"Il faut en parler et en reparler": mal accompagnée, la dépression post-partum est dangereuse pour la mère et les enfants
Publié aujourd'hui à 08h03
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Une mère et son bébé lors d'un voyage en train. (illustration) - Flickr - CC Commons
Le procès aux États-Unis de Lindsay Clancy, jugée pour un triple infanticide, met en lumière les enjeux autour de la santé mentale des mères. Ses avocats affirment qu'elle était atteinte d'une psychose puerpérale, un trouble rare qui est une urgence psychiatrique. La dépression du post-partum, plus commune, peut également avoir des conséquences dramatiques.
Cora, 5 ans, Dawson, 3 ans, et Callan 8 mois. Il s'agit des trois enfants de Lindsay et Patrick Clancy, retrouvés morts à leur domicile en 2023 aux États-Unis. Depuis fin juillet, leur mère est jugée pour ce triple infanticide, dans un procès qui divise l'Amérique.
Ce dernier met en effet en lumière les enjeux autour de la santé mentale des mères: les avocats de Lindsay Clancy estiment qu'elle ne peut pas être responsable pénalement de ces meurtres, car elle souffrait alors d'une psychose puerpérale. Sur les réseaux sociaux, de nombreuses femmes ont pris la défense de l'infirmière américaine, voyant dans l'affaire un symbole du manque d'accompagnement des femmes lors du post-partum.

La psychose puerpérale est un trouble rare qui survient le plus souvent dans les deux semaines après l'accouchement. Cet épisode psychotique est une urgence psychiatrique qui entraîne de forts risques de suicide et d'infanticide. Selon l'association Maman Blues, elle se manifeste par une incapacité à trouver le sommeil, des pertes de mémoire importantes, un état de forte agitation, des hallucinations, des sentiments d'incapacité, d'être menacée, des propos incohérents sur l'enfant...
10 à 20% des femmes touchées par la dépression du post-partum
Si les cas de psychoses puerpérales sont rares (une à deux femmes sur 1.000), la période périnatale (de la grossesse à la première année de l'enfant) est particulièrement sensible pour la santé mentale des femmes. La dépression du post-partum touche ainsi 10 à 20% des femmes après l'accouchement, selon les autorités sanitaires françaises.
Contrairement au baby blues, une baisse de moral passagère liée aux hormones et au bouleversement de vie que représente la parentalité, la dépression du post-partum est un trouble de l'humeur qui s'installe dans le temps.

Méconnue, sous-diagnostiquée... Une femme sur 6 touchée par la dépression post-partum
20:08
C'est ce qui est arrivé à Elise Marcende. Il y a 16 ans, alors enceinte de son premier enfant, elle développe un profond mal-être. Celui-ci prend la forme d'une anxiété "autour de tout": "la maladie, la peur de mourir, la grossesse...". "À l'arrivée de ma fille, je ne dormais plus, je ne mangeais plus, j'avais pris seulement quatre kilos pendant la grossesse", témoigne-t-elle.
Sa dépression s'aggrave après l'accouchement. "À la sortie de la maternité j'ai décompensé le jour même, je n'étais plus capable de prendre des décisions, j'étais dans un état de sidération", décrit-elle. Elise Marcende a alors pu être prise en charge pendant deux mois dans une clinique psychiatrique. Elle préside depuis 2017 l'association Maman Blues, qui aide les femmes faisant face à la difficulté maternelle.
Des conséquences sur la mère
Le diagnostic et la prise en charge de la dépression du post-partum sont primordiaux, car ce trouble peut avoir des conséquences très concrètes sur la mère et sur l'enfant.
Sur la mère, les symptômes peuvent prendre la forme d'une dépression classique: tristesse, fatigue, faible capacité d'attention, incapacité à trouver du plaisir, modification de l'appétit, troubles du sommeil... Ils peuvent aussi s'accompagner de troubles dans la relation avec le bébé: difficulté à s'attacher ou phobies d'impulsion par exemple.
Ces dernières sont des pensées intrusives: la mère s'imagine en train de faire du mal à l'autre, le bébé notamment, ou à elle-même. Mais, souligne Elise Marcende, à la différence de la psychose puerpérale, "il n'y aura pas de passage à l'acte" avec les phobies d'impulsion. Or, "ce qui empêche les femmes d'en parler c'est de penser qu'elles vont passer à l'acte".
Les conséquences peuvent être dramatiques sans prise en charge adéquate. En France, le suicide est la première cause de mortalité maternelle jusqu’à un an après la fin de la grossesse, selon l'enquête nationale confidentielle sur les morts maternelles 2016-2018, menée par l'Inserm et Santé publique France. Cela représente un suicide toutes les trois semaines en moyenne.
Des troubles pour le bébé également
Quant au bébé, il peut être affecté par l'absence d'attachement solide formé avec sa mère qui éprouve des difficultés à réagir à ses besoins en cas de dépression du post-partum, selon le site de l'Assurance maladie. Cette fragilité peut se traduire par des troubles du sommeil, un développement plus lent, des coliques plus régulières...
Lorsqu'elle est sortie de clinique, Elise Marcende a constaté que sa fille était également en difficulté: "elle présentait des troubles alimentaires, des troubles du sommeil, une plagiocéphalie (une déformation du crâne qui peut être liée à des positions, allongées notamment, trop prolongées, NDLR)…" Elle a pu intégrer avec son bébé une unité périnatale en hospitalisation de jour, afin qu'elles puissent être accompagnées ensemble.
"On n'en est pas sorties indemnes toutes les deux, mais ensuite on a pu créer un lien", affirme la présidente de Maman Blues.
En parler pour sensibiliser
Pour améliorer la prise en charge de cette pathologie, l'association plaide pour que les professionnels qui interviennent auprès des mères soient mieux formés à en détecter les signes.
Cela passe notamment par les facteurs de risque. Ils peuvent être liés aux conditions de vie (solitude, conflits conjugaux, manque de soutien du coparent, difficultés financières...), à un accouchement mal vécu, à des problèmes de santé de la mère ou encore à une séparation entre la mère et l'enfant, si le bébé présente des problèmes de santé par exemple. Mais la dépression du post-partum peut aussi survenir chez une femme qui ne présente aucune vulnérabilité apparente.
Elise Marcende voudrait aussi que le grand public soit plus informé sur la dépression périnatale: "il faudrait une campagne de sensibilisation pérenne", estime-t-elle. "Il faut en parler et en reparler."
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