C'est généralement à la fin de l'été que les fabriques d'église rentrent leurs budgets, pour un vote au conseil communal. En cas de besoin, la collectivité intervient pour ne pas se retrouver avec des résultats dans le rouge. Sauf que la volonté est d'atteindre l'autonomie financière, pour que l'activité ne représente plus une charge pour les citoyens.

La fusion des trois fabriques d'église de Mont-Saint-Guibert : "Un seul conseil, plus fort, plus stable et plus représentatif"

Comment font ces bénévoles pour générer des rentrées financières ? "Il y a un principe à respecter: une fabrique ne peut pas vendre une terre agricole qu'elle possède pour rénover l'église. Car cela reviendrait à de l'appauvrissement. Vendre du capital pour ce type d'intervention n'est pas acceptable au regard de la loi. Ce n'est pas une gestion prudente. Par contre, les revenus locatifs qui sont enregistrés dans le budget peuvent être utilisés pour l'entretien. C'est donc nettement mieux de faire en sorte d'augmenter ses revenus et d'éviter de dilapider. Sinon, à long terme, la fabrique se retrouve sans bien", explique Laurent Convent, responsable du service du temporel au sein du vicariat du Brabant wallon.

Trois grands facteurs entrent en ligne de compte. "Nous n'intervenons pas dans la composition des fabriques. Dans certaines, il y a de grands gestionnaires, qui réalisent des opérations destinées à augmenter le patrimoine et dégager des bénéfices. Avec le temps, elles sont ou deviennent autonomes pour le paiement du culte. Car elles doivent payer le logement du curé et pourvoir à ses dépenses. Si elles n'y parviennent pas, il y a ce qu'on appelle une intervention de secours de la Commune."

Sauf que dans d'autres fabriques, il y a beaucoup de bonne volonté mais moins de connaissances techniques. Sans vision stratégique, difficile d'aboutir à un résultat positif.

"Les compétences des fabriciens influencent le bon fonctionnement, mais aussi la localisation et enfin il y a les dons"

En plus, toutes ne sont pas logées à la même enseigne. C'est le deuxième facteur. "Il y a le facteur chance. Les fabriques d'église datent du 18e siècle, il y avait beaucoup de champs tout autour des édifices, qui leur appartenaient. Une partie de ces parcelles est devenue du terrain à bâtir. Sauf que le mètre carré ne se vend pas au même prix à Hélécine qu'à Wavre ou Lasne. Il y a moins d'effet de construction. Donc les compétences des fabriciens influencent le bon fonctionnement, mais aussi la localisation et enfin il y a les dons."

Ce troisième élément est aussi important qu'imprévisible. "Il arrive que dans son testament, une personne lègue une partie de ses biens à la paroisse, avec la condition de célébrer un certain nombre de messes par an en sa mémoire. C'est l'origine historique du patrimoine. Car finalement, rares sont les biens qui proviennent de la restitution du début du 19e siècle."

Autant dire qu'il y a autant de fabriques d'église que de réalités. Lors du dernier conseil communal d'Orp-Jauche, les interventions communales s'élevaient à chaque fois à 12 000 euros pour les budgets 2027 initiaux de trois fabriques. D'autres budgets sont plus petits, comme à la fabrique d'église Notre-Dame de Maransart (Lasne), avec des recettes pour 8 600 euros, dont 6 300 euros d'intervention communale. Par contre, sa voisine, la fabrique d'église Saint-Étienne à Ohain (Lasne), affiche 78 000 euros de recette, sans aide extérieure, pour aboutir à un boni de 41 000 euros. "Nous avons la chance d'être propriétaires de deux bâtiments, qui nous fournissent des loyers, explique le président de la fabrique, François Cornet. Nous devons les entretenir, ce qui représente un coût, mais nous restons en positif d'année en année."

Drone BW
La fabrique d'église Saint-Étienne à Ohain (Lasne), affiche 78 000 euros de recette, sans aide extérieure. ©EDA

La fabrique possède même un restaurant, qu'ils n'exploitent évidemment pas, mais perçoivent bien le loyer."Là aussi on a des frais, pour la mise aux normes de sécurité et autres. D'ailleurs, nous venons de récupérer un bien dans lequel vivait une personne âgée. Nous devons la remettre en état, ce qui nous oblige à contracter un emprunt sur 25 ans. Les comptes seront plus tendus à l'avenir."

Dans leur cas, l'église Saint-Étienne est propriété de la commune. Cela arrive, mais ce n'est pas forcément la règle générale. "Nous sommes propriétaires du mobilier, par contre, à l'intérieur de l'église."

À Rixensart, la fabrique d'église Saint-Étienne vient d'approuver son compte 2025 avec 50 000 euros de recettes (dont une intervention communale de 14 000 euros) pour aboutir à un boni de 29 000 euros. "Chez nous, les collectes durant les cérémonies représentent près de 20 000 euros par an. Nous percevons aussi le loyer pour un bien qui a été légué à la mort d'un des curés. Et puis il y a une salle que nous louons à une association, style centre culturel, qui nous apporte aussi un loyer fixe", détaille le trésorier, François Ferdin.

