Dengue, chikungunya, virus du Nil occidental: faut-il s'inquiéter des cas en France hexagonale?
D'après Santé publique France, 70 cas autochtones de ces maladies tropicales ont été identifiés cet été. L'augmentation des contaminations est particulièrement rapide pour le virus du Nil occidental. Déjà présent dans le sud de la France, il a été repéré dans des départements où il ne circulait pas jusqu'à présent. Une extension géographique qui va devenir de plus en plus courante pour ces virus transmis par les moustiques.
Publié le : 28/08/2026 - 19:17
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Éclairage de Rachel Bellone, chercheuse à l'unité Arbovirus et insectes vecteurs de l'Institut Pasteur, et Didier Fontenille, entomologiste médical et directeur de recherche à L'Institut de recherche pour le développement (IRD).
RFI : Comment ces virus sont-ils transmis à l'homme ?
Rachel Bellone : Le virus du Nil occidental [appelé aussi West Nile, NDLR] est transmis à l'Homme par le moustique Culex pipiens, l'espèce la plus commune dans l'Hexagone. Le moustique est lui-même infecté après avoir piqué des oiseaux contaminés par le virus.
Didier Fontenille : De nombreux oiseaux sont impliqués. Il peut s'agir d'oiseaux migrateurs ou d'oiseaux résidents. En France hexagonale, ce sont les corneilles, les moineaux, les étourneaux.
Rachel Bellone : Une fois que l'Homme est contaminé, en revanche, sa virémie - son potentiel de contamination - n'est pas suffisamment élevée pour contaminer d'autres moustiques comme c'est le cas pour le chikungunya ou la dengue. Dans ces deux cas, il y a un cycle humain-moustique. C'est le moustique tigre, qu'on reconnait à ses rayures noires et blanches, qui en est le vecteur. À la différence du moustique Culex, qui est endémique en France hexagonale, le moustique-tigre, lui, est invasif.
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Quels sont les symptômes de ces virus ?
Didier Fontenille : Le virus du Nil occidental, comme la plupart des arbovirus qui donnent des maladies chez l'Homme, sont asymptomatiques. Dans l'immense majorité des cas, on ne se rend pas compte d'avoir été infecté. Dans une petite proportion des cas, il peut y avoir des microhémorragies, mais surtout des signes neurologiques qui peuvent aboutir, dans les cas très graves et très rares, à des formes d'encéphalites ou de méningites.
Rachel Bellone : C'est aussi de là que vient le problème. Si une personne contaminée mais asymptomatique donne son sang ou un de ses organes, elle transmettra le virus au receveur qui lui pourra développer des formes graves. La dengue, elle aussi, est souvent asymptomatique. Elle peut être associée à un état fébrile et des formes de fièvres hémorragiques. Le chikungunya lui est symptomatique dans 80 % des cas et on lui associe de fortes douleurs articulaires, souvent handicapantes et qui se prolongent dans le temps.
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Faut-il s'inquiéter de la circulation de ces virus dans l'Hexagone ?
Didier Fontenille : Les scientifiques qui travaillent sur le virus West Nile pensent que la transmission va augmenter en Europe et en France hexagonale dans les années à venir. On l'observe déjà dans les pays voisins de l'Europe depuis une dizaine d'années, en particulier en Italie et dans l'Europe de l'Est. On est à 30 cas repérés cette année en France pour le moment. Et il est probable que de plus en plus d'humains soient touchés, pour deux raisons. Premièrement à cause du changement climatique, et deuxièmement à cause de la multiplication des oiseaux en ville avec la végétalisation des espaces urbains qui leur fournissent des habitats favorables (et également pour les moustiques). Il y aura donc de plus en plus de contacts entre moustiques, oiseaux, humains et virus.
Rachel Bellone : On s'attend aussi à une augmentation des cas autochtones de chikungunya et de dengue, en rapport avec l'évolution du climat, mais aussi avec le déplacement des populations. L'année dernière, on a eu une grosse épidémie de chikungunya à La Réunion, forcément cela impliquait une forte transmission dans les zones tropicales et une forte circulation avec le retour des voyageurs en France hexagonale. Cette année, il y a une épidémie en cours en Guyane et quelques cas encore dans l'océan Indien, mais globalement l'activité reste modérée.
Didier Fontenille : On s'attend également à une augmentation de ces deux virus à cause de la multiplication des zones où le moustique tigre va être présent. Nous avons fait des études de modélisation en fonction des changements climatiques qui montrent qu'entre 2035 et 2055, le moustique-tigre sera présent dans tous les départements français et dans la plupart des communes du pays.
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