De "The Social Network" à "The Social Reckoning", le regard sur Facebook a changé
Jeudi 27 août, la juge fédérale américaine Yvonne Gonzalez Rogers a validé l'accord signé par 47 États américains avec Meta — le Texas ayant négocié son propre accord. Sans reconnaître ses torts, la maison-mère de Facebook et Instagram a accepté de débourser quelque 18 milliards de dollars pour éteindre les nombreuses plaintes qui, depuis 2023, accusaient le géant du numérique d'avoir sciemment provoqué l'addiction des adolescents à ses réseaux sociaux. L'accord prévoit également une série de mesures pour limiter l'accès à Facebook et Instagram aux 13-17 ans, notamment la nuit et durant les cours.
Déjà comparé à celui négocié en son temps avec les géants du tabac, cet accord vient clore un long bras de fer qui durait depuis plus de cinq ans, faisant suite aux révélations de la lanceuse d'alerte Frances Haugen. En 2021, cette employée de Facebook avait été à l'origine du scandale des "Facebook Files". La jeune femme avait fait fuiter à la presse américaine et internationale des centaines de documents montrant que Facebook avait consciemment conçu son algorithme, non seulement pour créer la dépendance chez ses utilisateurs, mais aussi pour favoriser la propagation des fausses informations et des discours haineux, au risque de fragiliser la confiance dans les institutions démocratiques. Au lendemain, notamment, du coup d'État manqué des partisans de Donald Trump, lors de la prise d'assaut du Capitole, le 6 janvier 2021.
Cette histoire des "Facebook File"s est au cœur même de The Social Reckoning, film très attendu qui sort ce 7 octobre sur nos écrans.
De tête à claques à milliardaire froid
En 2010, David Fincher signait, avec The Social Network, une excellente adaptation de La revanche d'un solitaire. La véritable histoire du fondateur de Facebook de Ben Mezrich. Sur un scénario d'Aaron Sorkin (scénariste brillant, connu notamment pour les séries À la Maison-Blanche et The Newsroom, mais aussi pour le script du Steve Jobs de Danny Boyle), le cinéaste racontait, en parallèle, la fondation de Facebook par un groupe d'étudiants d'Harvard et les procès intentés à Mark Zuckerberg par ses anciens camarades. Lesquels l'accusaient de s'être approprié la paternité de la plateforme. Avec plus de 200 millions de dollars au box-office mondial et trois oscars (scénario pour Sorkin, montage et musique) à la clé.
Addiction aux réseaux sociaux : Meta va payer plus de 16 milliards de dollars pour éviter les poursuites judiciairesSeize ans plus tard, Aaron Sorkin signe, seul, la suite. Intitulée The Social Reckoning, que l'on pourrait traduire par "l'heure des comptes" pour les réseaux sociaux. La figure de Mark Zuckerberg a bien changé depuis 2010. Dans The Social Network, Sorkin en faisait un ado imbuvable et totalement égocentrique, campé par un génial Jesse Eisenberg. Refusant d'être à nouveau associé à Zuckerberg, ce dernier a laissé sa place à Jeremy Strong.

Un film plus politique
Ces dernières années, l'acteur américain a enchaîné les incarnations marquantes. On a ainsi pu le voir dans la série Succession, Les Sept de Chicago de Sorkin et surtout face à Donald Trump dans The Apprentice d'Ali Abassi dans le rôle de l'avocat en Roy Cohn (qui lui a valu une nomination l'oscar du meilleur second rôle en 2025). Reste qu'à 47 ans, Strong a 10 ans de plus que Mark Zuckerberg au moment des "Facebook Files" et cela se voit à l'écran, si l'on en croit la bande-annonce du film. De quoi forger du patron de Meta une image austère, celle d'un milliardaire froid et calculateur, prêt à tout pour protéger sa boîte et conserver son pouvoir.
Mikey Madison, révélée à Cannes, sacrée aux BaftaPlus ouvertement politique que le premier volet, The Social Reckoning semble, au-delà de la personnalité de son fondateur, envisager les dangers que représente Facebook à l'échelle de la société américaine et mondiale. Le film se concentrera en effet sur le travail mené conjointement par Frances Haugen (campée par Mikey Madison, oscarisée pour Anora) et par le journaliste d'investigation du Wall Street Journal Jeff Horowitz. Celui-ci est interprété par l'excellent Jeremy Allen White, la star de la série The Bear et épatant dans le rôle-titre de Springsteen : Deliver Me from Nowhere, où il donnait déjà la réplique à Jeremy Strong…

Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.