Activer le patrimoine, sans tomber dans l'excès

Église partagée, colocation, antenne Proximus et projet d'habitats légers, la fabrique d'église niloise fait preuve de créativité.

 L'église de Nil, partagée, n'est pas désacralisée et accueille donc toujours des cérémonies religieuses.
L'église de Nil, partagée, n'est pas désacralisée et accueille donc toujours des cérémonies religieuses. ©ÉdA

Du côté de la fabrique d'église Saint-Vincent et Saint-Martin à Nil, un véritable plan a été mis en place. Les membres sont particulièrement attentifs à cette gestion active et à la valorisation du patrimoine. "Nous avons deux églises et deux cures, avec une distance de 600 mètres entre les deux sites. On a décidé de partager l'une des deux pour des activités socioculturelles. Cela génère de petites rentrées, de quoi mettre le budget à l'équilibre après avoir payé les charges. Ce n'est pas une activité lucrative", précise Jean-Paul Blondeel, le président.

À Nil-Saint-Vincent, l'église se partage entre culte et culture

Par contre, il y a une dizaine d'années, au moment du remplacement de l'équipe de la fabrique, d'importants travaux de rénovation ont été effectués sur une cure pour en faire une colocation avec huit chambres. "C'est un grand bâtiment. Nous pratiquons des loyers modérés, pour des personnes souvent de passage, suite à un divorce ou autre. Sauf que les huit loyers mis ensemble, cela représente une belle rentrée financière. Attention, cela demande évidemment du temps pour la gestion. Si certaines fabriques s'en sortent mieux, c'est dans cette capacité de valoriser leur capital. Il n'y a pas de secret."

Dans le clocher de l'église Saint-Vincent, une antenne Proximus a été installée il y a plusieurs années. Ce n'est pas si rare que cela. "Avec l'indexation, on doit percevoir environ 13 ou 14 000 euros. C'est un montant conséquent."

Au niveau des terres agricoles, les baux sont très bas actuellement, estime-t-il. Un constat partagé par les autres fabriques. "Ce n'est pas très rentable, on perçoit peut-être 1 500 euros par an."

Prochainement, la fabrique espère valoriser une parcelle qui est urbanisable. "Plutôt que de la vendre ou de construire dans le style Thomas et Piron alors qu'on se trouve dans le cœur du village, on a opté pour de l'habitat léger, avance Jean-Paul Blondeel. Le but est de garder un aspect plus vert, naturel et moins envahissant pour le sol. L'idée serait de mettre en location le terrain pour cinq à six tiny-houses. Cela représenterait, là aussi, des recettes supplémentaires. On monte des projets innovants et qui ont du sens. On n'est pas là non plus pour maximiser le profit. Par contre, on a la responsabilité de devenir autonome, pour ne pas peser sur l'ensemble de la collectivité."

En 2025, la fabrique a accumulé 71 800 euros de rentrée financière, grâce à ces différents mécanismes.

Collégiale Sainte-Gertrude, une autre exception

Les monuments classés représentent un véritable casse-tête pour les fabriciens. Même à Nivelles, malgré l'attrait touristique.

Drone BW
La Collégiale Sainte-Gertrude dans le centre de Nivelles. ©EDA

Laurent Convent, responsable du service du temporel au sein du vicariat du Brabant wallon, épingle encore une difficulté supplémentaire rencontrée dans certains cas : les églises classées au patrimoine wallon. "Les églises comme à Ramillies se retrouvent presque toutes avec des frais importants. Elles sont en quelque sorte victimes de ce classement." Chaque intervention se transforme en obstacle administratif et puis budgétaire.

Nivelles : neuf soirées "son et lumière" autour de Sainte-Gertrude

À Nivelles, la collégiale Sainte-Gertrude est concernée par la problématique, avec toutefois une réalité bien spécifique. "Nous possédons quatre maisons unifamiliales qui ont parfois été léguées au XVIIIe siècle. Les locations nous permettent d'obtenir des rentrées financières. Pour la partie touristique, nous avons un contrat avec l'office du tourisme. En ce qui concerne les billets vendus pour des visites guidées, une partie est utilisée pour le fonctionnement et une autre nous revient, relève Jean-Paul Étienne, le président de la fabrique. Il n'y a pas de miracle, on fait ce qu'on peut pour gérer nos biens de la manière la plus pratique possible. Comme tout gestionnaire."

Le budget 2027 affiche 336 000 euros de recettes ordinaires dont 238 000 euros provenant de la Commune. "Nous avons des rentrées mais elles sont insuffisantes pour atteindre l'autonomie. Il faut se rendre compte que l'entretien d'un bâtiment comme la collégiale coûte très cher. Bien sûr, comme il s'agit d'un monument exceptionnel, nous bénéficions de l'intervention de la Région wallonne, et la Ville aussi nous aide."

Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.