La chaîne de restauration rapide McDonald’s ajoutera mardi deux boissons fruitées à base de Red Bull à ses menus canadiens. Si le lancement est « reporté temporairement » au Québec, où la vente de boissons énergisantes aux moins de 16 ans sera interdite dès décembre, l’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ) s’inquiète de voir ces produits s’ajouter à l’offre de la chaîne, particulièrement populaire auprès des jeunes.

« Dans un monde idéal, il ne devrait pas y avoir de boissons énergisantes vendues au McDo. Ça rajoute un autre point de vente à ces boissons déjà très, très, très accessibles. C’est une source de préoccupations d’un point de vue de santé publique », soutient Marie-Jeanne Rossier-Bisaillon, nutritionniste et directrice des dossiers d’habitudes de vie à l’ASPQ.

Lundi, McDonald’s a annoncé en grande pompe sur ses réseaux sociaux l’arrivée de deux boissons fruitées à base de Red Bull dans toutes ses succursales au Canada à compter de mardi. Questionnée par Le Devoir, la multinationale a vite précisé que les consommateurs québécois devraient patienter avant de pouvoir en commander.

« À la lumière des récents changements apportés à la catégorie des boissons énergisantes au Québec, nous reportons temporairement le lancement dans cette province jusqu’à ce que nous ayons une compréhension complète des exigences réglementaires applicables », écrit dans un courriel l’équipe des relations médias de McDonald’s Canada.

Rappelons que le projet de loi 9, adopté à forte majorité à l’Assemblée nationale en juin, vise à interdire la vente de boissons énergisantes aux jeunes de moins de 16 ans à compter de décembre prochain.

La loi a vu le jour après des interventions publiques des parents du jeune Zachary Miron, décédé en 2024 en raison d’une interaction entre une boisson Red Bull et son médicament d’ordonnance pour traiter son trouble du déficit de l’attention.

Concrètement, dès décembre, les jeunes qui voudront acheter ces produits devront donc montrer une pièce d’identité prouvant qu’ils ont l’âge requis. Les modalités d’application de la loi dans les points de vente existants n’ont toutefois pas encore été précisées.

« McDonald’s Canada s’engage à respecter pleinement l’ensemble des règlements provinciaux applicables », soutient de son côté la multinationale.

Un risque pour la population en général

Pour l’ASPQ, l’arrivée de ces produits chez McDonald’s demeure préoccupante. Même si le lancement est pour l’instant reporté au Québec, il n’a pas été abandonné. Et même si la multinationale empêche les moins de 16 ans de s’en procurer, c’est la vente même de ces boissons à haute teneur en caféine dans les McDonald’s qui pose problème, selon l’association.

« Même si c’est interdit aux moins de 16 ans en décembre, ça reste que ce ne sont pas non plus des boissons recommandées pour les personnes de 16 ans et plus. […] Ces boissons devraient être consommées de manière très modérée par toutes les tranches de la population et ne pas se retrouver entre les mains des jeunes », soutient Mme Rossier-Bisaillon.

Malgré ses réserves, la nutritionniste voit au moins d’un bon œil la décision de McDonald’s de retarder le lancement au Québec. Ce geste démontre que l’industrie prend au sérieux la loi et ses conséquences sur ses pratiques commerciales.

« Ça veut dire que la loi a un réel potentiel de modifier l’accès à ces boissons pour les jeunes. Après, il faudra voir la mise en application sur le terrain. Est-ce que ce sera efficace ou est-ce qu’il sera facile de trouver des moyens de la contourner ? » se demande-t-elle.

Questionné par Le Devoir, le cabinet de la ministre de la Santé du Québec, Sonia Bélanger, a réitéré l’objectif du gouvernement qui sous-tend l’adoption du projet de loi 9, soit « protéger les jeunes face à un enjeu de santé publique grandissant ». « Comme tous les commerçants, McDonald’s devra respecter la loi lorsqu’elle entrera en vigueur. D’ici là, nous n’avons pas à commenter un scénario hypothétique », a-t-on ajouté.

Santé Canada a pour sa part refusé de commenter le dossier, précisant ne pas offrir de « commentaires sur les pratiques de l’industrie de la restauration ».