu'ils sont passionnés et, enfin, ceux qui veulent transmettre leur expérience aux générations suivantes."

Si le plaisir de travailler pèse presque autant chez les indépendants que chez les salariés, le partage des connaissances et de l'expérience prend une tout autre dimension chez les premiers: il est plus de trois fois plus cité par les indépendants retraités.

La volonté de rester maître de son emploi du temps est également davantage présente chez eux. Une liberté à laquelle Marie semble particulièrement attachée: "Je ne suis pas près de partir", conclut-elle, le sourire aux lèvres.

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