Assouplir des normes de raffinage pour produire plus de carburants. C’est une des mesures qu’a proposées Emmanuel Macron à la Commission européenne pour « renforcer nos capacités d’import et de production à court terme », face à la crise des carburants en cours en France, où le gasoil a atteint 2,41 euros le litre en moyenne en France ce lundi selon un décompte de l’AFP. Dans une lettre envoyée à Bruxelles le 21 septembre et rendue publique par Les Échos, le président de la République incite donc l’UE à plancher sur un « assouplissement des spécifications européennes relatives à la qualité des carburants ». Autrement dit, il s’agit de baisser les exigences de qualité concernant certaines caractéristiques chimiques des carburants qui incombent aux raffineurs, pour leur permettre d’augmenter leur production. Gains de production espérés : « de 5 à 20 % », selon l’Élysée.

Cette pratique est-elle risquée pour la santé des véhicules ou la qualité de l’air ? « Ça ne change pas grand-chose », avance Thierry Bros, spécialiste de l’énergie et professeur associé à Sciences Po. « On l’a fait avant pour le kérosène au début de la guerre en Iran. » Dans sa lettre, Emmanuel Macron avance d’ailleurs qu’une telle mesure sur les carburants routiers a été mise en place durant la pandémie de Covid-19. Blandine Ruty, secrétaire générale de l’Union française des industries pétrolières (UFIP), se veut rassurante : « On a un tas d’hyperréglementations, donc on a de la marge pour soulager le processus de production sans mettre en péril la sécurité des consommateurs ni augmenter les effets polluants. Franchement, il n’y a aucun risque. »

« Ça pourrait prendre quelques semaines et pas des mois »

En revanche, sur les effets sur la productivité, Thierry Bros se montre « très sceptique » face à cette disposition. Selon lui, les hausses de production « se joueront à la marge », tout en reconnaissant que, dans un contexte de crise d’approvisionnement, « 2 % de plus, c’est toujours intéressant ». Loin des 20 % annoncés, donc. « C’est toujours ça de gagné parce qu’on avance dans un environnement contraint en termes de matières premières », rejoint Blandine Ruty, qui n’avance pas de projections chiffrées, mais analyse : « Ça permet de détendre la production, pas de faire augmenter significativement son volume. » Quant à la question des délais de mises en œuvre : « On n’est pas sur des mesures qui peuvent se mettre en place du jour au lendemain. S’il y a une vraie volonté politique de la Commission européenne, ça pourrait prendre quelques semaines et pas des mois », espère-t-elle.

Quoi qu’il en soit, cette mesure ne fera pas baisser les prix rapidement selon Thierry Bros, qui suggère une solution d’ordre fiscal : « Si Monsieur Macron veut agir sur quelque chose, il peut baisser les taxes, qui représentent 60 % du prix des carburants. »